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Bayer-Monsanto : pourquoi la fusion inquiète

Le rachat de Monsanto par Bayer, c'est la prise de contrôle du tiers du marché des semences par une entreprise qui contrôle déjà 17% du marché des pesticides (et atteindra 27% avec Monsanto), s'alarme en France la Confédération paysanne.

« Le rachat de Monsanto par Bayer, c’est la prise de contrôle du tiers du marché des semences par une entreprise qui contrôle déjà 17% du marché des pesticides (et atteindra 27% avec Monsanto) », s’alarme en France la Confédération paysanne. (Crédits : © Brendan McDermid / Reuters)
L’oligopole naissant de ce mariage entre géants risque de nuire à une agriculture déjà fragilisée par la volatilité des prix des matières premières et le dérèglement climatique, craignent nombre d’ONG. Et la mauvaise réputation de Monsanto pourrait nuire à celle de Bayer, dénonce-t-on outre-Atlantique.

Rarement l’annonce d’une fusion suscite tant d’émoi. La nouvelle du mariage entre le titan allemand Bayer et le colosse américain Monsanto, publiquement confirmée mercredi 14 septembre, agite depuis ONG, analystes et même politiques. Alors que l’objectif de l’opération est clairement de réaliser une synergie permettant au nouveau groupe de contrôler toute la chaîne agricole, grâce à la puissance de Bayer dans le segment des pesticides, notamment en Europe et en Asie, et à celle de Monsanto sur les marchés des semences et des herbicides, en particulier dans le continent américain, les conséquences de ce nouvel oligopole sur le secteur inquiètent.

D’autant plus que l’agriculture est confrontée à des défis croissants. D’une part, l’augmentation de la population mondiale qui, selon l’ONU, devrait atteindre les 10 milliards de personnes en 2050. De l’autre, des crises de production liées au dérèglement climatique ainsi que des prix des matières premières de plus en plus volatiles. Si Monsanto et Bayer affirment justement fusionner pour « produire plus avec moins »  »aider les cultivateurs à surmonter les obstacles de demain »nombre de doutes persistent -sur lesquels  la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a promis de se pencher.

Plus de choix pour les agriculteurs?

Première source de préoccupation, l’accès aux semences. « Les deux tiers du marché mondial des semences commerciales sont aujourd’hui contrôlés par dix sociétés seulement », qui en profitent pour imposer leurs produits et leurs prix, dénonce l’ONG Swissaid: une position dominante que la nouvelle opération ne fera que renforcer.

« Le rachat de Monsanto par Bayer, c’est la prise de contrôle du tiers du marché des semences par une entreprise qui contrôle déjà 17% du marché des pesticides (et atteindra 27% avec Monsanto) », s’alarme en France la Confédération paysanne, citée par l’AFP: les paysans n’auront donc à terme « plus d’autres choix que d’acheter les produits de ce nouveau monstre », craint-elle. Monsanto a déjà attaqué aux Etats-Unis des agriculteurs qu’il accuse d’avoir violé ses brevets, lesquels ne couvrent d’ailleurs plus seulement les organismes génétiquement modifiés (OGM) -spécialité de l’Américain-, mais aussi des variétés traditionnelles.

« Sous prétexte de soigner des plantes sélectionnées pour être dépendantes de leurs pesticides, ce groupe aura le champ libre pour la commercialisation de quantités de produits », précise la Confédération paysanne, qui craint pour le maintien de la « souveraineté alimentaire que cette transaction à 59 milliards d’euros met en danger ».

Sur le même ton, le parti des Verts allemands dénonce l’émergence d’une « entreprise toute-puissante, qui ne va pas lutter contre la faim dans le monde, mais l’aggraver ».

Des prix déjà trop élevés

Le colosse contrôlera d’ailleurs aussi les coûts de ces semences, déjà en augmentation. « Une telle concentration ne fait jamais baisser les prix, bien au contraire », souligne sur le site de TVA Nouvelles le directeur-général de l’Union des producteurs agricoles du Québec, Charles-Félix Ross:

« C’est un principe de base en économie lorsque la demande est forte, et le nombre de fournisseur devient limité. C’est préoccupant pour les agriculteurs, mais aussi pour les consommateurs », insiste-t-il.

Pourtant, augmentation des prix ne rime pas forcément avec meilleures récoltes, observe Swissaid, alors qu’elle « a pour effet d’accroître la pauvreté et la faim dans les campagnes ».

Cette hausse des prix pourrait néanmoins, à court terme, être freinée par la crise de l’agriculture elle-même, nombre de paysans n’étant plus en mesure d’acheter les semences les plus chères, dont l’efficacité est aussi mise en doute. Fin juin, en pleine négociation avec Bayer, Monsanto annonçait d’ailleurs une chute inattendue de ses bénéfices et ventes trimestriels: précarité qui justifie en partie la fusion.

La capacité innovatrice du « monstre » en cause

Quant à la capacité des deux géants de mieux répondre mains dans la main aux défis de l’avenir, « ils sont si étroitement spécialisés qu’on a le sentiment général qu’ils ne développeront pas les innovations dont nous avons besoin », estime le président de l’ONG canadienne ETC Group, Pat Mooney, cité par le Washington Post.

« Une grande partie de leur recherche se concentre sur les plus grandes cultures qui rapportent le plus d’argent », précise-t-il.

Liam Cordon, membre du management de Bayer AG et directeur de la division Crop Science (science des cultures) du groupe, insistait pourtant dans un communiqué du 7 septembre sur « l’engagement de l’entreprise allemande en faveur de l’innovation et du développement durable » afin « de contribuer à l’agriculture de demain ». Monsanto s’est pour sa part déjà spécialisé dans l’agriculture numérique.

Un effet domino?

La méfiance est par ailleurs significativement aggravée par la mauvaise réputation dont jouit Monsanto, outre-Atlantique comme en Europe. Au-delà du fort lobbying qu’elle mène en faveur des OGM, elle est aussi connue pour les polémiques autour des conséquences sur la santé de son herbicide phare, le Roundup. Son image d’entreprise « prête à-tout » date d’ailleurs des années 60: elle fait en effet partie des neuf producteurs de l’Agent Orange, herbicide utilisé comme arme chimique par l’armée américaine lors de la guerre du Vietnam. Les manifestations contre Monsanto ont désormais pris un rythme régulier: toutes les années se tient une marché mondiale contre l’Américain, au centre d’ailleurs de la campagne européenne contre le traité d’échange transatlantique (Tafta ou TTIP). Un tribunal international baptisé « Tribunal Monsanto » jugera même en octobre de ses « crimes » contre l’environnement.

Ainsi, bien que le patron de Bayer, Werner Baumann, assure que son groupe « peut gérer la réputation de Monsanto », en Allemagne,  les effets de cette réputation sur celle dont le slogan est  »science pour une meilleure vie » sont ainsi devenus une préoccupation politique. La section des Grünen de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, où siège Bayer, qui la gouverne avec le SPD, a même appelé Bayer à revoir sa décision.

Par Giulietta Gamberini  |  15/09/2016, 18:33  |  1019  mots

publié à http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/agroalimentaire-biens-de-consommation-luxe/bayer-monsanto-pourquoi-la-fusion-inquiete-599375.html

Pourquoi Bayer rachète Monsanto

Le futur numéro un mondial des semences et pesticides entend contrôler toute la chaîne agricole. Coût du deal : 59 milliards d’euros.

Une division de Monsanto Co. à Bergschenhoek aux Pays-Bas le 7 juillet.

 

Soixante-six milliards de dollars (59 milliards d’euros). C’est la somme gigantesque que le groupe chimique et pharmaceutique allemand Bayer va verser aux actionnaires de Monsanto pour prendre le contrôle du groupe américain. Les deux entreprises ont annoncé leur intention de convoler dans un communiqué de presse commun, mercredi 14 septembre.

C’est un chiffre qui donne le vertige, de même que le nouveau groupe à naître. Le futur numéro un mondial des semences et des pesticides se donne pour ambition de contrôler toute la chaîne agricole, des semences à l’assiette du consommateur.

 

Sur le papier, le mariage fait sens. Bayer est puissant dans les pesticides et présent principalement en Europe et en Asie. Monsanto, lui, est le maître des semences, il distribue l’herbicide le plus vendu au monde, le très contesté Roundup, et tient fermement le marché nord et sud-américain.

Le groupe allemand met ainsi la main sur les nombreux brevets de Monsanto et profite de l’inventivité de l’américain, qui s’est illustré ces dernières années non seulement dans les biotechnologies – avec les organismes génétiquement modifiés (OGM) –, mais aussi dans le numérique. La « ferme digitale », qui permet de gérer les activités agricoles, les semences et l’épandage de pesticides en fonction de la température et de l’hydrographie est une des grandes spécialités de Monsanto.

« Aider les cultivateurs »Tout cela à un moment où l’agriculture fait face à des défis très importants : selon les Nations unies (ONU), la population mondiale devrait augmenter de 3 milliards d’habitants d’ici à 2050, pour atteindre les 10 milliards. Dans le même temps, le réchauffement climatique oblige les agriculteurs à repenser leurs méthodes.

« Produire plus avec moins » est le mot d’ordre des deux groupes, qui insistent sur leur démarche « durable »Le futur groupe entend répondre à cette nouvelle demande par une approche « qui intègre systématiquement une expertise portant notamment sur les semences, les traitements et la protection des cultures incluant les biotechnologies, avec un engagement fort pour l’innovation et les pratiques agricoles durables », a indiqué, mercredi, Liam Cordon, membre du management de Bayer AG et directeur de la division Crop Science (science des cultures) du groupe. « Produire plus avec moins » est le mot d’ordre des deux groupes, qui insistent sur leur démarche « durable » pour « aider les cultivateurs…

LE MONDE ECONOMIE | 15.09.2016 à 06h48 • Mis à jour le 15.09.2016 à 17h00 | Par Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/09/15/bayer-et-monsanto-fusionnent-pour-creer-un-geant-de-l-agrochimie_4997867_3234.html#FSbhTk8Cy0GSv93S.99

 

La journée de travail des générations Y et Z va vous étonner

On a beaucoup parlé du nouveau rapport des jeunes au travail, des exigences desgénérations Y et au niveau du management, de leur défiance vis-à-vis du monde de l’entreprise… Mais tout cela n’est rien en comparaison de leurs manières de travailler, radicalement différentes de celle de leurs aînés, les baby-boomers et la génération X.

Les horaires, c’est l’horreur

Horaires

Pour les digital natives qui sont nés avec les nouvelles technologies, le temps ne s’écoule pas de la même manière. L’espace aussi est replié et raccourci de même que l’accès à l’information, comme l’a décrit Michel Serres dans son livre Petite poucette.

Multitasking, blurring, bleisure et micro-leisure…

Les conséquences sur le déroulement d’une journée de travail sont nombreuses : on parle demultitasking, le travail multi-tâches qui nous fait zapper d’un dossier à l’autre et perdre en efficacité, mais aussi de « blurring » pour désigner l’effacement de la frontière entre la vie professionnelle et personnelle. Tout se mélange allègrement au travail comme à la maison et même pendant les déplacements professionnels avec une tendance au « bleisure » qui incite à concilier travail et loisir pendant les voyages d’affaires.

Bienvenue dans l’ère de la micro-pause

Un nouveau terme anglo-saxon (micro-leisure), permet de mieux comprendre comment les technologies impactent le monde de l’entreprise et modifient notre rapport au temps de travail. Pas uniquement celui des jeunes générations d’ailleurs qui y sont les plus sensibles mais tous les actifs connectés qui changent leurs méthodes de travail. Ce terme de micro-leisure (qu’on pourrait traduire par micro-loisir ou micro-pause). C’est l’agence MRY dans son étude « The New Micro leisure » qui l’explique. Le concept s’adresse plus aux professionnels du marketing et de la publicité, mais les managers devraient aussi y jeter un coup d’œil pour saisir la révolution en marche dans le monde de l’entreprise.

Ce que ce concept traduit c’est la fin de l’a journée de travail « à la papa ». Ou plutôt des horaires classiques 9h-18h. (Dans les pays anglo-saxons on parle de 9h-17h mais leur pause du midi est en général nettement plus courte que la nôtre, question de culture !). Pour illustrer son propos l’agence MRY a réalisé des schémas très parlants :

La journée de travail des Baby-boomers et de la génération X

Journee-travail-generationX

La journée de travail nouvelle génération (Y et Z)

Journee-travail-GenerationY-Z

La journée n’est plus rythmée de la même manière avec le départ collectif quand la cloche sonne la Golden hour, l’heure de quitter le bureau pour aller au pub. Tout au long de la journée de boulot, les jeunes passent du travail au loisir, échangent avec leurs amis, répondent à leurs mails perso, font des achats en ligne ou réservent leurs prochaines vacances. Les activités et notamment les loisirs sont plus morcelés, l’attention également même si elle se déploie au delà des horaires normaux : travail le soir, la nuit, les jeunes sont capables de bosser de n’importe où et n’importe quand. Il reste un ressort commun pour l’engagement des employés : la promesse de bien-être et de plaisir (voir aussi l’importance de l’émotion sur cette dimension de la qualité de vie au travail). Car les jeunes entretiennent un rapport très ambivalent avec l’hyperconnexion : ils se sentent coupables de passer trop de temps sur les réseaux sociaux, tout en reconnaissant que leur smartphone est le meilleur allié pour améliorer leur vie personnelle et les loisirs qui vont avec.

Que doivent faire les entreprises ?

Comment les entreprises peuvent-elles composer avec un changement aussi radical ? Il n’y a pas de solution miracle mais les pistes à explorer tournent autour de la déculpabilisation et du plaisir à venir travailler. Dans ce contexte, bloquer l’accès aux réseaux sociaux pour les salariés apparaît évidemment complètement ubuesque. Au contraire, les entreprises auront tout intérêt à développer des réseaux sociaux internes qui fonctionnent sur le même registre de partage de l’information et de travail collaboratif. Mais elles peuvent aller beaucoup plus loin qu’un simple RSE, par exemple en lâchant du lest :

  • Arrêter avec les horaires fixes
  • Fournir des outils de communication adaptés à ces nouveaux usages et choisis par les collaborateurs. Pour les appareils on parle de BYOD (Bring your own device), mais également de plus en plus du CYOD (choose your own device).
  • Décloisonner l’entreprise en offrant des plages pour travailler sur des projets personnels, encourager l’intrapreneuriat
  • Faciliter l’accès des salariés à des services extra-professionnels (conciergerie, crèche d’entreprises, salle de sport..)

Ces pistes ne sont pas les seules. Elles sont déjà expérimentées dans beaucoup d’entreprises pour faciliter l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle. Une aspiration partagée par toutes les générations, pas seulement les Y et les Z.

Nouvelle mesure d’étiquetage des produits laitiers, bonne idée ou poudre aux yeux ?

À partir du 1er janvier 2017, une mesure d’étiquetage du lait et des produits dérivés comme le fromage et les yaourts sera testée pendant deux ans. Lancée avec l’accord de Bruxelles et du Conseil d’État, cette mesure oblige les industriels à préciser l’origine du lait utilisé dans leurs produits. À qui profite cette mesure, et quels en sont les buts avoués et cachés ?

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La provenance du lait, un argument de vente ?

Une mesure de protection des consommateurs

Dans le communiqué annonçant la validation du Conseil d’État, Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll s’est félicité de cette mesure « qui permettra aux citoyens de bénéficier d’une meilleure information ». Effectivement, les consommateurs peuvent être désireux d’acheter des produits locaux, pour limiter le transport des marchandises et la pollution, favoriser l’économie locale et les éleveurs français, et bénéficier de la qualité que l’on peut attendre des produits des fermes françaises.

Une mesure de protection des agriculteurs

La mesure sert surtout à soutenir les producteurs. Les industriels auront tout intérêt à s’approvisionner en France et à utiliser la provenance française de leurs produits laitiers comme argument de vente. N’achèteriez-vous pas un produit estampillé « Lait conditionné et collecté en France » plutôt qu’un autre ? Mais Olivier Picot, président de la Fédération Nationale des Industries Laitières (FNIL), estime que cet étiquetage est contraire au principe de libre-échange dans l’Union européenne. Il affirme que la France n’a pas besoin de cette mesure protectionniste, car le pays exporte 40% de sa production. Pourtant, les importations sont en augmentation constante ces dernières années, motivées par des prix plus bas chez les producteurs voisins.

Une mesure favorablement accueillie

Les consommateurs sont en demande de transparence. De leur côté, les producteurs laitiers ne cessent de dénoncer une pression tarifaire des grandes industries laitières. Selon eux, le prix négocié par Lactalis avec les producteurs ne permet même pas de couvrir les coûts de production. Ils ont donc procédé à leur propre campagne d’étiquetage. Le 29 juillet, on pouvait lire sur les bouteilles de lait Lactalis de la Sarthe : « Ce produit laitier ruine les éleveurs » ou « Ce produit laitier crée du chômage ». Mais selon Lactalis, le vrai problème est la surproduction laitière en Europe, malgré la forte demande chinoise. Le problème n’est donc pas résolu, mais gageons que cette mesure renforcera les liens entre producteurs locaux et consommateurs français.

Trucs et astuces

La mesure adoptée prévoit également un étiquetage indiquant l’origine de la viande sur les produits transformés. N’oubliez pas vos lunettes au moment de faire les courses, il risque d’y avoir de la lecture !

Boursorama avec Pratique.fr le 09/08/2016 à 12:15

Alimentation : un étiquetage pour les plats préparés dès 2017 ?

Stéphane Le Foll a annoncé que le projet de traçabilité de la viande dans les plats cuisinés était bien en marche. Le ministre de l’Agriculture a en effet déposé un projet de décret au Conseil d’État…

Alimentation : un étiquetage pour les plats préparés dès 2017 ?

(Boursier.com) — Les Français pourraient bientôt savoir d’où vient le boeuf de leur plat cuisiné… Un projet de décret visant à rendre l’étiquetage de l’origine des viandes obligatoire, lorsqu’elles sont présentes comme ingrédients dans les plats préparés, a en effet été déposé auprès du Conseil d’Etat. Dans le communiqué du ministère de l’Agriculture, il est indiqué que le projet devrait également concerner le lait, utilisé comme ingrédient dans les produits laitiers.

Le Conseil d’État a deux mois pour donner son avis. S’il est positif, le dispositif pourrait ainsi « entrer en vigueur au 1er janvier 2017 pour une période de 2 ans », annonce le ministère de l’Agriculture. Le 11 mars dernier,Stéphane Le Foll avait déjà saisi la Commission européenne d’un projet de décret prévoyant l’étiquetage de ces produits.

La Commission européenne a donné son feu vert

Le ministre de l’Agriculture a d’ailleurs indiqué avoir reçu l’aval du commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire en mars 2016. Vytenis Andriukaïtis a affirmé dans une lettre adressée aux autorités français que « rien ne s’opposait au lancement d’une expérimentation telle que proposée par la France ».

Dès cet été, une concertation est prévue pour définir « les modalités précises de mise en oeuvre de ces règles d’étiquetage, avec l’ensemble de la filière et les associations de défense des consommateurs », indique le ministère dans le communiqué.

Selon les informations d »Europe 1, le décret ferait référence à la présence d’au moins 50% de viandes ou de lait dans le plat concerné. Concernant la viande, le décret rendra obligatoire la précision d’origine, au « pays de naissance, d’engraissement et d’abattage » de l’animal. Pour le lait, il faudra indiquer « le pays de collecte, de conditionnement et de transformation ».

Un étiquetage demandé depuis quelques années

Alors que cela se fait déjà pour la viande fraîche, l’étiquetage des produits transformés dans les plats cuisinés est réclamé depuis plusieurs années, aussi bien par les associations de consommateurs que par les éleveurs français. La demande s’est endurcie depuis le scandale sanitaire des lasagnes à la viande de cheval qui avait éclaté en 2013. Au moins six pays avaient alors affirmé avoir trouvé du cheval dans des lasagnes surgelées : la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Suisse, la Suède et la Norvège.

Selon une enquête publiée en février par « Familles rurales », 41% de Français ne se sentaient pas mieux informés sur l’origine de la viande, après la crise des « lasagnes au cheval ». Pour les plats préparés qu’ils consomment plus particulièrement, 91% des sondés ne savaient d’où elle provient…

Estelle Nguyen — ©2016, Boursier.com

Publié le 6/7/2016 à http://www.boursier.com/actualites/economie/alimentation-un-etiquetage-pour-les-plats-prepares-des-2017-32159.html?fil17

 

 

BREXIT : QUEL IMPACT POUR LE SECTEUR AGROALIMENTAIRE ?

Alors que les britanniques se sont prononcés hier, par la voie du référendum, en faveur de la sortie de leur pays de l’Union européenne (UE), les conséquences d’un départ du Royaume-Uni de l’Union européenne apparaissent de prime abord négatives pour la France, et plus incertaines à moyen-terme dans leurs éventuels bienfaits.

Les conséquences économiques sont donc très difficiles à évaluer. En effet, les modalités d’une éventuelle sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni demeurent à ce jour indéterminées

Toutefois, l’idée que le « Brexit » aurait d’importantes conséquences économiques et budgétaires, aussi bien pour le Royaume-Uni que pour les autres Etats européens, fait aujourd’hui consensus.

Malgré la grande incertitude liée aux conditions de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, dans l’agroalimentaire, les secteurs qui pourraient être les plus impactés sont naturellement ceux qui contribuent le plus significativement au solde commercial français : vins et produits laitiers notamment.

Dans l’agroalimentaire, les secteurs les plus touchés seraient notamment le vin et les produits laitiers, qui contribuent très nettement au solde commercial français.

Chiffres clés :

  • Total des exportations agroalimentaires françaises en 2015 : 44,3 Md€
  • 66 % des exportations agroalimentaires sont à destination de l’Union européenne
  • 14% des exportations agroalimentaires françaises sont à destination du Royaume-Uni
  • Solde commercial agroalimentaire français : 8,1 Md€ en 2015 ; déficit de -3,6 Md€ hors boissons

 

Le secteur agroalimentaire pourrait être impacté, par la conjonction de plusieurs facteurs :

 

  •  Le secteur agroalimentaire français demeure très fortement internationalisé, avec des performances commerciales concentrées sur un nombre limité de secteurs ;

Il exporte en 2015 44,3 Md€ (21 % de son CA est exporté), ce qui le classe comme 4e secteur exportateur mondial. L’essentiel de ces exportations est à destination des pays européens (autour de 66 % des exportations agroalimentaires).  (Sources Insee, Douanes).

Le solde commercial, largement excédentaire du secteur (8,1 Md€) repose sur un nombre très limité de secteurs (boissons, produits laitiers et glaces) qui sont très largement importés par le Royaume-Uni (chiffre). Hors boissons, le solde commercial français demeure négatif (-3,6 Md€), depuis 2007.

 

  • Le Royaume –Uni reste un partenaire commercial important 

Au global (tous secteurs confondus), le Royaume-Uni (629 milliards de dollars) est le quatrième importateur mondial après les Etats-Unis (2306 milliards), la Chine (1680 milliards) et l’Allemagne (1056 milliards). C’est le premier insulaire, devant le Japon en 2015.

Sur 456 milliards d’euros exportés, le Royaume-Uni est le cinquième partenaire français à l’export,  et représente 7% de ses exportations en valeur. Les exportations au Royaume-Uni représentent 31,775 milliards d’euros en 2015, dont 4,539 milliards pour l’agroalimentaire (soit 14% en valeur en 2015).

 

  • D’éventuelles incidences économiques négatives à ne pas écarter 

Le secteur agroalimentaire serait impacté, dans des proportions difficilement quantifiables. Depuis la fin de l’année, l’OCDE a noté un net recul du change de la livre sterling par rapport au dollar et à l’euro, les enquêtes auprès des directeurs d’affaires des entreprises britanniques indiquent une forte incertitude concernant les conditions économiques.

Dans ce contexte, les exportations agroalimentaires britanniques reculent de près de 5 % sur un an, sur les 4 premiers mois de l’année 2016, alors qu’elles progressaient encore en 2015. (Source Douanes)

 

  • A moyen terme, le « Brexit » pourrait entraîner une limitation des échanges commerciaux :

Via le rétablissement de droits de douanes sur les flux britanico-européens ou de la perte du bénéfice associé à l’existence d’une union douanière. Ces droits de douanes peuvent être particulièrement élevés s’agissant des biens alimentaires

Par l’apparition de barrières « non-tarifaires » : dans ce cadre, les coûts administratifs peuvent représenter près de 25 % de la valeur des biens échangés. (Source OCDE)

 

  • Les secteurs les plus touchés seraient surtout le vin, les produits laitiers, qui portent les performances agroalimentaires françaises à l’export

Dans les exportations françaises (globales) à destination du Royaume-Uni, figurent notamment :

  • le vin pour 5,7%
  • les produits laitiers pour 2% (fromage et beurre)
  • viennoiseries, produits issus de boulangerie et de céréales pour 1,6%

Il convient surtout de noter que l’impact du Brexit sur les exportations françaises dépendent beaucoup des conditions de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et d’éventuels accords à venir.

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Des nanoparticules dans nos assiettes

 

Nanoparticules.

A notre insu, les nanoparticules ont envahi notre environnement quotidien. Présentes dans de multiples produits de consommation courante – crèmes solaires, textiles, articles de sport, carburants, pneus, appareils électroménagers, panneaux solaires, ciments, peintures, vernis, équipements médicaux… –, elles se sont aussi introduites, subrepticement, dans nos assiettes.

Cela, sans que le consommateur en soit averti par un étiquetage spécifique, pourtant requis par la réglementation européenne. Et, surtout, sans qu’il se doute des dangers potentiels de ces substances. C’est ce que révèle une enquête de l’association Agir pour l’environnement, rendue publique mercredi 15 juin.

L’association a fait analyser, par le très officiel Laboratoire national de métrologie et d’essais, rattaché au ministère de l’industrie, quatre produits des plus ordinaires : des biscuits chocolatés de la marque Lu, des chewing-gums Malabar, une conserve de blanquette de veau commercialisée par William-Saurin et un mélange d’épices pour guacamole vendu sous la marque Carrefour.

Résultat des tests : tous contiennent des nanoparticules, de dioxyde de titane (TiO2) pour les trois premiers échantillons, et de dioxyde de silicium (SiO2) pour le quatrième. Des adjuvants utilisés par les industriels pour blanchir les aliments ou modifier la teinte de leurs colorants, dans le cas du premier ingrédient, et pour fixer l’humidité et empêcherl’agglomération des poudres, dans le cas du second.

Aucun étiquetage pour avertir le consommateur

Cette « cuisine nanoparticulaire » n’est pas une pratique neuve. On savait déjà que l’industrie agroalimentaire agrémente certaines de ses recettes d’une pincée de nano-éléments pour en améliorer l’aspect, la saveur, la texture ou la conservation. Mais, dénonce Agir pour l’environnement, l’ajout de ces composants à notre menu pose deux problèmes, l’un réglementaire, l’autre sanitaire.

D’après les investigations menées par l’association dans les rayons des supermarchés français, aucun produit n’est aujourd’hui étiqueté comme contenant des nanoparticules. A fortiori, aucun des quatre soumis à l’analyse.

Or, depuis décembre 2014, la réglementation européenne exige la mention « nano » sur les denrées alimentaires qui en recèlent. Une obligation dont la mise en œuvre a été retardée, mais qui aurait dû entrer en vigueur en décembre 2015, en vertu du règlement sur les « nouveaux aliments ».

Doivent ainsi être signalés à l’acheteur les produits dans lesquels sont incorporés des nanomatériaux « présentant une ou plusieurs dimensions de l’ordre de 100 nanomètres[milliardièmes de mètres] ou moins », mais aussi « des agrégats qui peuvent avoir une taille supérieure (…) mais qui conservent des propriétés typiques de la nano-échelle ».

Toxicité encore mal connue

Généralement retenu dans les règlements sur les nanomatériaux, le seuil de 100 nanomètres n’a en réalité pas de fondement scientifique absolu. En tout état de cause, il est franchi dans les quatre échantillons expertisés.

Tous contiennent des nanoparticules dont la taille est inférieure à 100 nanomètres, dans des proportions variables : 2,5 % du total des particules pour les chewing-gums, 12 % pour les biscuits chocolatés, 16 % pour la blanquette de veau et… 100 % pour le mélange d’épices. Tous auraient donc dû être étiquetés. Même si les nanoparticules ne se retrouvent dans ces denrées qu’à l’état de traces, de l’ordre du millième, voire du cent millième du produit fini.

Surtout, la toxicité des nanomatériaux, pour la santé et pour l’environnement, est encore très mal connue. Leurs dimensions lilliputiennes – un nanomètre est environ 50 000 fois plus fin qu’un cheveu – leur confèrent des propriétés physiques, chimiques ou biologiques hors du commun, qu’il s’agisse de résistance, d’élasticité, de conductivité ou de réactivité.

Mais, en raison de cette très petite taille, ils peuvent pénétrer dans les poumons ou dans le sang, par inhalation ou par ingestion, et franchir les barrières physiologiques protégeant l’organisme : barrière cutanée, alvéolo-capillaire (isolant les alvéoles pulmonaires des vaisseaux sanguins), hémato-encéphalique (protégeant le cerveau des agents pathogènes du sang), placentaire (séparant les circulations sanguines de la mère et du fœtus)…

« Dans dix ans, il sera trop tard »

Dans un avis rendu en mai 2014, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a conclu que certains de ces matériaux microscopiques sont « toxiques pour l’homme ». Elle a donc appelé à « mettre en place un encadrement réglementaire européen renforcé » et à « peser l’utilité » de leur mise sur le marché.

« Nous ne disons pas que tous les nanomatériaux sont dangereux, précisait alors Dominique Gombert, directeur de l’évaluation des risques. Les incertitudes restent grandes et les recherches doivent être poursuivies. Mais il existe suffisamment de données scientifiques pour pointer les risques de certains d’entre eux. Dans dix ans, il sera trop tard pour seposer la question de leur encadrement. »

Lire aussi : Les nanomatériaux, ennemis invisibles et omniprésents

Toute la difficulté vient de ce que les nanomatériaux passent encore à travers les mailles du filet sanitaire européen. En effet, le système d’enregistrement, d’évaluation et d’autorisation Reach ne s’applique qu’aux productions chimiques de plus d’une tonne par an. Sa révision a été demandée par plusieurs pays, mais elle tarde à se concrétiser.

Appel à un « moratoire »

Pourtant, dès 2006, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le dioxyde de titane (TiO2 ), même sous forme non nanométrique, comme « cancérigène possible » pour l’homme lorsqu’il est inhalé. Et voilà quelques jours, l’Anses a mis en consultation publique une proposition, soumise à l’Agence européenne des produits chimiques, de classer le TiO2 comme substance cancérogène par inhalation « présumée ».

Face à ces risques, même potentiels, Agir pour l’environnement appelle, en vertu du principe de précaution, à un « moratoire » sur l’incorporation de nanoparticules dans l’alimentation.

« Nous avons fait analyser quatre produits, mais bien d’autres sont probablement concernés. Il est inadmissible qu’on y trouve des nanoparticules non évaluées et non étiquetées,proteste Magali Ringoot, coordinatrice des campagnes de l’association. Les pouvoirs publics doivent protéger les consommateurs, particulièrement les publics vulnérables, comme les enfants et les femmes enceintes. »

Membre de l’Association de veille et d’information civique sur les enjeux des nanosciences et des nanotechnologies et rédactrice du site Internet VeilleNanos, Mathilde Detcheverry« espère que cette enquête, inédite en France, va inciter les associations de consommateurs à mener d’autres tests ». Et pousser les industriels comme les pouvoirs publics à instaurer « une transparence » sur le contenu de nos assiettes.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/06/15/des-nanoparticules-dans-nos-assiettes_4950584_3244.html#iSiyXe8yaWqIqOGj.99

LE MONDE | 15.06.2016 à 06h38 • Mis à jour le 15.06.2016 à 15h20 | Par Pierre Le Hir

  Pierre Le Hir

Journaliste au Monde

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Des logos nutritionnels sur les aliments testés dès septembre 2016

À partir de septembre 2016, des logos nutritionnels vont faire leur apparition dans les rayons de certains supermarchés. Visant à renseigner les consommateurs sur l’apport nutritionnel des produits alimentaires, quatre systèmes graphiques seront à l’étude avant le lancement mi-2017.

image: http://www.consostatic.com/wp-content/uploads/2016/05/logos-nutritionnels-magasins-ban.jpg

Des logos nutritionnels sur les aliments testés dès septembre 2016

Le 14 mai 2016

image: http://www.consostatic.com/wp-content/uploads/userphoto/125.thumbnail.jpg

Le mardi 10 mai dernier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé que quatre logos résumant leurs scores nutritionnels, seraient testés sur les produits alimentaires, un dispositif prévu dans la loi de modernisation du système de santé, dans le but de permettre aux consommateurs de savoir ce qu’ils mangent. Ces logos seront évalués dans 50 supermarchés en France, et ce, dès le mois de septembre.

Quatre visuels en test pour l’étiquetage des produits alimentaires

Plusieurs solutions graphiques ont été proposées, suivant les deux approches existantes aujourd’hui : l’approche analytique, qui présente les principaux composants du produit et les quantifie, et l’approche synthétique, fondée sur un code couleur.

En septembre 2016, quatre systèmes seront mis sur pied par les divers acteurs de la concertation. Deux seront synthétiques : Nutri-Score et SENS, et les deux autres : Nutri-Repère et Traffic Lights, analytiques. Selon le Ministère des Affaires Sociales et de la Santé, un test préalable des logos nutritionnels permettra de « déterminer avec précision quel système est le plus efficace sur les comportements d’achat ».

Nutri-Score

Un système à couleurs répartissant les produits en cinq catégories, élaborées sur la base d’un score caractérisant la qualité nutritionnelle du produit à partir des teneurs en nutriments majeurs. Les cinq couleurs apparaissent systématiquement sur l’emballage, avec une loupe.

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© Ministère des Affaires sociales et de la Santé

SENS

Un système à quatre couleurs comportant une indication sur la fréquence de consommation. Il est construit à partir d’une classification réalisée sur la base de la teneur en nutriments majeurs du produit. Les articles afficheront l’un des quatre visuels, dont voici deux exemples :

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© Ministère des Affaires sociales et de la Santé

Nutri-Repère

Ce système améliore le système déjà existant, les « RNJ » (Repères Nutritionnels Journaliers), et permet de visualiser en pourcentage et valeur absolue, la contribution d’une portion d’aliment aux apports nutritionnels de référence en énergie, matières grasses, acides gras saturés, sucres et sel.

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© Ministère des Affaires sociales et de la Santé

Traffic Lights

Ce système, mis en oeuvre au Royaume-Uni depuis plusieurs années, est fondé sur une échelle de trois couleurs fournissant la contribution en pourcentage et valeur absolue d’une portion de l’aliment aux apports nutritionnels de référence en énergie, sucre, sel, matières grasses et acides gras saturés.

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© Ministère des Affaires sociales et de la Santé

L’objectif final de cette initiative est de déterminer quel système est le plus efficace sur les comportements d’achat, sur la base d’un protocole de recherche établi par un comité scientifique indépendant.

Les résultats devront être communiqués en décembre 2016, et c’est sur cette base que l’un ou l’autre des systèmes d’information nutritionnelle sera recommandé par les pouvoirs publics, ainsi que le prévoit la loi de modernisation du système de santé. La mise en place sur les emballages par les producteurs d’aliments devrait débuter au cours du premier semestre 2017.

En savoir plus sur http://www.consoglobe.com/logos-nutritionnels-aliments-septembre-2016-cg#ksFAdAJwr18ejbOO.99

Rédigé par Hugo Quinton

Que représente le marché du halal en France ?

Rayonnage halal dans un supermarché d’Illzach (Haut-Rhin).image: http://s2.lemde.fr/image/2016/06/08/534×0/4943055_6_e4c9_rayonnage-halal-dans-un-supermarche_8b6dfaf6dde03e8ae7397362ddd8d612.jpg

Rayonnage halal dans un supermarché d’Illzach (Haut-Rhin). SEBASTIEN BOZON / AFP

« Le goût de l’Orient » chez Auchan, « Toutes les saveurs du ramadan » chez Carrefour, « Spécial Orient » chez Intermarché… Les enseignes de la grande distribution sortent leurs décors des mille et une nuits et profitent du ramadan, qui a commencé lundi 6 juin, pour mettre en avant des produits destinés spécifiquement aux musulmans, et en particulier des aliments estampillés « halal ».

1. Qu’est-ce que le halal ?

Dans la religion musulmane, halal correspond à tout ce qui est licite, permis par opposition au haram, qui est prohibé ou impur. Parmi les interdits majeurs de la religion musulmane figurent la consommation d’alcool, de drogue et de porc sous toutes ses formes, ainsi que « le sang, la bête morte ou celle sur quoi on a invoqué un autre nom que celui de Dieu » (sourate 5 du Coran). Le halal est beaucoup moins restrictif que le casher de la religion juive, qui implique d’autres interdits : crustacés et poissons sans écailles, contact entre lait et viande…

En théorie, donc, le Coran peut accepter comme licite la viande abattue par des « gens du Livre », c’est-à-dire les chrétiens et les juifs. Dans la pratique, les viandes abattues selon le rite casher (en particulier les parties postérieures des ovins, non consommées par les juifs pratiquants) sont considérées comme halal. Selon le rituel musulman (la dhabila), pour être halal, un animal doit être tourné vers la Mecque, égorgé et saigné vivant par un musulman. Cette pratique est réalisée dans des conditions particulières (immobilisation de la bête), par dérogation à la législation française qui préconise l’étourdissement.

S’appliquant à la viande, le halal s’étend ensuite logiquement aux produits élaborés : charcuterie, surgelés, plats préparés, sauces… mais aussi les bonbons, qui ne doivent pas contenir de gélatine de porc.

Le terme halal a ensuite été utilisé pour toutes sortes d’activités : la « finance halal » définit le système de finance islamique qui proscrit la notion d’usure ; le « tourisme halal » garantit aux voyageurs l’absence de nourriture ou de comportement illicite ; la « cosmétique halal » ne contient pas d’alcool… « On pourrait aussi imaginer de l’immobilier halal, avec par exemple un espace de prière orienté vers la Mecque, des alarmes pour les heures de prière, des espaces d’ablution séparés hommes-femmes », explique Mai Lam Nguyen-Conan, consultante en marketing, qui a écrit Le Marché de l’ethnique, un modèle d’intégration ? (Michalon, 2011). Toutefois, hors de l’alimentaire, le marché du halal reste extrêmement marginal en France.

2. Qui consomme des produits halal ?

Tout le monde peut acheter de la nourriture halal mais les clients « cibles » sont bien évidemment les musulmans. Problème : dans un pays où les statistiques ethniques sont interdites, difficile de savoir s’ils sont plutôt 2,1 millions de pratiquants, selon l’enquête trajectoires et origines de l’INED et l’Insee, ou 4 à 5 millions, voire davantage si on inclut toutes les personnes de culture musulmane. La France compte une importante immigration maghrébine, mais aussi de nombreux musulmans originaires d’Afriquesubsaharienne, de Turquie ou d’Asie.

Lire aussi :   Quel est le poids de l’islam en France ?

Selon un sondage de l’IFOP de 2010, 59 % des musulmans interrogés affirmaient consommer systématiquement de la viande halal, et 28 % occasionnellement. Les pratiquants sont 91 % à consommer halal, mais même les non-pratiquants le font à 44 %.

L’agence de marketing ethnique Solis précise dans son étude Horizons Shoppers 2015 que les consommateurs plébiscitent le halal pour la viande (86 %), les bouillons en cube (43 %), les sauces tomate de type bolognaise (29 %), les plats cuisinés (24 %), les soupes (22 %) et les petits pots pour bébé (8 %)… On trouve même du foie gras halal.

3. Comment sont certifiés les produits halal ?

Comme l’explique l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler dans Comprendre le halal (Edipro, 2010), le marché halal a été inventé par les pays occidentaux, dans les années 1970-1980. Afin d’exporter leurs carcasses dans les pays musulmans, les producteurs de viande (comme le volailler Doux, par exemple) les ont abattues selon le rite halal. Il s’agissait alors d’un marché de « dégagement » pour des produits de faible qualité ou en surproduction. La demande a ensuite émergé en France par le biais des populations immigrées.

Pour simplifier et rentabiliser la chaîne de production, les abattoirs préfèrent abattre de manière rituelle des lots entiers de viande, même si seule une partie sera commercialisée sous l’appellation halal. Au total, 26 % des bêtes en France étaient abattues (en particulier les ovins) selon le rite musulman en 2011, selon le ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt. Au grand dam des protecteurs des animaux, qui réclament l’obligation de l’étourdissement avant la mise à mort, et de l’extrême droite qui y a trouvé matière à polémique en 2012. L’encadrement des abattages rituels a été renforcé par un décret fin 2011.

Après la création du premier certificateur, AVS, en 1991, des dizaines d’organismes ont émergé dans les années 2000. Les plus importants sont liés aux trois grandes mosquées de ParisLyon et Evry. Toutefois, les mosquées n’interviennent directement que pour délivrer des habilitations aux sacrificateurs. Mais les organismes certificateurs eux-mêmes divergent sur les méthodes de contrôle et les pratiques (par exemple, l’autorisation ou non d’un étourdissement préalable). Des polémiques éclatent régulièrement.

En 2011, le groupe Herta avait été accusé de vendre des Knackis halal contenant de l’ADN de porc. Bien qu’un second test ait blanchi le fabricant et son certificateur, le produit a été retiré du marché. D’autre part, le magazine Capital qui vient de faire tester 42 échantillons de viande halal a décelé trois produits contenant du porc.

De nombreux acteurs appellent donc à créer un cahier des charges ou un label unique, comme on en trouve pour les produits « bio » ou les « AOP ».

4. Un marché de 5,5 milliards d’euros ?

En l’absence d’une filière unique, il est très difficile d’évaluer le chiffre d’affaires du halal en France. Ainsi, les abattoirs ne connaissent pas la proportion de viande abattue selon le rituel qui sera réellement commercialisée comme halal. Par ailleurs, l’essentiel des ventes se fait via les boucheries musulmanes et les épiceries de quartier, petites structures indépendantes dont la comptabilité n’est pas centralisée.

L’étude la plus reprise dans les médias a été réalisée par le cabinet Solis, spécialisé dans le marketing « identitaire » à partir de questionnaires déclaratifs. Basée sur l’hypothèse de 5 millions de musulmans en France, elle conclut que le marché s’établissait à 5,5 milliards d’euros en 2010, dont 4,5 milliards en produits alimentaires et 1 milliard en restauration hors domicile (kebab, fast-food, pizzeria).

« Ce n’est pas une étude exhaustive, mais une estimation, précise Abbas Bendali, directeur de Solis. Les musulmans sont jeunes, actifs et surconsommateurs de viande, surtout lors d’événement comme l’Aïd, les naissances, les mariages… Ils achètent à 85 % de la viande, dans des boucheries halal qui, contrairement aux boucheries traditionnelles, résistent très bien et vendent de gros volumes. »

Cette étude a été corroborée par le cabinet Xerfi, qui évoquait, en 2011, un marché de 4 milliards d’euros. Elle est toutefois remise en cause par d’autres observateurs. Pour Mai Lam Nguyen-Conan, le chiffre a été « complètement gonflé ». Jean-Christophe Despres, directeur de l’agence de marketing ethnique Sopi, calcule qu’« à titre d’exemple, la société Zaphir (Isla Délice) réalisait 60 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012, pour une part de marché de 45 %. Certes la réalité se trouve du côté des produits carnés bruts, mais l’opacité des filières ne permet pas de mettre en place une démarche convaincante. Il n’y a pas de marché, côté entreprises, pour mener à bien de telles études en toute rigueur. »

Même dans la grande distribution, le marché est éclaté, entre des marques spécialisées (Isla Délice, leader du secteur, Medina Halal), des géants de l’agroalimentaire qui lancent une gamme halal (Fleury Michon, Nestlé) et des marques de distributeurs (Wassila pour Casino).

Du côté des grandes surfaces, les ventes de produits halal avec code à barres (ce qui exclut la viande fraîche étiquetée différemment) atteignent 205 millions d’euros, selon l’institut Nielsen. Les produits les plus plébiscités sont les charcuteries de volaille (77 millions d’euros), les viandes surgelées (37 millions), les saucisses (16 millions) et les plats cuisinés, loin devant les confiseries (2,8 millions).

Mais si ce marché reste encore « confidentiel » en hyper et supermarchés (0,2 % des produits de grande consommation), il est en croissance continue, selon Nielsen : + 7,3 % entre 2015 et 2016, + 20 % depuis 2013. De quoi aiguiser l’appétit de certains acteurs industriels.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/08/que-represente-le-marche-du-halal-en-france_4943058_4355770.html#rHwBvJ6z0JPkYP6y.99

LE MONDE | 08.06.2016 à 15h43 • Mis à jour le 08.06.2016 à 16h32 | Par Anne-Aël Durand

Interview de Georges Lewi

Interview
Georges Lewi
Mythologue, spécialiste des marques, consultant en branding, E-branding et storytelling, écrivain et conférencier. Editeur des Editions François Bourin


Par Caroline Dupire, Responsable du Congrès Stratégies « Tendances Communication 2015 »

Pourriez-vous nous donner un exemple concret d’un mythe contemporain ?

Le mythe des mythes pour l’humanité est celui de Prométhée, le petit homme qui va chercher le feu chez les dieux pour sauver l’humanité. La mythologie grecque nous rappelle que de tous les êtres de la nature, l’être humain est sans doute le moins bien doté : il n’a ni griffe, ni force, ni plume pour le protéger, ni vélocité pour fuir… Il ne lui reste que d’essayer de se débrouiller par lui-même et son intelligence.

Celle-ci représente sa capacité à trouver des solutions pour lui éviter d’être détruit par les forces de la nature et par toutes les bêtes sauvages, plus fortes, plus rapide que lui. Autrement dit, le mythe des mythes pour l’être humain, c’est sa capacité à se débrouiller tout seul. De nos jours, c’est Google qui joue ce rôle. C’est la marque des marques. La première entre toutes. Sans Google, on est aujourd’hui perdu. Avec Google, l’être humain est l’équivalent des dieux. Il va pouvoir trouver les solutions en lui-même, se débrouiller, sauver sa peau, améliorer son ordinaire…Google nous ramène à la magie des temps anciens où Prométhée rapportant le feu sur terre, donnait la civilisation aux humains et introduisait le cuit dans la société du cru.

 

 

Quelle analyse faites-vous de la transformation de nos comportements (sociaux et économiques) issue du web ?

Le web fait ressurgir la pensée magique des origines du monde, des temps où le petit homme ne comprenait rien du tout de ce qui se passait autour de lui. Le web remonte le temps du storytelling, des mythes fondateurs. L’humanité a cru au XIX e siècle et au début du XXe siècle que chaque être humain allait pouvoir comprendre chaque phénomène. Or avec le monde numérique, tout redevient opaque ; on en jouit, mais on craint le monde qui se prépare et surtout on ne comprend pas du tout comment « ça marche ».

C’est pourquoi, le storytelling a pris tant d’importance : dans des temps où les choses changent trop vite, la parole qui raconte, (le récit) est plus forte que la parole qui démontre. Seule le récit nous explique souvent en images, en métaphores, notre place dans le monde et la façon dont on va pouvoir s’en sortir. Se positionner, trouver son identité est depuis l’origine du monde, la question ontologiques des humains. Cette recherche d’identité, c’est une nécessité pour les marques. C’est aussi le grand, peut-être le seul, besoin de l’humanité après la sécurité et le manger à sa faim. Avant la copulation.

Avec le web, nous sommes redevenus de grands enfants et nous aimons à ça ! C’est un sacré changement de comportement, à l’opposé du consommateur supposé être rationnel. Chaque jour qui passe nous apporte de nouvelles possibilités de surprendre notre âme d’enfant : la voiture qui roule toute seule, la montre qui nous dit en quelle santé on est, le site qui nous trouve la meilleure place d’avion, ou nous trouve l’âme sœur en un clic, l’imprimante 3D qui nous fabrique, à domicile, sur mesure, la prothèse dont on aura besoin…

Voilà pourquoi le marketing se fait du souci ; il a fondé sa légitimité sur la raison. Or désormais les gens fonctionnent à l’intuition. Il va falloir passer des critères rationnels fondés sur la confiance aux critères irrationnels illustrant le coefficient de surprise

 

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