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Le Ceta va-t-il faire débarquer de la viande aux farines animales, aux hormones et aux antibiotiques dans nos assiettes ?

Le traité de libre-échange signé entre l’Union européenne et le Canada interdit l’importation de viande issue d’animaux traités aux hormones de croissance, mais ne se prononce pas sur l’utilisation des farines animales et des antibiotiques dans les élevages. Les experts jugent qu’il faudra renforcer les contrôles, ce que le Ceta ne prévoit pas.

Des manifestants hostiles au Ceta avec un cheval de Troie devant le Parlement autrichien, le 20 septembre 2017 à Vienne (Autriche).
Des manifestants hostiles au Ceta avec un cheval de Troie devant le Parlement autrichien, le 20 septembre 2017 à Vienne (Autriche). (JOE KLAMAR / AFP)

Jamais un texte n’avait jamais généré autant de contestations au sein de la majorité présidentielle. L’Assemblée nationale a approuvé mardi 23 juillet la ratification du controversé traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (Ceta), par 266 voix contre 213, et 74 abstentions, malgré un record de contestations au sein du groupe LREM. La majorité des députés LREM a voté pour, mais 52 « marcheurs » se sont abstenus et surtout 9 ont voté contre le texte.

L’un des arguments avancés par les opposants à la ratification est la menace que cette entente transatlantique ferait peser sur la filière française d’élevage et sur les consommateurs français. L’Interbev, l’interprofession du bétail et de la viande, alerte ainsi dans un communiqué sur le risque de voir arriver dans nos assiettes de la viande canadienne issue d’animaux dopés aux farines animales, aux hormones et aux antibiotiques.

Le gouvernement n’a eu de cesse de le marteler, tout comme le député LREM Jacques Maire, rapporteur du projet de loi de ratification, sur franceinfo : « Le Ceta ne change rien. » Et le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne d’insister dans Le Monde « Tous les produits interdits en Europe, comme le bœuf aux hormones, n’y entreront pas. » Alors, vrai ou « fake » ?

Qu’est-il prévu pour le bœuf aux hormones ?

Ce que dit l’Union européenne. L’UE  »interdit l’administration sans objectif thérapeutique de substances chimiques à des animaux en bonne santé » et donc des hormones de croissance, « compte tenu notamment des doutes relatifs aux effets secondaires pour la santé humaine », rappelle le rapport de la commission indépendante chargée par le Premier ministre d’évaluer le Ceta.

Ce que dit le Canada. Les hormones de croissance y sont autorisées. Six stimulateurs de croissance hormonaux sont homologués pour être administrés aux bovins de boucherie canadiens. Trois sont naturels : la progestérone, la testostérone, le 17 bêta-œstradiol. Et trois sont synthétiques : l’acétate de trenbolone, le zéranol et l’acétate de mélengestrol. L’utilisation des stimulateurs de croissance n’est autorisée pour aucune espèce animale autre que les bovins de boucherie.

Ce que dit le Ceta. Le texte prévoit que l’importation de viande issue d’animaux traités aux anabolisants reste interdite.

Comment sont traités les farines animales ?

Ce que dit l’Union européenne. Les farines animales, produites à partir de restes d’animaux et destinées à nourrir les bêtes dans les élevages, sont interdites en Europe depuis la crise sanitaire de la vache folle, l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), dans les années 1990.

Leur interdiction en Europe,  »en vertu du principe de précaution », est toutefois « une question éthique et non de santé publique », pointe Lionel Fontagné, professeur d’économie à la Paris School of Economics de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Car, fait-il valoir, « ces farines ne présentent aucun danger sanitaire, dans la mesure où, depuis l’ESB, les processus industriels d’inactivation du prion ont été rendus systématiques ». Mais, reconnaît l’économiste, « on peut préférer consommer du bœuf élevé en pâturage ou avec du fourrage bien sûr, ce qui est le cas en choisissant une viande originaire de France. Nous avons obtenu un système dérogatoire de ce point de vue ».

Ce que dit le Canada. Ces farines de sang, de viande, d’os ou de résidus de poisson sont autorisées au Canada. Elles « sont interdites à partir du moment où elles proviennent de bovins qui sont partis à l’équarrissage », c’est-à-dire  »des bovins malades », précise Sophie Devienne, agronome à AgroParisTech au cours d’une table ronde à l’Assemblée. « En revanche, les farines animales sont autorisées quand elles proviennent de carcasses de bovins en bonne santé destinés à l’alimentation humaine. » 

Ce que dit le Ceta. Le Ceta ne se prononce pas sur le cas des farines animales. Et à ce jour,  »rien n’interdit l’importation en Europe d’animaux nourris aux farines animales, en provenance du Canada ou d’ailleurs » dans les textes européens, fait remarquer l’économiste Lionel Fontagné.

Et pour les animaux traités aux antibiotiques ?

Ce que dit l’Union européenne. Au sein de l’UE, les antibiotiques administrés en tant qu’accélérateurs de croissance sont interdits depuis 1996, rappelle le rapport sur l’impact du Ceta remis au Premier ministre.

Ce que dit le Canada. Au Canada, ils sont autorisés. Depuis fin 2018, ils sont toutefois vendus uniquement sur ordonnance« Les Canadiens sont devenus plus vigilants, observe l’agronome Sophie Devienne. Mais ça n’interdit absolument pas l’usage des antibiotiques dans l’alimentation du bétail. »

Ces antibiotiques sont « incorporés dans l’alimentation de manière systématique pour éviter à moindre coût l’apparition de maladies », indique la commission indépendante sur le Ceta. « Ils permettent en particulier de raccourcir les délais d’engraissement des bovins en économisant une période hivernale. »

Le problème, note la commission, c’est que « ce mode d’utilisation accroît substantiellement le risque d’antibiorésistance ». En outre,  »le risque est important de voir des résidus de facteurs de croissance ou d’agents microbiens se répandre dans les écosystèmes en modifiant leur équilibre, notamment dans le milieu aquatique ».

Ce que dit le Ceta. Le Ceta reste muet au sujet de ces antibiotiques. « Ils n’ont pas à être mentionnés dans le Ceta, analyse l’économiste Lionel Fontagné, car une nouvelle réglementation proposée par le Parlement européen et adoptée en juin 2018 les interdits pour les importations de toutes provenances. » 

Ce règlement « doit entrer en vigueur au plus tard en 2022, le temps de le traduire en actes juridiques », précise le professeur d’économie. « Cela permettra aussi aux pays tiers de mettre en place des filières spécifiques d’élevage pour l’exportation vers l’UE, comme dans le cas du bœuf sans hormones. »

Mais en attendant que ce règlement s’applique,  »cette viande produite avec des antibiotiques facteurs de croissance donnés en préventif, et nourrie éventuellement avec des farines animales, peut arriver sans aucun problème sur le marché européen, sans contrôle, puisque ce n’est pas interdit dans le cadre du Ceta », tranche l’agronome d’AgroParisTech Sophie Devienne.

Les contrôles sont-ils efficaces ?

Ce qui se fait au Canada et dans l’UE. A ce jour, des contrôles sont réalisés à la fois au Canada et en Europe. « Il existe depuis 1998 une collaboration du Canada et de l’UE dans les questions sanitaires », en application d’un accord vétérinaire européo-canadien, expose l’économiste Lionel Fontagné.  »Le Canada est tenu de notifier à l’UE – et réciproquement – tout problème sanitaire sur des élevages », ajoute le professeur d’économie.

« Des audits sanitaires, réalisés par des inspecteurs de la Commission européenne, ont régulièrement lieu au Canada, pour vérifier la fiabilité des certifications canadiennes », précise Cecilia Bellora, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii), rattaché à Matignon.

« L’audit de 2014 avait mis en évidence un problème de traçabilité des bovins », rappelle l’économiste Lionel Fontagné. « Deux systèmes de marquage co-existaient au Canada » qui « s’était engagé à régler le problème », en adoptant « une base de données unique pour 2016″« Le dernier audit sanitaire de l’UE au Canada a eu lieu en 2016, écrit la direction générale du TrésorLes résultats étaient satisfaisants, notamment pour la filière bœuf sans hormone et porc sans ractopamine. » Il n’y avait « pas de problème de traçabilité ». Les inspecteurs de la Commission sont repartis avec un  »grand niveau de confiance ». Le Trésor annonce un nouvel audit en 2019, sans préciser la date.

Des contrôles sont aussi menés sur les produits importés aux points d’entrée de l’UE. L’Inspection générale des finances a dressé le bilan de ceux faits à un poste d’inspection frontalier français en 2017. Elle y a constaté des « lacunes » : aucune recherche d’hormones n’est réalisée sur les viandes importées, la recherche d’antibiotiques n’est réalisée que pour la viande d’agneau et de cheval. La recherche de farines animales, quant à elle, n’est effectuée que dans l’huile de poisson.

Ce que prévoit le Ceta. « Rien ne figure dans le Ceta sur l’adaptation nécessaire de l’organisation des contrôles », constate la commission indépendante chargée d’évaluer le traité. Pis, le Ceta permet une diminution des contrôles physiques.

A partir du moment où on signe le Ceta on diminue le taux de contrôle. Sur les viandes, on est à 20% de taux de contrôle des matières en moyenne. Avec l’accord Ceta, on descend à 10%.Sophie Devienne, agronome à AgroParisTechlors d’une table ronde à l’Assemblée nationale

Les membres de la commission estiment pourtant que les moyens mobilisés pour assurer ces contrôles, au Canada comme dans l’UE, risquent de ne pas être suffisants pour faire face à la probable prochaine augmentation des produits canadiens destinés à l’exportation vers l’UE.

Côté canadien, la commission recommande donc qu’une mission de l’Office alimentaire et vétérinaire de la Commission européenne aille au Canada s’assurer de l’efficacité des programmes de certification « sans hormones » et « sans ractopamine » et obtienne des garanties sur les moyens mobilisés. Et côté européen, la commission préconise le renforcement des contrôles et des analyses, notamment la recherche d’hormones, sur les viandes canadiennes à leur arrivée dans les postes d’inspection frontaliers européens.

La viande canadienne va-t-elle inonder le marché européen ?

Ce qui est importé aujourd’hui. Si le Ceta n’a pas encore été ratifié par la France, il est déjà entré en vigueur provisoirement et partiellement depuis bientôt deux ans, ce qui permet une première analyse. « A ce stade, les quotas ouverts par l’UE pour les exportations canadiennes de viande bovine restent largement sous-utilisés », observe l’économiste du Cepii Cecilia Bellora, citant le rapport de l’Inspection générale des finances.

Fin 2018, 470 tonnes de viande canadienne ont été importées dans l’UE : 354 tonnes de viande bovine, fraîche comme réfrigérée et 116 tonnes de viande de bison. Le Canada n’a exporté aucune viande bovine congelée. Au niveau européen, cela représentait 2,5% des volumes prévus par les quotas pour la viande bovine fraîche et 3,8% de ceux pour la viande de bison. Et, sur ces 470 tonnes, 14 seulement étaient à destination de la France. « A titre de comparaison, la production de viande bovine en France est de 1,4 million de tonnes et en UE de 7,8 millions de tonnes », relève l’économiste du Cepii Cecilia Bellora.

Ce qui pourrait être importé demain. Le Ceta accorde au Canada un quota annuel d’exportations vers l’Europe de 65 000 tonnes de viande bovine. Mais au vu du premier bilan,  »l’accord entraînera une augmentation globalement limitée des importations européennes de viandes de porc et de bœuf canadiennes », d’après la commission indépendante sur le Ceta. Le Cepii fait la même hypothèse, dans son évaluation de l’impact du Ceta. Une analyse également partagée par AgroParisTech, l’Institut de l’élevage (Idele) et l’Institut du porc (Ifip) dans leur analyse.

Le Ceta offre certes au Canada « de nouvelles opportunités pour développer une production porcine sans ractopamine et bovine sans hormone ». Et cela « ne va pas manquer d’intéresser les exportateurs canadiens très performants », reconnaît AgroParisTech, l’Idele et l’Ifip. Mais « le Canada est bien installé sur des marchés d’intérêt », comme les Etats-Unis, « dont il ne se détournera pas ». Et « les filières canadiennes doivent s’organiser pour fournir du porc produit sans ractopamine et des bovins sans hormone ».

AgroParisTech redoute cependant une déstabilisation des prix, notamment au printemps et en été, saisons des barbecues et de la viande grillée, et quand le taux de change sera favorable au dollar canadien face à l’euro. Et la hausse, même limitée, des importations sera  »susceptible d’affecter négativement un secteur de l’élevage déjà affaibli dans l’Union européenne », prévoit la commission.

En France, comme dans le reste de l’UE, ce sont les élevages bovins allaitants qui seront touchés. Et la France, où la consommation porte essentiellement sur les vaches de réforme, pourrait être particulièrement touchée.La Commission européennedans un rapport

Le Ceta fait planer une autre menace sur la filière, pronostique la commission. « Les caractéristiques des modes de production au Canada (…) pourraient contribuer à fragiliser la confiance du consommateur européen vis-à-vis de la viande bovine en général et venir renforcer les difficultés de la filière. » La commission conseille donc de mettre l’accent sur l’étiquetage des produits pour mieux distinguer leurs provenances et leurs modes de production.

Compte tenu de toutes ces observations, Sophie Devienne déplore « un accord de nouvelle génération extrêmement décevant », « très en deçà des exigences qu’on devrait avoir »« Le principe de précaution de l’Union européenne risque d’être attaqué devant l’OMC par un certain nombre de pays, dont fait partie le Canada », prévient-elle. Or, comme « les exigences sont moindres » au Canada, « il y a un risque d’harmonisation vers le bas des normes européennes ».

 

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Benoît ZagdounFrance Télévisions

 

Prix “C’est qui le patron” : incorrigibles Leclerc !

Prix “C’est qui le patron” : incorrigibles Leclerc !

Le 23 juillet 2019

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Annoncé en grande pompe par MEL et Nicolas Chabanne fin mai, le “deal” Leclerc / C’est qui le patron se met progressivement en place avec la “descente” des produits en magasin.

Sous-vendeur de la gamme, largement distancé par Carrefour dans le soutien à cette démarche consumériste/équitable, Leclerc promet, depuis, de devenir le meilleur élève de la classe.

Sur les volumes, l’ouverture des 600 hypers de l’enseigne à toute la gamme ou presque va produire un effet mécanique sensible. Mais le risque – si C’est qui le patron n’y prend pas garde – est d’agacer singulièrement les concurrents de Leclerc, et notamment le soutien historique Carrefour.

Car, incorrigibles, de nombreux Leclerc profitent de prix affichés sur les packs pour… vendre moins cher. Et, ce faisant, se payer une bonne tranche d’image-prix. Comme ici dans cet hyper où 13 des produits présents sont moins chers que le “bon” prix (comprendre : celui qui a été voté par les consommateurs et qui est affiché on-pack). Parfois, l’écart est énorme : 20 % sur la compote. Incorrigibles Leclerc mais… tellement prévisibles.

source: https://www.olivierdauvers.fr/2019/07/23/prix-cest-qui-le-patron-incorrigibles-leclerc/

LEVÉES DE FONDS EN CRYPTO-MONNAIES : FAUT-IL AVOIR PEUR DU SUCCÈS DES ICOS ?

Les levées de fonds en crypto-monnaies, baptisées ICOs (initial Coin offering) explosent. Sur les 6 premiers mois de l’année, plus de 10 milliards de dollars ont été réunis de cette manière dans le monde. En France, ce nouveau de moyen de financement en est encore à ses prémices, mais le gouvernement veut le développer. Un article est ainsi consacré à son encadrement dans la loi Pacte.

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Depuis début 2018, les ICOs ont permis de lever 10 milliards de dollars.
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Dans quelques mois, la France devrait être le premier pays au monde à avoir une réglementation sur les ICOs. Cet acronyme signifie « Initial Coins Offering », c’est-à-dire des levées de fonds en crypto-monnaies (voir le fonctionnement ci-dessous). Et celles-ci connaissent un succès fulgurant. « Une révolution est en cours, dont le bitcoin n’était que le précurseur (…) La blockchain va offrir des opportunités inédites à nos startups pour lever des fonds », assure le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

Selon le site de référence Coinschedule, depuis janvier plus de 400 ICO auraient permis de lever 10 milliards de dollars (8,5 milliards d’euros) dans le monde. Certaines d’entre elles, comme celle de la messagerie Telegram, ont atteint plus d’1,7 milliard de dollars ! Et selon plusieurs observateurs, des entreprises du CAC 40 seraient prêtes à se lancer…

Un mode d’émission qui préfigure l’avenir mais reste risqué

En France, si on dénombre seulement une quarantaine d’opérations de ce genre à ce jour selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), c’est que l’environnement ne s’y prêtait guère. Aussi, plusieurs startups ont réalisé d’importantes ICOs depuis la Suisse. Mais le gouvernement entend bien inverser le cours des choses.

Dans le projet de loi Pacte, présenté début juin, un article est consacré à la création d’un cadre incitatif et souple, avec un système de visa, doit permettre de les développer. Il s’agirait de la première réglementation mondiale sur les ICOs, affirme le gouvernement même si d’autres pays comme la Suisse voient les autorités de marché émettre des tampons validant la crédibilité des démarches.

Manque de garantie

L’enjeu est important. Sur ce marché non régulé, le mode d’émission des ICOs « préfigure sans doute l’avenir, mais il n’offre aujourd’hui aucune garantie réelle aux souscripteurs », souligne l’ancien sous-gouverneur de la Banque de France, Jean-Pierre Landau, dans son rapport sur les crypto-monnaies remis le 4 juillet à Bercy (1). Les arnaques sont encore fréquentes et peuvent faire perdre aux investisseurs la totalité de leur mise, avertit de son côté l’AMF.

Autre problème, ces levées de fonds émettent des actifs numériques, des jetons appelés Tokens, que les investisseurs achètent en cryptomonnaie. Mais les bénéfices qui y sont associés ne sont pas toujours très clairs : s’agit-il d’un droit de vote, de propriété, d’usage ? Il faut également se méfier de la volatilité des cours des cryptomonnaies. Ceux-ci font parfois les montagnes russes comme on a pu le voir ces derniers mois avec le bitcoin, qui a perdu plus de la moitié de sa valeur ces derniers mois.

La complexité du processus et les risques associés demandent un accompagnement que les entreprises n’hésitent plus à solliciter. C’est notamment pour cela que l’agence de communication Havas a créé une offre dédiée. « La blockchain ou les cryptomonnaies sont devenues des ‘buzzwords’ , mais il faut avoir un intérêt à ‘tokeniser’ son business model (donner accès à un service lancé par une société dans la blockchain, ndr) pour faire une levée de fonds en cryptomonnaies et ce n’est pas toujours bien compris…Chaque mois, nous recevons une centaine de projets, dont beaucoup d’ICO. Nous en retenons très peu », souligne Fabien Aufrechter, responsable d’Havas blockchain.

Ne pas tuer la dynamique

La réglementation à venir permettra-t-elle de développer cette nouvelle façon de lever de l’argent ? La consultation lancée par l’AMF avant la loi Pacte montrait qu’une large majorité des acteurs de l’économie numérique, des avocats et professionnels de la finance soutenaient l’idée d’une réglementation, souple pour assurer la sécurité des investisseurs tout en préservant l’attractivité de la France. Mais d’autres observateurs restent sceptiques sur l’urgence et la pertinence d’une telle démarche pour une technologie et un marché encore très évolutif.

« Imposer des bonnes pratiques est louable », écrit, dans une tribune (2), François-Xavier Thoorens, président et CTO d’Ark System, qui détient Ark, la plus importante crypto-monnaie française. « Il est temps en effet de moraliser le secteur ». Mais le projet de réglementation comporte des « lacunes majeures en termes monétaires, bancaires et fiscales », estime-t-il. Il craint que cela puisse « tuer le développement du secteur de la blockchain en France beaucoup plus sûrement que la concurrence étrangère ».

Béatrice Héraud @beatriceheraud 

(1) le rapport est à consulter ici 

(2) la tribune est à lire ici

 

Encadré : Comment fonctionnent les ICO ?

La première ICO (“Initial Coin Offering”) a été lancée en 2013. Ce type de levée de fonds d’un nouveau genre consiste à émettre des actifs numériques échangeables contre des cryptomonnaies, comme le bitcoin ou l’éther par exemple. Ces actifs sont des jetons, appelés tokens. Ils sont créés par l’entreprise à l’origine de l’ICO et peuvent être achetés par tout un chacun en échange de cryptomonnaies. Ces tokens ne sont pas des actions mais permettent un droit d’usage du futur service proposé par l’entreprise émettrice. Pour lancer son ICO, l’entreprise réalise une annonce publique via un executive summary qui résume l’objectif de la société puis un white paper est diffusé aux investisseurs potentiels. Les investisseurs qui participent à la levée de fonds via une cryptomonnaie reçoivent ensuite des tokens.

Les géants du lait sont accusés d’appauvrir les fromages AOP

Véronique Richez-Lerouge, auteure de Main basse sur les fromages AOP.

 LIVRES ET IDÉES – Véronique Richez-Lerouge, journaliste et défenseure de la diversité des fromages français, dénonce l’hégémonie grandissante des multinationales du lait sur les fromages AOP.

Coup de tonnerre dans le monde du camembert au lait cru normand. Lactalis, le géant lavallois du lait, met la main sur Graindorge, l’un des derniers producteurs de camembert au lait cru AOP (appellation d’origine protégée). Il fait ainsi tomber dans son escarcelle le numéro deux du camembert de Normandie, mais aussi le leader du livarot et du pont-l’évêque, deux autres AOP normandes très reconnues.

C’est de ce rachat apparemment anodin que part Véronique Richez-Lerouge, journaliste et défenseure de la diversité des fromages français, pour dénoncer l’hégémonie grandissante des multinationales du lait sur les fromages AOP. Ce label français dont les contours s’affirment en 1935 avec la première AOP roquefort aurait largement perdu de son efficacité. De fait, il n’empêche plus l’hyper-industrialisation de savoir-faire

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centenaires. Un an après La vache qui pleurequi dénonçait la déperdition qualitative du lait industriel, et alors que s’est clos dimanche le Salon de l’agriculture, Véronique Richez-Lerouge dévoile avec Main basse sur les fromages AOPune enquête très fouillée au cœur des territoires des 50 AOP laitières françaises.

Volume ne rime pas avec maintien de la qualité

Après un détour sur la genèse du label AOP et son rôle de protection des savoir-faire fromagers tricolores, l’amoureuse du fromage dresse un état des lieux des forces en présence. Elle démontre l’impact négatif sur la qualité des fromages AOP de la concentration du secteur aux mains des multinationales. «Il n’est pas question d’attaquer les industriels, ce que sont aussi les PME qui font des AOP de très bonne qualité, explique l’auteure. Mais l’histoire montre qu’il est impossible de concilier une logique de volumes – celle des multinationales – et le maintien de la qualité.» Aucun grand groupe laitier, privé ou coopératif, n’est épargné: de Lactalis à Sodiaal en passant par Savencia ou Eurial (branche lait d’Agrial). «Tous vont dans les AOP, car même si c’est une petite partie de leur activité, c’est une vitrine très flatteuse auprès du consommateur, avec des images d’Épinal.»

Problème: en recourant systématiquement à la pasteurisation (autorisée dans la majorité des cahiers des charges AOP), les multinationales tirent vers le bas la qualité de ces fromages. Au travers de l’enquête, la journaliste revient aussi sur les raisons du dévoiement progressif du système AOP, «un système génial à l’origine qui a permis à des filières entières de se développer, mais qui n’assure plus son rôle de protection».

Aujourd’hui, deux tiers des fromages AOP (camembert, roquefort, cantal…) sont ainsi sous la coupe de géants laitiers. Infiltrés à l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité), un organisme censé défendre les AOP, ces groupes pèsent de tout leur poids pour ne pas durcir les cahiers des charges – parfois très légers – des AOP fromagères. De quoi conduire à des affrontements avec des producteurs fermiers qui veulent éliminer la pasteurisation de la production AOP. Un combat perdu d’avance pour Véronique Richez-Lerouge, tant l’Inao se déclare incompétent sur les sujets économiques.

Ce laissez-faire est dénoncé par l’auteure, tout comme le silence de l’Autorité de la concurrence, qui laisse notamment Savencia contrôler 80 % de l’époisses ou Lactalis 90 % du marché du livarot. Du coup, l’auteure préconise une réaffirmation du rôle de ces deux entités, en limitant à 20 % la présence des multinationales dans les AOP.

  • Par Olivia Detroyat
  • Publié le 09/03/2017 à 00:39
  • par http://www.lefigaro.fr/conso/2017/03/09/20010-20170309ARTFIG00001-les-geants-du-lait-sont-accuses-d-appauvrir-les-fromages-aop.php

Nouvelle mesure d’étiquetage des produits laitiers, bonne idée ou poudre aux yeux ?

À partir du 1er janvier 2017, une mesure d’étiquetage du lait et des produits dérivés comme le fromage et les yaourts sera testée pendant deux ans. Lancée avec l’accord de Bruxelles et du Conseil d’État, cette mesure oblige les industriels à préciser l’origine du lait utilisé dans leurs produits. À qui profite cette mesure, et quels en sont les buts avoués et cachés ?

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La provenance du lait, un argument de vente ?

Une mesure de protection des consommateurs

Dans le communiqué annonçant la validation du Conseil d’État, Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll s’est félicité de cette mesure « qui permettra aux citoyens de bénéficier d’une meilleure information ». Effectivement, les consommateurs peuvent être désireux d’acheter des produits locaux, pour limiter le transport des marchandises et la pollution, favoriser l’économie locale et les éleveurs français, et bénéficier de la qualité que l’on peut attendre des produits des fermes françaises.

Une mesure de protection des agriculteurs

La mesure sert surtout à soutenir les producteurs. Les industriels auront tout intérêt à s’approvisionner en France et à utiliser la provenance française de leurs produits laitiers comme argument de vente. N’achèteriez-vous pas un produit estampillé « Lait conditionné et collecté en France » plutôt qu’un autre ? Mais Olivier Picot, président de la Fédération Nationale des Industries Laitières (FNIL), estime que cet étiquetage est contraire au principe de libre-échange dans l’Union européenne. Il affirme que la France n’a pas besoin de cette mesure protectionniste, car le pays exporte 40% de sa production. Pourtant, les importations sont en augmentation constante ces dernières années, motivées par des prix plus bas chez les producteurs voisins.

Une mesure favorablement accueillie

Les consommateurs sont en demande de transparence. De leur côté, les producteurs laitiers ne cessent de dénoncer une pression tarifaire des grandes industries laitières. Selon eux, le prix négocié par Lactalis avec les producteurs ne permet même pas de couvrir les coûts de production. Ils ont donc procédé à leur propre campagne d’étiquetage. Le 29 juillet, on pouvait lire sur les bouteilles de lait Lactalis de la Sarthe : « Ce produit laitier ruine les éleveurs » ou « Ce produit laitier crée du chômage ». Mais selon Lactalis, le vrai problème est la surproduction laitière en Europe, malgré la forte demande chinoise. Le problème n’est donc pas résolu, mais gageons que cette mesure renforcera les liens entre producteurs locaux et consommateurs français.

Trucs et astuces

La mesure adoptée prévoit également un étiquetage indiquant l’origine de la viande sur les produits transformés. N’oubliez pas vos lunettes au moment de faire les courses, il risque d’y avoir de la lecture !

Boursorama avec Pratique.fr le 09/08/2016 à 12:15

Alimentation : un étiquetage pour les plats préparés dès 2017 ?

Stéphane Le Foll a annoncé que le projet de traçabilité de la viande dans les plats cuisinés était bien en marche. Le ministre de l’Agriculture a en effet déposé un projet de décret au Conseil d’État…

Alimentation : un étiquetage pour les plats préparés dès 2017 ?

(Boursier.com) — Les Français pourraient bientôt savoir d’où vient le boeuf de leur plat cuisiné… Un projet de décret visant à rendre l’étiquetage de l’origine des viandes obligatoire, lorsqu’elles sont présentes comme ingrédients dans les plats préparés, a en effet été déposé auprès du Conseil d’Etat. Dans le communiqué du ministère de l’Agriculture, il est indiqué que le projet devrait également concerner le lait, utilisé comme ingrédient dans les produits laitiers.

Le Conseil d’État a deux mois pour donner son avis. S’il est positif, le dispositif pourrait ainsi « entrer en vigueur au 1er janvier 2017 pour une période de 2 ans », annonce le ministère de l’Agriculture. Le 11 mars dernier,Stéphane Le Foll avait déjà saisi la Commission européenne d’un projet de décret prévoyant l’étiquetage de ces produits.

La Commission européenne a donné son feu vert

Le ministre de l’Agriculture a d’ailleurs indiqué avoir reçu l’aval du commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire en mars 2016. Vytenis Andriukaïtis a affirmé dans une lettre adressée aux autorités français que « rien ne s’opposait au lancement d’une expérimentation telle que proposée par la France ».

Dès cet été, une concertation est prévue pour définir « les modalités précises de mise en oeuvre de ces règles d’étiquetage, avec l’ensemble de la filière et les associations de défense des consommateurs », indique le ministère dans le communiqué.

Selon les informations d »Europe 1, le décret ferait référence à la présence d’au moins 50% de viandes ou de lait dans le plat concerné. Concernant la viande, le décret rendra obligatoire la précision d’origine, au « pays de naissance, d’engraissement et d’abattage » de l’animal. Pour le lait, il faudra indiquer « le pays de collecte, de conditionnement et de transformation ».

Un étiquetage demandé depuis quelques années

Alors que cela se fait déjà pour la viande fraîche, l’étiquetage des produits transformés dans les plats cuisinés est réclamé depuis plusieurs années, aussi bien par les associations de consommateurs que par les éleveurs français. La demande s’est endurcie depuis le scandale sanitaire des lasagnes à la viande de cheval qui avait éclaté en 2013. Au moins six pays avaient alors affirmé avoir trouvé du cheval dans des lasagnes surgelées : la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Suisse, la Suède et la Norvège.

Selon une enquête publiée en février par « Familles rurales », 41% de Français ne se sentaient pas mieux informés sur l’origine de la viande, après la crise des « lasagnes au cheval ». Pour les plats préparés qu’ils consomment plus particulièrement, 91% des sondés ne savaient d’où elle provient…

Estelle Nguyen — ©2016, Boursier.com

Publié le 6/7/2016 à http://www.boursier.com/actualites/economie/alimentation-un-etiquetage-pour-les-plats-prepares-des-2017-32159.html?fil17

 

 

En France, les toits des zones commerciales seront verts ou ne seront pas

L’Assemblée nationale vient de voter un amendement obligeant les nouveaux centres commerciaux à végétaliser leurs toits, ou à y installer des moyens de production d’énergie renouvelable. L’objectif : limiter les « îlots de chaleur urbains ».


Un toit végétalisé, à Toronto (Crédit : Scott Torrance Landscape Architect Ltd)

Un toit végétalisé, à Toronto (Crédit : Scott Torrance Landscape Architect Ltd)
Lors de son inauguration, en avril 2014, le centre commercial Beaugrenelle faisait figure d’exception. 7 000 m2 de toiture recouverts de plantes, en plein Paris ! Mais ce qui reste, à ce jour, la plus vaste toiture végétalisée de la capitale, devrait bientôt devenir la norme.

Car désormais, en France, tous les nouveaux bâtiments situés en zone commerciale devront suivre cet exemple. L’amendement adopté jeudi 19 mars, dans le cadre du projet de loi « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » (votée mardi 24 mars à l’Assemblée nationale), prévoit l’installation, sur les toitures, de « dispositifs végétalisés » destinées à rafraîchir l’air ou « de production d’énergie renouvelable ».


Le toit du Palais de Chaillot, à Paris (Crédit : Milena Chessa / Le Moniteur.fr)

Le toit du Palais de Chaillot, à Paris (Crédit : Milena Chessa / Le Moniteur.fr)
Les associations écologiques et les Verts souhaitaient initialement que ces aménagements soient réalisés « sur l’ensemble des toitures »des nouveaux bâtiments. Mais le gouvernement, craignant une mesure trop « contraignante pour les porteurs de projets commerciaux », a opté pour un compromis : les constructeurs pourront choisir de recouvrir « tout ou une partie » de leurs toits de verdure. Et s’ils ne souhaitent pas y planter de fleurs ou autres plantes, ils peuvent choisir d’y installer des éoliennes ou des panneaux photovoltaïques.

Comme la surface minimale de ces dispositifs n’a pas encore été précisée, les associations sont dans l’attente d’une deuxième lecture, ou d’un décret d’application qui en fixerait les normes et les seuils. « Même si cette question n’a pas encore tranchée, l’amendement en soi est un grand pas », affirme Christophe Aubel, président d’Humanité et Biodiversité. « En attendant, nous allons continuer à inciter les bâtiments existants, dont la structure supporterait de telles installations sans avoir recours à de coûteux travaux d’investissement, à verdir leurs toits également ».

LA CINQUIÈME FAÇADE QUI RAFRAÎCHIT LES VILLES

Si la mesure ne concerne que les zones commerciales, c’est que les toits des bâtiments y sont suffisamment vastes et bas. Les végétaux qu’ils supportent peuvent ainsi refroidir des volumes d’air conséquents, à proximité du sol.

En effet, les toits végétalisés favorisent l’absorption et le stockage de l’eau de pluie. Une eau qui, lors du processus d’évaporation, rafraîchit l’air ambiant, ce qui permet de réduire l’usage de la climatisation à l’intérieur des bâtiments.

Mais les toits végétalisés génèrent un autre type d’économies d’énergie pour les bâtiments : cette « cinquième façade » améliore leur isolation, notamment au niveau du dernier étage.

L’apport d’énergies renouvelables, enfin, doit aider à couvrir une grande partie de leur consommation.


(Crédit : GEP VegDUD-VD synthèse P&C, oct. 2014)

(Crédit : GEP VegDUD-VD synthèse P&C, oct. 2014)
D’après une étude réalisée entre 1998 et 2008 par l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) et Météo-France, « les toitures végétalisées permettent d’économiser de l’énergie quelle que soit la saison », avec 23 % de gains en été, voire 28 % si les toitures sont arrosées régulièrement.

En hiver, ces gains de consommation sont plus faibles (4,5 %), mais « les économies d’énergies correspondantes [sont] plus importantes ». Seule limite observée par l’Ifsttar : ces toits verts n’amélioreraient que « peu » le confort thermique à l’intérieur des bâtiments.

 L'ONG Climate Change a imaginé une infographie interactive qui permet de comprendre le réchauffement des villes à l'horizon 2010 (Crédit : Climate Change Central)
L’ONG Climate Change a imaginé une infographie interactive qui permet de comprendre le réchauffement des villes à l’horizon 2010 (Crédit : Climate Change Central)
Des gains d’ores et déjà observés à Toronto, au Canada, où, depuis 2009, les toits verts sont obligatoires pour toute construction de bâtiments en zone industrielle et résidentielle.

Ces initiatives visent à rendre les villes, que les chercheurs décrivent comme des « îlots de chaleur urbains », plus vivables et moins énergivores. D’autant que la température qui y règne va croissante. Selon une récente étude de l’ONG scientifique Climate Change Central, à l’horizon 2100, New York devrait par exemple connaître les températures de la Floride.

Lara Charmeil
Journaliste à We Demain
@LaraCharmeil

La mention « Fait maison » fait son apparition dans la restauration

  • La mention « Fait maison » apparition restauration

    La mention « Fait maison » fait son apparition dans la restauration

Les conditions dans lesquelles la mention « Fait maison » peut être apposée sur les cartes des restaurants ont été précisées.

Destinée à « mieux informer les consommateurs sur les plats qui leur sont servis et à valoriser le métier de cuisinier », la fameuse mention « Fait maison » peut désormais figurer sur les menus proposés par les restaurants et les entreprises de plats préparés à emporter. En effet, le décret qui devait préciser les conditions d’utilisation de cette mention a été récemment publié.

Des produits bruts, mais pas forcément frais

Ainsi, le texte, très attendu par la profession, précise ce qu’il faut entendre par plat « fait maison ». Il s’agit des plats cuisinés sur place à partir de produits bruts, c’est-à-dire n’ayant subi aucune modification importante, y compris par chauffage, marinage ou assemblage. Le but étant de distinguer ces plats des plats industriels, simplement réchauffés ou assemblés sur place. Une sauce toute prête, par exemple, ne répond pas aux critères du « fait maison ».

Un certain nombre de produits, énumérés par le décret, peuvent toutefois entrer dans la composition d’un plat « fait maison » bien qu’ils aient été transformés ailleurs. Il s’agit :

- des salaisons, saurisseries et charcuteries, à l’exception des terrines et des pâtés ;

- des fromages, des matières grasses alimentaires, de la crème fraîche et du lait ;

- du pain, des farines et des biscuits secs ;

- des légumes et fruits secs et confits ;

- des pâtes et des céréales ;

- de la choucroute crue et des abats blanchis ;

- de la levure, du sucre et de la gélatine ;

- des condiments, épices, aromates, concentrés, du chocolat, du café, des tisanes, thés et infusions ;

- des sirops, vins, alcools et liqueurs ;

- de la pâte feuilletée crue ;

- et, sous réserve d’en informer par écrit le consommateur, des fonds blancs, bruns et fumets.

De même, les légumes déjà épluchés et découpés, à l’exception des pommes de terre (qui doivent être entièrement préparées, notamment en frites ou en purée, par le restaurateur), la viande hachée ou désossée, la viande ou le poisson découpé et les produits fumés, salés, surgelés ou conditionnés sous vide peuvent également être utilisés dans les plats « faits maison ».

Des plats élaborés sur place

Un plat « fait maison » doit normalement être élaboré dans les locaux de l’établissement dans lequel il est proposé à la vente ou à la consommation. Il ne peut être conçu dans un lieu différent que dans le cadre d’une activité de traiteur organisateur de réception ou dans le cadre d’une activité de commerce ambulant (foires, marchés, manifestations de plein air).

La mention « fait maison » indiquée de façon visible

Les restaurateurs doivent indiquer de manière visible par tous les consommateurs la mention : « Les plats faits maison sont élaborés sur place à partir de produits bruts ». Lorsque l’ensemble des plats proposés est fait maison, cette mention ou le logo peuvent figurer à un endroit unique visible par tous les consommateurs. Ils peuvent figurer, le cas échéant, pour chacun des plats sur les supports utilisés pour les présenter.

En pratique : le logo certifiant le « Fait maison », qui représente une casserole sur laquelle est posé le toit d’une maison, est disponible sur le site Internet du ministère de l’Economie www.economie.gouv.fr. Il est imprimable ou reproductible à la main.

Décret n° 2014-797 du 11 juillet 2014, JO du 13

Arrêté du 11 juillet 2014, JO du 13

En savoir plus sur http://business.lesechos.fr/entrepreneurs/juridique/4506127-la-mention-fait-maison-fait-son-apparition-dans-la-restauration-101790.php?xtor=EPR-22-[entrepreneurs]-20140722-[s=542199_n=10_c=_]-1813589@2&quOkqDwg2H3S25Lf.99

Fait maison, décret bidon

L'idée du « fait maison » est désormais inscrite dans la loi n° 2014-344 du 17 mars 2014 relative à la consommation.

En voilà une idée qu’elle était bonne : distinguer les restaurants qui cuisinent chez eux des produits frais de ceux qui assemblent des plats en kit fournis par l’industrie agroalimentaire. Tout le monde était d’accord. Les organisations professionnelles, soudain stupéfaites d’apprendre que 75 % de leurs membres s’approvisionnaient chez Metro ; le premier cercle des chefs étoilés, inquiets de la dégradation de l’image de la gastronomie française et de la disparition du savoir-faire ; les consommateurs, enfin, de plus en plus soucieux de l’origine de leur assiette et n’allant plus au restaurant pour payer bonbon des plats préparés, disponibles en grandes surfaces. Les instances politiques, attentives à la demande populaire et soucieuses de la réputation du pays, ont réagi.

Tout a commencé par l’amendement Siré en octobre 2011 sous la précédente mandature. Dans un souci d’information du consommateur, ce député UMP des Pyrénées-Orientales proposait de préciser sur la carte si « les plats ont été confectionnés ou non dans l’établissement et sont à base de produits frais ». Le texte est passé d’une chambre à l’autre et a fini, vidé de sa substance, dans un tiroir parlementaire à l’heure de la présidentielle.

Au sujet de l’amendement Siré : L’astérisque et l’étiquette

Il a fallu l’arrivée de Benoît Hamon au ministère de l’artisanat, du commerce et du tourisme pour réactiver la machine législative autour d’une idée, le « fait maison », désormais inscrite dans la loi n° 2014-344 du 17 mars 2014 relative à la consommation.

« Un plat « fait maison » est élaboré sur place à partir de produits bruts. Des produits, déterminés par voie réglementaire, peuvent entrer dans la composition des plats « faits maison » après avoir subi une transformation de leur état brut nécessaire à leur utilisation. » Autant dire que le décret d’application était attendu avec fébrilité, la loi devant entrer en vigueur dès l’été.

UNE SEULE EXCEPTION : LES FRITES CONGELÉES

Le fameux texte doit paraître incessamment au Journal officiel sous la signature de Carole Delga, la nouvelle secrétaire d’Etat en charge du dossier. Dans sa version quasi définitive, l’article II indique : « Peuvent entrer dans la composition d’un plat « fait maison », les produits qui ont été tranchés, coupés, broyés, hachés, nettoyés, désossés, dépouillés, décortiqués, taillés, moulus ou broyés, fumés, salés, réfrigérés, congelés, surgelés ou décongelés. »

En découvrant ces lignes, j’ai compris que la messe était dite et que les lobbys de l’agroalimentaire avaient eu gain de cause : tous les produits bruts congelés – les branches d’épinard comme les crevettes – pourront figurer dans un plat « fait maison », qui sera dispensé de facto de mentionner sur la carte qu’il en contient. Rusé ! Une seule exception : les frites congelées ne sont pas acceptées, de peur que McDo et compagnie ne puissent vendre du « fait maison ».

La pâte feuilletée, les fonds de tarte, les glaces, les blancs et les jaunes d’œuf séparés vendus au litre, les fonds de sauce blancs, bruns et fumets et la mayonnaise (pour des motifs hygiénistes) sont aussi autorisés. Cerise sur le gâteau, le restaurateur peut utiliser des produits transformés ailleurs, « dès lors que la marque du produit ou le nom du professionnel qui l’a fabriqué est expressément indiqué » ! Autrement dit, les lasagnes de bœuf Spanghero ou l’andouillette à Bobosse mentionnées comme telles peuvent figurer au menu du « fait maison ».

CE DÉCRET VIDE LA LOI DE SON ESPRIT

S’il convient ici de rappeler que les produits de l’industrie agroalimentaire sont parfaitement comestibles (à quelques scandales près), il est néanmoins permis de constater que ce décret vide la loi de son esprit : permettre au client dedistinguer le restaurant qui cuisine chez lui des produits frais de la masse de ceux qui offrent des plats venus d’ailleurs et sans CV.

L’idée était également d’encourager les circuits courts, l’approvisionnement local et la création d’emplois, indispensables dans les établissements qui épluchent les légumes, lèvent les filets de poisson et brident les volailles. La cascade de dérogations ruine ces espoirs qu’un logo « fait maison » ne suffira pas à instaurer.

Les syndicats sont partagés sur le texte : insuffisant selon l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) ; « premier pas positif » selon le Synhorcat (Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs). Il sera intéressant d’évaluer le succès de ce logo qui exposera ceux qui l’affichent aux contrôles de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

On assure au ministère qu’ils seront à caractère pédagogique dans un premier temps, mais chacun sait le peu d’engouement de la profession pour ce genre de pratiques. Au final, ce texte ne satisfait ni la profession ni les partisans du vrai fait maison, et n’éclairera guère les clients. Un décret dans l’air du temps : mou.

Publié sur LeMonde.fr par JP Gené Chroniqueur M le Magazine

du Monde | 10.07.2014 à 15h58  à http://www.lemonde.fr/le-magazine/article/2014/07/10/fait-maison-decret-bidon_4454963_1616923.html

Lire aussi : Les insuffisances du label « fait maison »

Agroalimentaire : Carrefour recule face à l’INAO

Carrefour vient de retirer son logo Origine et Qualité sur les quatre vingt produits que l’enseigne souhaitait afficher comme de terroir et de qualité. C’est une victoire pour les défenseurs des AOC.

Le Logo de Carrefour retiré © France 3 Basse Normandie
© France 3 Basse Normandie Le Logo de Carrefour retiré
 L’affaire remonte au dernier salon de l’agriculture, en février dernier, à Paris. Des présidents d’AOC fromagères ( Camembert, Pont l’Evéque et Comté) manifestaient leur colère face à l’enseigne Carrefour qui lançait une campagne de publicité  sur sa nouvelle marque générique : Origine et Qualité.
Tentative d’usurpation d’un signe de qualité publique ou bluff marketing ?
Carrefour vient d’enlever les sigles bleus des produits dont elle souhaitait faire la promotion…
Rappel des faits et réactions des professionnels : Rémy Mauger et Loïc Blache

Voir la vidéo

Carrefour renonce face à l’INAO
Publié sur France3 Régions à http://france3-regions.francetvinfo.fr/basse-normandie/2014/07/15/agroalimentaire-carrefour-recule-face-l-inao-517707.html
Par Sabine Daniel

  • le 16/07/2014
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