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Charal cherche à remettre le boeuf dans le quotidien des Français

La marque innove techniquement produit composé d'une superposition fines tranches viande.

La marque innove techniquement avec ce produit composé d’une superposition de fines tranches de viande. – Photo Charal

Face aux nouveaux comportements des consommateurs, la marque réplique par des innovations et de la pédagogie.

Les Français manquent de culture sur la viande. Charal l’a bien compris et fait feu de tout bois pour leur donner les clefs leur permettant de mieux connaître le boeuf. La marque vient ainsi de lancer sur son site Internet une version en ligne des ateliers qu’elle avait réalisés grandeur nature lors d’événements éphémères. Au menu : des conseils pour réussir la cuisson de la viande, un lexique ou des détails sur les races des animaux. Un jeu autour des pièces du boucher permet, en outre, de tester ses connaissances sur les différents morceaux qui sont présentés en vidéo par l’un des 500 bouchers de Charal. « Les consommateurs sont de plus en plus en attente d’expertise et de redécouverte », constate Stéphanie Bérard-Gest, responsable marketing.

Attirer d’autres consommateurs

Face à des Français consommant moins de viande, fournir des clefs est indispensable. Si le steak haché est aujourd’hui si présent dans les paniers des consommateurs, c’est en effet parce qu’au-delà du prix, tout le monde sait comment le servir. En revanche, il existe un manque de connaissances sur la manière de préparer les pièces de viande. « Il n’y a pas eu chez les moins de 40 ans de vraie transmission de la part des parents autour de la cuisine de la viande. Et ils ont souvent peur de ne pas réussir leur cuisson. Pour eux, comme pour les autres, il faut apporter des solutions. Notre rôle comme marque leader est de remettre le boeuf dans le quotidien des Français, de créer de nouvelles occasions de consommation », estime Stéphanie Bérard-Gest.

L’une des pistes passe par le lancement de produits simples à mettre en oeuvre. Plus d’une personne sur deux ne s’estime pas capable de faire un boeuf bourguignon ou une blanquette de veau – des plats bien ancrés dans l’imaginaire hexagonal ? La marque vient de sortir des kits cuisine pour les réaliser facilement. Aux morceaux de viande coupés à la bonne taille s’ajoute un sachet d’assaisonnement.

Pour répondre aux attentes d’un public qui plébiscite le caractère tendre du boeuf, Charal a également lancé une innovation technique réalisée par une superposition de fines tranches jouant la carte du fondant. Ce Tendre de boeuf permet de faire le pont entre l’univers du steak haché et la pièce de boeuf.

Dans un univers que l’on aurait pu penser banalisé, l’industriel mise largement sur les innovations et en sort entre douze et quinze par an. Parmi elles figurent des produits surfant sur les tendances alimentaires du moment. Comme les boulettes ou les bagels. Mais aussi des portions plus petites, adaptées notamment à l’appétit des seniors.

Simplifier la vie

Pour la marque qui pèse environ 1 milliard d’euros aux rayons frais et surgelés, l’accompagnement du consommateur prend différentes formes. La marque mise sur le packaging pour l’aider à préparer ses plats. Comme pour le tartare au couteau accompagné d’une sauce qui se mélange dans la barquette-bol fournie. Les emballages doivent aussi encore plus guider l’acheteur. Ils ont été revus pour indiquer précisément la place des morceaux sur l’animal et leurs caractéristiques organoleptiques. Charal joue de surcroît les pionniers en matière de codes QR en les démultipliant. Sur ses packagings, il en existe plus d’une cinquantaine, adaptés aux gammes, et donnant accès à des astuces, des recettes. Le contenu varie selon le moment et les opérations en cours.

Soigner les fidèles

Si la marque veut convaincre les néophytes de mettre plus souvent du boeuf à leur menu, elle n’en oublie pas pour autant de cultiver le lien avec ses fidèles. Son Club Avantages compte 120.000 membres. Ils obtiennent des bons de réduction sur leurs produits préférés, ont accès à des jeux spécifiques, mais aussi à des recettes exclusives, un peu décalées, dans l’esprit humoristique de la communication. Et ils collectionnent les fameuses « boîtes à Hummm », ces objets qui émettent le gimmick publicitaire guttural « Hummm… Charal » lorsqu’on les retourne. Une nouvelle édition sort chaque année. A n’utiliser qu’avec modération pour préserver la paix des ménages…

Clotilde Briard, Les Echos

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/journal20150106/lec2_industrie_et_services/0204027957336-charal-cherche-a-remettre-le-boeuf-dans-le-quotidien-des-francais-1080498.php?zLtZS40111QU0LF6.99#xtor=CS1-33

Philippe Mangin : « Le modèle coopératif gagne en performance et se rapproche des citoyens »

Philippe Mangin procède à un large tour d'horizon sur l'avenir des coopératives alimentaires

Philippe Mangin procède à un large tour d’horizon sur l’avenir des coopératives alimentaires

A l’occasion d’un hors série consacré spécifiquement aux coopératives alimentaires et agricoles, Philippe Mangin, président de Coop de France, nous a accordé une interview exclusive, que nous publions ici intégralement. Il analyse sans détour les forces et les faiblesses du modèle coopératif, qui produit la moitié de l’alimentation en France.

LSA – Comment les coopératives traversent-elles la crise ? On entend surtout parler des difficultés dans les filières animales, de restructurations, de cessions…

Philippe Mangin - La coopération est dans le prolongement des exploitations agricoles et subit les mêmes difficultés qu’elles rencontrent, notamment dans certaines filières de l’élevage. Le porc, la volaille, les bovins même souffrent depuis plusieurs années. Les coop dans ces filières se sont fragilisées. On en connaît les raisons : l’exacerbation d’une concurrence intracommunautaire, d’Allemagne, du nord de l’Europe, parce que les coûts sociaux et donc les écarts de prix sont très importants ; certaines entreprises, dans la volaille, n’ont pas anticipé la baisse des subventions à l’exportation, ce qui expose leurs coopératives d’approvisionnement ; et enfin la crise, que la France traverse. Mais une fois ce constat fait, globalement, les coopératives agricoles et agroalimentaires restent plus solides que les entreprises concurrentes du privé. Leur part de marché ne s’effrite pas. Il naît même des acteurs économiques de plus en plus puissants, comme Tereos et Cristal Union dans le sucre, qui sont des réussites remarquables. On voit des progrès fulgurants dans le domaine viticole, comme Nicolas Feuillate, dans le champagne, Val d’Orbieu parmi d’autres dans le Bassin méditerranéen avec une production qui devient insuffisante, et, pour les grandes cultures et la valorisation des productions végétales, nous voyons l’émergence de leaders, Vivescia dans la malterie, numéro un mondial, et dans la meunerie-viennoiserie avec Nutrixo et Délifrance ; Axereal dans la farine, Limagrain avec Vilmorin et Jacquet, et, dans le lait, avec Laita, SodiaalAgrial qui ont pignon sur rue. Il faut d’ailleurs en faire émerger d’autres.

LSA – Le modèle économique historique est-il vraiment un avenir pour ces entreprises ?

P. M. - La difficulté à laquelle sont confrontées les coopératives pour assurer leur développement est la mobilisation des capitaux, un problème que les grandes entreprises capitalistes ne rencontrent pas. Pour atteindre leurs objectifs de croissance, qui nécessitent des investissements, afin de développer des marques, atteindre la taille critique, beaucoup de coop se disent amenées à rechercher des capitaux extérieurs qu’elles ne peuvent trouver parmi leurs membres. Pour autant, le statut du modèle s’en trouve-t-il menacé ? Je ne crois pas. La coopérative est le prolongement des membres, les activités industrielles sont filialisées et peuvent appeler des capitaux extérieurs, industriels ou financiers. Et rien n’est menacé tant que la coopérative maison mère maintient son pouvoir dans les montages financiers. Les producteurs de Limagrain ont une filiale, Vilmorin, cotée en Bourse. Ils n’ont pas eu un instant l’impression d’être dessaisis de ce qui les anime dans leur stratégie. L’esprit coopératif peut être conservé. Ce serait le contraire même si les groupes coopératifs étaient rendus impuissants à rivaliser avec les autres entreprises dans le paysage européen et mondial. Certes, les leaders français ont pris un peu de retard, qui est en train de se combler, les plus grandes coopératives sont encore dans le nord de l’Europe, mais nous avons sept groupes coopératifs dans le top 20 européen, deux au niveau mondial. Nous sommes aussi attendus, partout dans le monde, sur une offre coopérative. Nous devons mettre les bouchées doubles pour grandir encore.

« NOUS PROGRESSSONS DE 1,5 % MALGRÉ LES DIFFICULTÉS DE LA FILIÈRE ANIMALE »

LSA – La course à la taille est-elle le seul moyen pour une coopérative d’être compétitive ?

P. M. - Évidemment non ! Il y a de très belles PME coopératives qui ont montré combien leur stratégie était gagnante. Dans le vin, de nombreuses coopératives pourraient être citées : La Chablisienne, Plaimont, La Cave de Tain. Dans le lait, aux côtés des trois précédemment cités, Isigny, La Prospérité et L’Hermitage, dans les Vosges, démontrent tous les jours combien leur action est efficace, et ces entreprises ne sont pas confrontées à une insuffisance de taille pour faire leurs preuves. Dans les fruits et légumes, Saveol, Blue Whale ou, avec une stratégie plus territoriale, Les Fermiers de Figeac, ont montré leur efficacité. Unicoque est devenu un des leaders européens de la noisette avec un vrai plan de croissance. Pour celles-là, le modèle est pérenne. Nous manquons peut-être de naissances de nouvelles coopératives. On en voit quelques-unes, dans le commerce alimentaire, des Amap qui adoptent le statut coopératif pour que les agriculteurs puissent s’épauler encore plus efficacement. La filière bio, dont les coopératives sont les championnes en termes de quantités produites et écoulées, montre aussi son dynamisme. Dans une situation de crise, ce n’est pas si mal, nous progressons de 1,5 % par an, malgré les difficultés de la filière animale.

LSA – Vous êtes à la fois président d’InVivo et de Coop de France. Les deux structures ont une gouvernance commune. Pouvezvous nous rappeler pour quelles raisons ?

P. M. - Coop de France est le syndicat professionnel qui représente les 2 800 coopératives françaises, qui est leur porte-voix en matière de lobbying et qui les accompagne en expertises et en services. InVivo est une union de coopératives, une coop de deuxième niveau, contrairement à Vivescia, Terrena ou Maisadour, par exemple, qui sont des entités de premier niveau. InVivo est leader, mais grâce à ses 230 coopératives adhérentes. Sa stratégie vient d’être redéfinie dans son projet « 2025 by InVivo », pour chacun de ses métiers historiques : le commerce des grains, la nutrition animale, la distribution, avec les jardineries Gamm vert, et enfin l’agrofourniture, avec l’ambition de développer de nouvelles activités. InVivo et Coop de France ont effectivement une gouvernance commune. Le rapprochement répond à une logique : elles traitent de sujets communs. InVivo peut apporter son expertise à Coop de France, et vice versa. C’est ce rapprochement qui a permis la mise en place d’une communication grand public très efficace ; la création de l’Institut de la coopération agricole en matière de formation, et l’ouverture d’une réflexion dans le vin pour les stratégies à l’export. Auparavant, nous étions dénués de moyens, ou ils étaient trop dispersés. Aujourd’hui, nous pouvons agir sur plusieurs fronts en synergie et avec succès.

LSA – Avez-vous le sentiment que Coop de France a plus de poids auprès des pouvoirs publics ? Il semble que vous ayez réussi à obtenir une baisse de la fiscalité…

P. M. - Ce que j’ai voulu faire, avec Coop de France, c’est un vrai syndicat d’entreprises coopératives. C’est le Medef des coopératives agricoles. Avant, la tendance était de vouloir parler au nom des agriculteurs, d’être redondant avec le syndicalisme agricole sur des sujets qui concernent les agriculteurs. Je me suis battu pour que nous quittions ce terrain-là. Coop de France intervient désormais pour les sujets qui nous concernent en tant que syndicat d’entreprises coopératives. Le bénéfice que nous en tirons, avec la baisse de la fiscalité, ou les lois d’avenir agricole ou sur l’économie sociale et solidaire, découle de cette ligne claire pour tout le monde. Même si on se sent concernés quand le potentiel de production est menacé, puisque nous en sommes le prolongement. Et oui, nous avons obtenu la suppression anticipée de la C3S (une taxe sur le chiffre d’affaires) pour les coopératives, puisque nous ne sommes pas éligibles au CICE. J’ai connu une époque où nous étions les oubliés des pouvoirs publics. Nous devions rappeler les cabinets ministériels pour demander pourquoi nous n’étions pas conviés sur des sujets qui nous concernaient directement ! Cela n’arrive plus. Il n’y a plus de réunions où Coop de France, aux côtés de la FNSEA et l’Ania, ne soit pas conviée, dans les ministères ou auprès des parlementaires. Et nous pouvons agir, y compris en matière de fiscalité. Auparavant, des amendements pouvaient être adoptés, contre nous, de nuit, sans que nous ayons aucun moyen de réagir, et cela avait d’ailleurs été le cas de la C3S, il y a une dizaine d’années !

« L’AFFAIRE SPANGHERO A ABOUTI À LA DÉMISSION DU VICE-PRÉSIDENT EN CHARGE DE LA SOCIÉTÉ »

LSA – On sait que les coop reposent sur le modèle un homme/une voix, mais pensez-vous vraiment qu’elles appartiennent encore aux exploitants ? Ou plutôt aux équipes dirigeantes en place ?

P. M. - J’entends ce reproche fréquemment évoqué, y compris par le personnel politique, mais je constate précisément le contraire : le pouvoir des agriculteurs s’exprime toujours et à bon escient à chaque fois que la situation est difficile. Il y a deux exemples récents. L’affaire Spanghero a provoqué une assemblée générale chez Lur Berri, qui a abouti à la démission du vice-président, en charge de Spanghero. Autre exemple, Coralis dans le lait à Rennes, dont l’équipe dirigeante militait pour une alliance stratégique sans consulter sa base. Toute l’équipe dirigeante, conseil d’administration y compris, a été congédiée. Quand tout va bien, on pourrait croire que les exploitants sont peu mobilisés, mais quand les dirigeants n’ont pas fait bien leur travail ou n’ont pas bien expliqué la stratégie, il y a sanction. Non, les exploitants agricoles n’ont pas perdu le pouvoir au bénéfice des dirigeants.

LSA – Vis-à-vis des citoyens, on n’a pas vraiment le sentiment que le modèle soit connu, ni même qu’il pourrait leur procurer des avantages particuliers. Y en a-t-il ?

P. M. - Que le modèle coopératif ne soit pas connu, nous en sommes sûrs et nous avons des études d’opinion qui le prouvent. D’où la nécessité d’expliquer ce que nous sommes. Et nous sommes convaincus de l’intérêt du citoyen pour le modèle d’entreprise durable que nous représentons, qui n’a pas plongé dans la financiarisation, qui reste éloigné du modèle boursier. Et, du point de vue du consommateur de son attention à notre capacité à raccourcir la chaîne, à maîtriser l’origine des produits mieux que d’autres et que, s’il y a profit, il est d’abord tourné vers les producteurs agricoles, l’investissement et pas vers des actionnaires ou je ne sais quel paradis fiscal. Si nous sommes capables d’aller à la rencontre du citoyen et du consommateur sur ces thèmes, je suis confiant pour qu’il soit à l’écoute et qu’on puisse distinguer nos produits de ceux des autres sociétés, et faire savoir que D’Aucy, Candia, Paysan breton, par exemple, sont la propriété des paysans.

LSA - En termes de gouvernance, vous avez déclaré vous-même qu’il y a des progrès à faire…

P. M. - Les coopératives doivent travailler sur des mesures qui permettent une plus grande implication de leurs membres, des exploitants agricoles,  dans l’entreprise et dans ses filiales quand elle est insuffisante. Il y a de plus en plus de moyens pour y parvenir, via le numérique, sans obliger chacun à se déplacer en permanence. Force est de constater que nous n’avons pas réussi à attirer beaucoup de femmes à la gouvernance, alors qu’elles occupent presque un quart des nouvelles installations. Nous devons multiplier les efforts pour les attirer. Notamment les jeunes, diplômées, compétentes, déjà à la pointe pour la gestion de leurs exploitations. Nombreuses sont les agricultrices qui ont le profil d’administratrices ou de dirigeantes, à nous de les convaincre. Nous devons nous imposer la parité. Pour les compétences, la loi Hamon impose un plan de formation annuel des dirigeants élus. C’est une obligation que nous avons réclamée. Et c’est ce qui permettra de déverrouiller des situations de conseils d’administration trop figés.

« L’APPARTENANCE EST REDEVENUE IMPORTANTE ET VALORISANTE »

LSA – Les Français savent-ils que la moitié de leur alimentation provient de vos usines ?

P. M. - Nous avions perdu une image de modernité que nous sommes en train de retrouver. Sous l’effet de la crise, la coopération et le mutualisme ont été remis au goût du jour. L’intérêt est grandissant et les groupes coopératifs peuvent prendre la parole et vont le faire, y compris localement. Nous sommes en train de construire un réseau de dirigeants et porte-parole pour les 2 800 entreprises réalisant 84 milliards d’euros de chiffre d’affaires et employant 160 000 salariés, parce que peu de gens connaissent cette réalité, et aussi en révélant les produits qui sont fabriqués par ces mêmes entreprises. La fierté coopérative est en train de renaître, l’appartenance est redevenue importante et valorisante, à nous de pousser les feux.

LSA – Vous venez de créer Coop de France agroalimentaire au sein de Coop de France. Dans quel but ?

P. M. - Nous créons cette plate-forme pour que ces entreprises agroalimentaires à capitaux coopératifs aient justement un lieu de rencontre et d’expression, qui n’existait pas. Il peut arriver que nous ayons des nuances de positions, par exemple sur la mention d’origine des produits, avec l’Ania. Nous ne quittons pas l’Ania pour cela, bien au contraire. Mais nous devons pouvoir prendre la parole au nom des coopératives et de leurs filiales, comme le font l’Ilec pour les multinationales et la Feefpour les PME. Coop de France agroalimentaire réunira beaucoup plus les opérationnels que les élus, à savoir les directeurs généraux, le marketing, les juristes. Notre première réunion entre Coop de France agroalimentaire et l’équipe dirigeante de Carrefour récemment a d’ailleurs suscité l’enthousiasme de nos membres. Ce type d’échange n’existait pas auparavant.

LSA – Les coopératives détiennent une grande quantité de marques. La valeur immatérielle de ces marques est-elle estimée et gérée en conséquence ?

P. M. - Non. Nous avons quelques idées, puisque Yoplait a été valorisée dans le cadre de l’accord entre General Mills et Sodiaal. Les coopératives qui ouvrent le capital de leurs filiales le savent aussi, comme Vivescia Industrie, dont la marque Délifrance est valorisée. Nous avons encore du chemin à faire pour prendre connaissance de la valeur de l’ensemble de nos marques et leur attribuer ce qui est nécessaire pour maintenir et accroître cette valeur. Nous avons des centaines de marques, avec une forte notoriété, et leur valeur devra être connue. Les coopératives ont un énorme potentiel qu’elles doivent encore mieux maîtriser.

« NOUS POUVONS FAIRE VALOIR NOTRE DIFFÉRENCE VIS À VIS DES ENSEIGNES »

LSA – Les valeurs citoyennes que vous revendiquez sont-elles reconnues dans la relation commerciale avec la distribution ?

P. M. - J’ai entendu les enseignes, lors d’une rencontre avec Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, dire pour la première fois unanimement qu’elles auraient une approche segmentée entre les grandes marques des multinationales, les PME et le secteur du frais. On sent bien que les enseignes veulent faire une différence entre les entreprises à capitaux familiaux et les autres, la Feef l’a démontré. Et nous avons aussi notre place à prendre, avec notre différence. Si nous ne l’avons pas, c’est de notre faute, pas de celle des distributeurs. Nous avons établi un guide des conditions générales de vente, nous voulons qu’apparaisse notre spécificité coopérative. Elle est désormais recevable par la totalité des enseignes. Nous pouvons nourrir une démarche citoyenne avec elles vis-à-vis des consommateurs, notamment via la contractualisation, comme nous le faisons avec McDonald’s pour les pommes de terre ou le blé. Il y a des choses formidables à faire, il faut faire le saut.

LSA - Pourtant, on a le sentiment que les dirigeants de coopératives agricoles se focalisent plus sur leurs adhérents en amont que sur leurs clients…

P. M. - C’est un peu vrai pour les  coopératives, qui n’avaient pas la culture du marketing, de la vente et de l’attente client, même si toutes les coopératives ont des clients, transformateurs ou exportateurs. C’est faux en revanche pour ce qui concerne les filiales et les marques, comme Agrial avec Florette ou Terrena avec Tendre et plus. Car celles qui sont dans la transformation ont mis depuis longtemps le consommateur dans la stratégie. Le problème se pose pour les coopératives de collecte, d’élevage, qui sont moins au contact du distributeur.

LSA – Allez-vous vous intéresser de plus en plus à la distribution ? Vous détenez l’enseigne Gamm vert et ouvrez Frais d’Ici, Unicor ouvre les Halles d’Aveyron, Maisadour détient la Comtesse du Barry… C’est l’avenir ?

P. M. - Les initiatives foisonnent et il serait d’ailleurs bon de les fédérer et de viser un plan de croissance. La création de Frais d’Ici, de Panier d’Ici dans le centre, de Hop’la dans l’Est de la France, ou de la vente directe de viande par la Cavac sur internet, vise le modèle du circuit court. Ce sont des volumes microscopiques, mais ces initiatives donnent de la proximité avec le consommateur, et l’offre est constituée de produits locaux venant majoritairement des coopératives. Mais on ne nous attend pas ! Et nous sommes aussi fournisseurs d’enseignes qui sauront nous le rappeler. Restons modestes sur ces développements, même si j’y crois. Pour les jardineries Gamm vert – qui ont aussi une offre alimentaire et textile –, dont le réseau est étoffé de 1 000 magasins, c’est désormais l’international que nous visons.

« NOUS AVONS RACHETÉ DEUX ENTREPRISES DE CODAGE ET NOUS AVONS DÉJÀ DES IMPRIMANTES 3D »

LSA – Menez-vous une réflexion globale, sur le numérique ou le Big Data, qui pourraient révolutionner l’industrie ?

P. M. - Les investissements sont colossaux dans ces domaines. Le Big Data devient incontournable, nous le répétons à nos dirigeants. InVivo vient d’ailleurs de racheter deux entreprises de codage qui nous placent parmi les trois leaders du secteur. Dans les coopératives de matériel (Cuma), nous faisons déjà appel à des imprimantes 3D qui fabriquent les pièces de rechange des tracteurs, sans délai d’attente et pour un très faible coût. Coop de France pilote une Union, Adhérents.coop, qui est leader dans les portails extranet pour les coopératives. C’est une révolution qui nous attend et dans tous les domaines, y compris les marques alimentaires, les emballages… Nous devons y travailler, s’y préparer, anticiper l’avenir.

LSA – Les coopératives chassent-elles « en meute » à l’international ?

P. M. -La filière bovine a créé un GIE Export il y a quelques années, mais en dehors des acteurs économiques. Il n’a pas duré six mois! Rien ne peut se faire sans les acteurs économiques. En revanche, il faut qu’il y ait des lieux d’appui, un lien avec le Quai d’Orsay, rapprocher Sopexa et UbiFrance, fédérer les initiatives des conseils généraux et des chambres de commerce. Voilà qui pourra permettre aux coopératives de chasser en meute à l’international. Au sein de nos pôles, nous devons aussi améliorer le réseautage. Le fait que Tereos soit au Brésil est un avantage qui peut permettre d’y exporter ou d’y investir. De même qu’InVivo, qui ouvre un bureau à Singapour en veille pour nos métiers, mais qui peut aussi servir de lien pour d’autres coopératives. Delpeyrat s’allie avec Univitis pour chasser en Chine en mariant vins et foies gras. Et puis, n’oublions pas que les grandes enseignes françaises sont aussi à l’international. On peut se batailler ici durement sur lesnégociations commerciales, mais aussi chercher à mieux profiter de leur présence à l’échelle mondiale. Elles nous y invitent, d’ailleurs !

« LES RAPPROCHEMENTS DANS LA DISTRIBUTION DOIVENT NOUS INCITER À NOUS RESTRUCTURER »

LSA – Le monde des coopératives doit-il encore se restructurer ? Des marques ont été confiées au privé, Yoplait, Labeyrie… Est-ce un signe de fragilité ?

P. M. - Labeyrie, pour Lur Berri, était un très gros morceau, qui nécessitait la recherche d’un partenaire, d’où l’arrivée de PAI qui impose son management. Et l’alliance de Sodiaal avec General Mills a sa logique. Ce sont deux cas isolés. En tout état de cause, nous ne sommes pas assez présents à l’international et nous continuons, à Coop de France, à promouvoir les alliances entre coopératives pour qu’elles se renforcent et atteignent la taille pour conquérir l’international. Quand on voit le rapprochement des enseignes, Auchan avec Système U et Casino avec Intermarché, nous n’avons pas le choix ! À une concentration de la distribution, nous devons répondre par une réflexion sur nos propres organisations. Nous devons nous unir, aller plus loin.

LSA – Au niveau mondial, le modèle coopératif est-il en croissance ?

P. M. - Oui, et le nouveau sommet mondial de Québec devient d’ailleurs le Davos de l’économie coopérative. Le modèle coopératif ou mutualiste est celui qui peut le mieux aider les pays en développement pour structurer l’agriculture. Et dans les pays riches, où l’État va intervenir de moins en moins, il va aussi se développer. Ce sont les coopératives et les mutuelles qui vont prendre le relais des pouvoirs publics dans de nombreux domaines, parce que leur fonctionnement, leur modèle, impose une éthique, un sens que les citoyens, et surtout les jeunes, recherchent. ???

Propos recueillis Par Sylvain Aubril

Publié le 27 novembre 2014 par SYLVAIN AUBRIL sur LSA à http://www.lsa-conso.fr/philippe-mangin-le-modele-cooperatif-gagne-en-performance-et-se-rapproche-des-citoyens,193189

LA RÉDACTION VOUS CONSEILLE

SIAL 2014 Les produits français triomphent

Et raflent les 3 places du podium du grand prix SIAL Innovation avec de l’industriel, du bio et du fait-maison

SIAL 2014 Les produits français triomphent

Nous avions consacré un dossier aux 15 produits nommés au grand prix SIAL Innovation 2014 et la France se tenait déjà largement en tête par le nombre de produits sélectionnés.

Le grand prix confirme cette domination en plaçant 3 produits français (et un portugais) sur les 3 marches du podium, dont notre produit chouchou les « Kit de champignons prêts à pousser ». 2 sociétés étaient sur les rangs, une française et une portugaise, elles arrivent donc toutes deux ex-aequo sur la 3ème marche et remportent donc toutes les deux la médaille de bronze.

Sur la première marche on retrouve les Twists par Naw Food packings (France). Des plats cuisinés  dans une box avec sauce séparée dans le couvercle. La simple rotation du couvercle permet d’ouvrir l’opercule qui retient la sauce et de napper le produit. Le produit se conserve mieux et ses qualités gustatives sont préservées. Fourchette incluse. À réchauffer au four à micro-ondes (on doit dire que là ce type de produits ne nous emballent pas du tout à la rédaction où nous prônons plutôt le fait-maison et le naturel).

Et la médaille d’argent revient à une innovation dans le Bio avec, dans la catégorie produits pour enfants, des portions surgelées bio pour bébés (France) YOOJI. Haché de viande ou poisson en galets de 10 g pour bébés. Sans additifs ni conservateurs. Sans sel ajouté. Texture adaptée à l’âge du bébé. Cuisiné en France.

On retrouve donc très logiquement sur ce podium les grandes tendances du SIAL 2014, avec toujours des produits industriels transformés, mais aussi du Bio qui est de plus en plus présent et enfin le « fait-maison » qui fait une percée très remarquée sur cette nouvelle édition !

http://www.ideemiam.com/actus/news/sial-2014-les-produits-francais-triomphent.html

 

 

Agroalimentaire : comment le développement durable profite à Slaney Foods

INNOVATIONL'éleveur irlandais Pat Murray, l'un des fournisseurs de bétail de Slaney Foods, reçoit la visite de Cian Keogh, chargé de communication du programme de développement durable Origin Green.

L’éleveur irlandais Pat Murray, l’un des fournisseurs de bétail de Slaney Foods, reçoit la visite de Cian Keogh, chargé de communication du programme de développement durable Origin Green.(Crédits : Tiphaine Honoré)
Tiphaine Honoré  |  10/10/2014, 12:38  -  817  mots
Ce spécialiste de l’agneau et du bœuf irlandais a opté pour le développement durable avec Origin Green, un programme national pour améliorer les pratiques de la filière agroalimentaire. L’objectif est double: réduire ses coûts et améliorer ses exportations tout en réduisant son impact environnemental, encore élevé pour ce secteur…

« Quand on peut prouver les qualités environnementales et sociales de sa chaîne de production, on convainc plus facilement les acheteurs de nous choisir. Aujourd’hui, ces deux critères sont très importants pour nos clients étrangers ».

Rory Fanning, directeur général de Slaney Foods, implantée au sud de Dublin, est persuadé d’avoir fait le bon choix en misant sur le créneau du développement durable. « C’est un avantage marketing important mais aussi une source d’économies non négligeable ».

Une initiative encouragée par l’État

Slaney Foods a adhéré, dès son lancement il y a deux ans, au programme national Origin Green, chapeauté par le bureau de l’agroalimentaire irlandais (Bord Bia). Celui-ci évalue et encourage les entreprises du secteur dans leurs efforts pour une « durabilité » de leurs pratiques. Loin du cahier des charges exigeant de l’agriculture biologique ou du commerce équitable, il incite simplement à rationaliser sa consommation d’eau, d’électricité et de matières premières, tout en s’engageant à améliorer les conditions de travail de ses employés.

La charte à respecter reste souple pour que les entreprises participent selon leurs moyens: chaque dirigeant fait le choix de se fixer ses propres objectifs parmi les grandes thématiques imposées par Origin Green. D’abord la durabilité de l’approvisionnement auprès de ses fournisseurs – les agriculteurs dans le cas de Slaney Foods -, puis les procédés de fabrication, et pour finir la responsabilité sociale de l’entreprise.

Lire sur ce sujet : Quand l’agroalimentaire irlandais veut devenir champion du développement durable

Réduire de 10% la consommation d’électricité d’ici 2017

Slaney Foods s’est ainsi fixé des buts à atteindre d’ici 2017, comme le prévoit la charte. D’abord réduire de 10% la consommation d’électricité en améliorant la réfrigération de la viande et en acquérant des outils de mesure plus précis de la température. Une source d’économie importante pour cette entreprise qui dépense 1 million d’euros par an pour ce budget…

Ensuite, l’utilisation d’eau dans la production devra encore être réduite de 10%, après une première coupe déjà importante de 11% entre 2011 et 2012, permise par l’investissement dans un nouvel abattoir. Mais c’est dans le recyclage, la collecte et la quantité d’emballage que la baisse sera la plus drastique avec 90% de déchets en moins prévus.

« Les bénéfices espérés sont difficiles à chiffrer », explique Rory Fanning. Mais, malgré les investissements importants que cet engagement nécessite, les économies dégagées devraient les compenser sur le long terme. En commençant par « améliorer son image de marque« .

Un impact environnemental à améliorer

Parmi les objectifs que l’entreprise s’est fixé, l’approvisionnement en matières premières respectueuses de l’environnement est celui où la marge de progression est importante… Car le « point noir » de la filière viande irlandaise reste les émissions de gaz à effet de serre. Selon un rapport de Teagasc, l’autorité de développement et de conseil de la filière agroalimentaire, l’Irlande est l’un des pays européens où l’agriculture rejette le plus de gaz néfastes à l’environnement : 29,1% des émissions nationales contre 9% en moyenne pour l’Union européenne.

Par ailleurs, toujours selon ce rapport, l’élevage irlandais de bœuf à viande reste près de deux fois plus émetteur de CO2 et de méthane que les fermes produisant du lait. Dans sa liste de fournisseurs, Slaney Foods a pour sa part décidé de privilégier des agriculteurs présents dans un rayon de 100 kilomètres et qui ont eux aussi adhéré au programme Origin Green.

« Pour réduire leur impact en CO2, nos éleveurs partenaires sont incités à garder moins longtemps leurs animaux en élevage en passant de 27 à 22 mois avant l’abattage », note Dympna Skelton, responsable environnement chez Slaney Foods.

La biodiversité répertoriée

L’un d’eux, Pat Murray, installé dans le sud de l’Irlande, a déjà progressé en ce sens. Son troupeau de presque 200 bœufs a remporté le prix de l’élevage irlandais le plus « durable » début septembre. En plus de réduire le temps passé par ses animaux sur ses terres, Pat Murray a divisé par deux l’épandage d’azote (constituant le nitrate) sur ses prairies. Un point sur lequel l’agroalimentaire irlandais a également du chemin à faire.

« L’Irlande possède une dérogation européenne pour l’épandage de l’azote à 250 unités par hectare, contre 170 pour la France et le reste de l’Union », rappelle Fabien Trihan, conseiller en gestion spécialiste du milieu agricole au CER France.

A travers Origin Green, Slaney Foods compte bien voir ses fournisseurs améliorer leurs pratiques environnementales pour pouvoir s’affirmer « durable » sur toute la ligne. Le programme national en est aujourd’hui à la collecte d’informations sur les fermes, telles que la part de haies et de points d’eau dans chaque exploitation. Une première étape pour préserver la biodiversité locale et mieux rayonner à l’international

source: La Tribune à http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/agroalimentaire-biens-de-consommation-luxe/20141009trib748cdf53a/slaney-foods-l-eti-qui-mise-sur-la-gestion-verte-pour-booster-sa-competitivite.html

 

Les applications de la réalité virtuelle dans l’agroalimentaire

Les applications de la réalité virtuelle commencent à se développer dans l’agroalimentaire, d’abord à des fins commerciales et marketing mais aussi pour améliorer l’ergonomie et la productivité dans les supply chain
La réalité virtuelle peut permettre d'améliorer l'ergonomie posturale et la productivité d'une chaîne de production dans l'industrie agroalimentaire.La réalité virtuelle peut permettre d’améliorer l’ergonomie posturale et la productivité d’une chaîne de production dans l’industrie agroalimentaire.
La technologie est utilisée depuis plus d’une décennie dans les secteurs de l’aéronautique et des transports. Dans l’agroalimentaire, le recours à la réalité virtuelle est plus récent. Mais il se démocratise, à mesure que les entreprises prennent conscience de ses multiples applications.L’utilisation de la réalité augmentée* est en fait plus courante dans l’agroalimentaire. Principalement à des fins marketing et commerciales. La marque Chocapic a été l’une des pionnières en la matière. En 2009, elle a mis au point, en partenariat avec Dassault Systèmes et EuropaCorp, un emballage de céréales interactif qui devenait, grâce à la réalité augmentée, le support d’un jeu vidéo, inspiré de l’univers d’ Arthur et les Minimoys.
Réalité augmentée Chocapic Arthur et les Minimoys par Mu2gor

Cadbury et Ball se lancent dans la réalité augmentée

Depuis, d’autres marques ont fait de même. En 2011, Cadbury a mis au point, avec la start-up Blippar, une application, permettant de lancer un mini-jeu en pointant la caméra de son smartphone sur les barres chocolatées. Elle permettait en plus de partager son score via les réseaux sociaux.

L’entreprise Ball, qui fabrique des canettes pour les producteurs de boissons, a pour sa part été récompensée, en 2012, par la revue allemande Handelsjournal et la fédération allemande de la distribution, pour ses canettes tirant parti de la réalité augmentée. L’application permettait de faire apparaître une créature animée en 3D sur l’écran de son téléphone, avec laquelle le consommateur pouvait se photographier avant de partager l’image sur Facebook.

Réalité augmentée : le secteur du vin fait le test

L’an passé, Häagen Dazs a également fait le pari de la réalité augmentée en lançant une application pour faire patienter les consommateurs pendant que leur glace commençait à fondre pour devenir crémeuse. Durant deux minutes, une violoncelliste jouait un concerto, sur le pot de glace.

Même le secteur du vin s’y met. Le Château-Puech-Haut, un vin du Languedoc, propose une visite interactive du domaine avec la propriétaire, depuis son téléphone ou sa tablette en les pointant sur l’étiquette de la bouteille.

En Asie, des magasins virtuels voient le jour

Dans la distribution, la technologie a également fait ses preuves. En 2011, l’enseigne britannique Tesco avait lancé l’opération « Tesco Homeplus Subway Virtual » en Corée du Sud. Les linéaires de produits étaient affichés sur les quais du métro de la capitale et grâce aux QR codes intégrés, les usagers pouvaient faire leurs emplettes et se faire livrer à domicile. Même chose en Chine en 2012, où des magasins virtuels ont fait leur apparition. Des commerces de quelque 1 000 m2 ont ainsi été construits. Dans les rayons, les produits étaient visibles grâce à la caméra d’un smartphone.

La réalité virtuelle : une technologie plus mature que la réalité augmentée

Dans le secteur agroalimentaire, ces technologies ont également des applications en milieu professionnel. « Pour ces applications, nous utilisons la réalité virtuelle* plutôt que la réalité augmentée, car cette dernière n’est pas complètement mature. Nous avons encore beaucoup de projets en recherche et développement pour la réalité augmentée », explique Jean-Louis Dautin, directeur de l’Institut de réalité virtuelle Clarté de Laval.

Ce centre conçoit des applications de réalité virtuelle basées sur des simulateurs. Leur but est de répondre aux problématiques de sécurité au travail et d’ergonomie posturale, afin réduire les troubles musculo-squelettiques dans l’industrie, où les tâches répétitives sont nombreuses sur les chaînes de production.

Un poste de travail virtuel pour améliorer l’ergonomie

Le principe de l’application développée par Clarté : un opérateur de l’entreprise reproduit les gestes qu’il effectue chaque jour, sur un poste de travail virtuel. Ses mouvements sont enregistrés grâce à la « motion capture » – reconstitution virtuelle de l’ensemble du squelette grâce à un système de capteurs. Un algorithme permet de les analyser et de calculer les pressions induites par ces gestes sur les articulations. Le salarié va ensuite chercher à optimiser ses gestes et réduire la pénibilité de ses tâches, en adaptant son poste de travail. Il peut par exemple positionner un bac plus en hauteur, rapprocher une poubelle, réduire la vitesse de défilement de la chaîne, etc.

Actuellement, le secteur agroalimentaire ne constitue que 15 % à 20 % de l’activité de Clarté. Mais des entreprises telles que Lactalis, Pasquier, Bell ou encore Charal se sont déjà tournées vers la réalité virtuelle, qui tend à se démocratiser.

Réalité virtuelle : un coût abordable pour l’industrie agroalimentaire

Les coûts de cette technologie ont par ailleurs beaucoup diminué. « Il y a quelques années, nous développions une application spécifique pour chaque société. Désormais nous avons une offre plus générique et nous proposons une prestation de service », explique Jean-Louis Dautin.

Une demi-journée peut suffire à analyser une ligne de production et l’optimiser. La prestation coûte 2 500 euros environ. « Le principal frein pour les entreprises n’est plus le prix. Mais elles ont parfois du mal à comprendre la valeur ajoutée de cette technologie et ne sont pas toujours enclines à remettre en cause leur process de production. »

Améliorer productivité et climat social grâce à la réalité virtuelle

Pourtant les avantages sont multiples. D’une part, inclure les salariés dans l’optimisation des processus de production contribue à établir un climat social favorable dans l’entreprise. D’autre part, améliorer l’ergonomie et le confort de travail des opérateurs peut permettre d’accroître la productivité de l’entreprise, d’autant plus que cette application de réalité virtuelle permet également d’optimiser la gestion des flux de production dans l’usine.

La réalité virtuelle peut également s’avérer utile pour former le personnel. Les nouveaux salariés peuvent ainsi se familiariser avec les gestes spécifiques requis pour un poste de travail, via des applications virtuelles. Cette pratique, encore très marginale dans l’agroalimentaire, devrait se développer dans les années à venir. Si la réalité virtuelle est encore peu employée à des fins de formation, c’est car les équipements nécessaires sont encombrants et coûteux, explique Jean-Louis Dantin. Les entreprises qui travaillent avec Clarté ont deux possibilités : se rendre dans les locaux du centre de recherche pour utiliser le cube de réalité virtuelle, ce qui implique d’être implanté à proximité. L’alternative pour une entreprise est de posséder son propre matériel de réalité virtuelle. Une solution qui nécessite un investissement important et rarement rentable pour un industriel.

Réalité virtuelle : un outil de formation en devenir dans l’agroalimentaire

Mais il est également possible d’envisager une formation grâce à des lunettes de réalité virtuelle, équipement beaucoup moins encombrant et plus accessible en termes de coût.Generix Group a par exemple récemment lancé des lunettes de réalité augmentée, dont le but premier est de faciliter la prise de commande au sein de la supply chain, mais qui peuvent également avoir une fonction de formation. « Les applications des lunettes en milieu professionnel restent cependant limitées, estime Jean-Louis Dautin, car ces dernières peuvent être gênantes pour travailler. » Mais la technologie pourrait néanmoins se développer dans les années à venir car les applications de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée n’en sont qu’à leurs balbutiements dans le secteur agroalimentaire.

Publié par Celine Agromedia | 16 juin 2014, à http://www.agro-media.fr/analyse/realite-virtuelle-les-applications-lagroalimentaire-15106.html

La réalité augmentée est la superposition d’un modèle virtuel 3D ou 2D à la perception que nous avons naturellement de la réalité, en temps réel.  La réalité virtuelle permet la simulation interactive et en temps réel de la réalité.

La Chine ferme une usine de viande fournissant McDonald’s et KFC

Un site de production à Shanghai du fournisseur américain OSI Group, le 20 juillet 2014
Un site de production à Shanghai du fournisseur américain OSI Group, le 20 juillet 2014 (Photo STR. AFP)

La ville de Shanghai a fermé une usine du fournisseur américain OSI Group après qu’il a vendu de la viande périmée à de grandes entreprises de restauration dont McDonald’s et KFC, ont annoncé les autorités lundi, dans ce qui semble être le dernier scandale alimentaire chinois.

Selon la télévision shanghaïenne, qui a rapporté les premières allégations, les employés de l’usine d’OSI en Chine mélangeaient de la viande périmée à de la viande fraîche et ont délibérément faussé l’enquête des contrôleurs de qualité envoyés par McDonald’s.

Parmi les autres clients de l’usine figuraient les chaînes Burger King, Papa John’s Pizza, Starbucks coffee et Subway, a rapporté le Shanghai Daily lundi.

Les responsables locaux ont fermé l’usine dimanche et auraient saisi des produits qui utilisaient de la viande périmée, d’après un communiqué de l’administration en charge de la sécurité alimentaire.

Selon cet organisme, la police enquête et menace de «représailles sévères» pour des cas similaires à l’avenir.

McDonald’s a déclaré dans un communiqué avoir «immédiatement» arrêté d’utiliser la production de cette usine et le groupe de restauration Yum a indiqué que ses restaurants KFC et Pizza Hut avaient également cessé de servir de cette viande.

KFC avait déjà rencontré des problèmes en 2012 quand des niveaux indus d’antibiotiques avaient été découverts dans ses poulets.

La Chine a été ébranlée par une série de problèmes de sécurité alimentaire dus à l’application laxiste de la réglementation en la matière, et aux stratégies de certains producteurs pour la contourner.

L’un des plus gros scandales remonte à 2008, lorsqu’il a été avéré que de la mélamine, une substance toxique, avait été ajoutée à des laits pour bébés, tuant au moins six d’entre eux et rendant 300.000 personnes malades.

Le géant de la grande distribution américaine Walmart a indiqué au début de l’année qu’il renforcerait les inspections de ses fournisseurs chinois, après qu’il a été forcé de rappeler de la viande d’âne qui s’était avérée contenir du renard.

L’année dernière, la Chine a arrêté des centaines de personnes pour des délits liés à la sécurité alimentaire, notamment la vente de viande de rat et de renard étiquetée comme du boeuf et du mouton, après une campagne de répression de trois mois, a indiqué la police.

AFP

Publié par Libération.fr à http://www.liberation.fr/economie/2014/07/21/la-chine-ferme-une-usine-de-viande-fournissant-mcdonald-s-et-kfc_1067641

La mention « Fait maison » fait son apparition dans la restauration

  • La mention « Fait maison » apparition restauration

    La mention « Fait maison » fait son apparition dans la restauration

Les conditions dans lesquelles la mention « Fait maison » peut être apposée sur les cartes des restaurants ont été précisées.

Destinée à « mieux informer les consommateurs sur les plats qui leur sont servis et à valoriser le métier de cuisinier », la fameuse mention « Fait maison » peut désormais figurer sur les menus proposés par les restaurants et les entreprises de plats préparés à emporter. En effet, le décret qui devait préciser les conditions d’utilisation de cette mention a été récemment publié.

Des produits bruts, mais pas forcément frais

Ainsi, le texte, très attendu par la profession, précise ce qu’il faut entendre par plat « fait maison ». Il s’agit des plats cuisinés sur place à partir de produits bruts, c’est-à-dire n’ayant subi aucune modification importante, y compris par chauffage, marinage ou assemblage. Le but étant de distinguer ces plats des plats industriels, simplement réchauffés ou assemblés sur place. Une sauce toute prête, par exemple, ne répond pas aux critères du « fait maison ».

Un certain nombre de produits, énumérés par le décret, peuvent toutefois entrer dans la composition d’un plat « fait maison » bien qu’ils aient été transformés ailleurs. Il s’agit :

- des salaisons, saurisseries et charcuteries, à l’exception des terrines et des pâtés ;

- des fromages, des matières grasses alimentaires, de la crème fraîche et du lait ;

- du pain, des farines et des biscuits secs ;

- des légumes et fruits secs et confits ;

- des pâtes et des céréales ;

- de la choucroute crue et des abats blanchis ;

- de la levure, du sucre et de la gélatine ;

- des condiments, épices, aromates, concentrés, du chocolat, du café, des tisanes, thés et infusions ;

- des sirops, vins, alcools et liqueurs ;

- de la pâte feuilletée crue ;

- et, sous réserve d’en informer par écrit le consommateur, des fonds blancs, bruns et fumets.

De même, les légumes déjà épluchés et découpés, à l’exception des pommes de terre (qui doivent être entièrement préparées, notamment en frites ou en purée, par le restaurateur), la viande hachée ou désossée, la viande ou le poisson découpé et les produits fumés, salés, surgelés ou conditionnés sous vide peuvent également être utilisés dans les plats « faits maison ».

Des plats élaborés sur place

Un plat « fait maison » doit normalement être élaboré dans les locaux de l’établissement dans lequel il est proposé à la vente ou à la consommation. Il ne peut être conçu dans un lieu différent que dans le cadre d’une activité de traiteur organisateur de réception ou dans le cadre d’une activité de commerce ambulant (foires, marchés, manifestations de plein air).

La mention « fait maison » indiquée de façon visible

Les restaurateurs doivent indiquer de manière visible par tous les consommateurs la mention : « Les plats faits maison sont élaborés sur place à partir de produits bruts ». Lorsque l’ensemble des plats proposés est fait maison, cette mention ou le logo peuvent figurer à un endroit unique visible par tous les consommateurs. Ils peuvent figurer, le cas échéant, pour chacun des plats sur les supports utilisés pour les présenter.

En pratique : le logo certifiant le « Fait maison », qui représente une casserole sur laquelle est posé le toit d’une maison, est disponible sur le site Internet du ministère de l’Economie www.economie.gouv.fr. Il est imprimable ou reproductible à la main.

Décret n° 2014-797 du 11 juillet 2014, JO du 13

Arrêté du 11 juillet 2014, JO du 13

En savoir plus sur http://business.lesechos.fr/entrepreneurs/juridique/4506127-la-mention-fait-maison-fait-son-apparition-dans-la-restauration-101790.php?xtor=EPR-22-[entrepreneurs]-20140722-[s=542199_n=10_c=_]-1813589@2&quOkqDwg2H3S25Lf.99

Nourriture 2.0

 

La nourriture semble être le nouvel Eldorado des technologies d’avant-garde. Il y a plusieurs bonnes raisons à cela : le réchauffement climatique, la surpopulation… Nous sommes aujourd’hui sept milliards d’individus, et nous atteindrons les neuf milliards en 2050. Vu la pénurie annoncée de ressources, une innovation en matière alimentaire va devenir indispensable. A tout cela s’ajoute le fait que le numérique envahit toutes choses, il tend à transformer les aspects les plus basiques, les plus matériels du monde qui nous entoure. Après avoir conquis les objets, avec l’impression 3D, il n’est guère surprenant de le voir s’attaquer au vivant, avec la biologie synthétique. De fait, la fabrication d’une viande artificielle a fait le « buzz » il y a quelques mois, et récemment nous reportions les travaux de James King et ses projets de « design » de la nourriture synthétique.

Mais finalement les innovations qui apparaissent aujourd’hui doivent assez peu à la « synbio » qui reste une technologie encore un peu futuriste. La plupart des nouvelles recherches nutritives se contentent plutôt d’optimiser et réorganiser les ressources déjà disponibles dans notre monde naturel.

L’avenir de la nourriture peut se décliner sous trois catégories (combinables, évidemment). Au premier chef, on s’en doute, les nouvelles formes d’aliments. Au second niveau figurent les ressources, a priori écartées de nos assiettes occidentales, mais qui pourront se révéler précieuses dans le monde de demain. On y trouve notamment les insectes, ou les algues. Enfin, il existe aussi des manières inédites de produire nos mets, comme l’impression 3D qui, dans ce domaine, pourrait apporter de nouvelles saveurs.

 

Nourriture, sauce techno

Un certain nombre de startups se lancent sur le marché de la « nouvelle nourriture ».Pour la Technology Review, ce pourrait bien être le marché de demain. La prestigieuse revue du MIT parle carrément de « nourriture 2.0″ et se concentre surtout sur Hampton Creek, qui cherche à réaliser des produits de remplacement pour les œufs. Son but est de trouver la bonne combinaison de protéines végétales qui permettrait de reproduire certaines des propriétés de l’œuf de poule sans nécessiter d’élevage animal. A la clé, moins de pollution, moins de ressources exigées et, bien sûr, moins de souffrance animale.

Son produit phare, une mayonnaise de substitution, Just Mayo, commence à être adoptée par de gros distributeurs, aux Etats-Unis mais également en Asie, à Hong Kong. Comme le relate l’article de la Technology Review :

« Le PDG de Hampton Creek, Josh Tetrick, veut faire à l’industrie des œufs, qui rapporte 60 milliards de dollars, ce qu’Apple a fait au secteur du CD. « Si nous partons de zéro, pourquoi chercher à obtenir des œufs à partir d’oiseaux entassés dans des cages si petites qu’ils ne peuvent pas battre des ailes, faisant leurs besoins les uns sur les autres, ingurgitant du soja et du maïs bourré d’antibiotiques, tout ça pour les amener à produire 283 œufs par an ? » (…). Alors qu’une ferme avicole utilise de grandes quantités d’eau et brûle 39 calories d’énergie pour chaque calorie de nourriture produite, Tetrick affirme pouvoir fabriquer des versions à base de plantes avec une fraction de l’eau et seulement deux calories d’énergie par calorie de nourriture – sans cholestérol, graisses saturées, allergènes, grippe aviaire, et sans cruauté envers les animaux. Le tout, pour la moitié du prix d’un œuf. »

Encore plus synthétique que les oeufs de Hampton creek, Soylent, créé par Rob Rhinehart, est une boisson composée de l’ensemble des nutriments nécessaires à la survie. A part un peu d’huile d’olive et du sel, rien dans Soylent ne s’apparente à de la « nourriture » au sens où on l’entend habituellement (la liste complète des ingrédients peut se trouver sur la page Wikipadia consacrée à ce produit).

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Image : Soylent. Bon appétit !

Rhinehart a partagé ses découvertes dans un post de blog, « Comment j’ai cessé de manger de la nourriture ». Il affirme que sa santé s’est améliorée sur de nombreux points grâce à un régime constitué exclusivement de Soylent. Aujourd’hui il s’est remis à « manger de la nourriture » mais, nous explique Techcrunch, 92 % de son alimentation reste constituée de Soylent. Pour commercialiser sa découverte, nous raconte le New Yorker, Rhinehart à commencé par une campagne de crowdfunding, qui s’est révélée un succès foudroyant (en deux heures les 100 000 dollars demandés étaient réunis). Par la suite, ils ont reçu l’aide de capital-risqueurs, comme Y Combinator et la société Andreessen Horowitz, qui a investi jusqu’à un million de dollars.

L’insecte est-il l’avenir de l’homme ?

Manger des insectes ? Ce n’est pas un scoop. Ces bestioles constituent aujourd’hui un aliment auquel recourent environ deux milliards de personnes, mais jusqu’ici, personne, surtout en occident, n’avait accepté d’y voir une solution à la malnutrition. Pourtant, les insectes ont plus d’un avantage, ils constituent une bonne source de protéines et demandent peu de ressources. Les sauterelles, par exemple, exigent douze fois moins de nourriture que les bœufs pour produire la même quantité de protéines.

En 2013, un rapport aux Nations Unies annonçait la couleur (.pdf). Face à la menace de surpopulation, les insectes, préconisait-on, pourraient nous fournir une bonne source alimentaire.

Outres les insectes séchés et les farines d’insectes, en France, Micronutris utilise la poudre d’insectes pour faire des biscuits et des chocolats. Khepri, fait de l’élevage pour les pays en développement et Ynsect des farines pour nourrir les animaux, rapportait récemment La Tribune. Aux Etats-Unis, Exo Protein cherche à produire des « barres » constituées de cette manne nutritive (voir leur projet sur Kickstater).

Naturellement, cette forme de consommation originale devait attirer des adeptes des mouvements open et « libre »… Dans Wired, Klint Finley nous raconte l’histoire de Tiny Farms, un groupe qui se consacre à la création de « fermes d’insectes » et qui a lancé le projet « openbugfarm » un kit qui existe aujourd’hui en version beta pour environ 199 $, permettant de créer sa ferme pour produire des insectes pour la consommation.

Mais, explique Finley, le kit ne se contente pas de produire des vers en quantité. Il est aussi connecté. Chaque utilisateur peut recueillir les données de son élevage et les envoyer à Tiny Farms. Cela permet de découvrir et sélectionner les meilleures façons de faire. Car, continue Finley, le gros enjeu de cette nouvelle industrie agroalimentaire est non seulement de produire des insectes comestibles, mais en produire assez pour nourrir beaucoup de monde. Pour Finley, cette récente tendance qui consiste à conjoindre datas, open source et agriculture est déjà un mouvement : les ruches open source cherchent à maximiser la production de miel. Dans le domaine des « drones agricoles », un projet comme Farmbot peut être considéré comme un autre exemple de ce mouvement : il s’agit d’un robot open source, susceptible d’être construit avec une imprimante 3D. Lorsqu’il sera achevé, il sera en mesure, pour moins de 1000 $, de fournir une « agriculture de précision » : une nouvelle tendance qui consiste à donner aux plantes la quantité exacte de nutriments et d’eau dont elles ont besoin. Son créateur, Rory Aranson, serait actuellement en train d’élaborer pour son robot une interface « gamifiée ». Le but, pour employer encore une expression de Klint Finley, « faire pousser de la nourriture aussi facilement qu’on joue à Farmville ».

L’esprit de la Silicon Valley

Ce qui est important de comprendre chez ces nouveaux « cuisiniers » et « agriculteurs », c’est que leur formation et leur angle de réflexion ne doit rien à l’industrie agroalimentaire traditionnelle, mais tout à l’esprit startup de la Silicon Valley. Rhinehart, par exemple, travaille avant tout dans le logiciel et a une formation d’ingénieur. Megan Miller, qui dirige Chirp Farms, une entreprise fabriquant de la farine de sauterelles, est elle aussi une spécialiste du développement digital. A noter qu’à côté de Chirp Farms, elle s’occupe aussi d’une maison d’édition. C’est dire si ces nouveaux entrepreneurs sont différents des anciens acteurs du domaine…

Pour le New York Times, le parallèle entre ces entreprises et le monde du logiciel est frappant :

Certaines de ces sociétés ont des programmeurs écrivant du code pour tester les plats et déterminer les catégories d’ingrédients qui peuvent aller ensemble. D’autres approchent le management de la même manière que des startups effectuent leurs actions, utilisant un processus nommé la Méthode Agile, dans laquelle les gestionnaires de projets travaillent avec de très petits groupes contenant des programmeurs et recourent à des pratiques de développement logiciel comme Scrum, qui ont pour but de transformer et réaliser très vite des produits.

Fondamentalement ils gèrent le développement de produits alimentaires de la même façon que les startups technologiques organisent le code.

Imprimer sa nourriture

Au delà de des nouvelles formes de nourriture, on trouve aussi de nouvelles façons de l’élaborer. Il y a à peu près un an, un article de Quartz faisait le buzz (touchant même la presse généraliste francophone, par exemple avec cet article), en présentant une invention de l’ingénieur Anjan Contractor, qui envisageait d’utiliser l’impression 3D pour créer des pizzas et de nouvelles formes d’aliments, encore à base d’insectes. Cette imprimante, financée en partie par la NASA, devait pouvoir être utilisée par les astronautes. Mais en fait, un tel appareil pourrait servir surtout à lutter contre la faim et la malnutrition sur notre vieille planète.

Aujourd’hui, l’imprimante 3D « culinaire » a donné naissance à d’autres projets.

En restant dans les insectes, le projet « Insects au gratin » (non il n’y a pas de faute, c’est juste une malheureuse tentative de nos cousins britanniques pour utiliser du « français dans le texte »), sous la houlette de la designer Suzana Soares, repose lui aussi sur la fabrication d’une farine d’insectes destinée à l’impression 3D de plats. Plus traditionnel et appétissant, Natural Machines, startup de Barcelone, propose un appareil, Foodini, permettant de créer sa propre nourriture « saine ». On peut y insérer ses propres ingrédients et la machine se charge du reste.

Tout récemment l’Union Européenne s’est à son tour intéressée à l’impression 3D pour nourrir les personnes âgées. Selon le projet « PERFORMANCE » (pourPERsonalized FOod using Rapid MAnufacturing for the Nutrition of elderly ConsumErs, c’est-à-dire « nourriture personnalisée utilisant la fabrication rapide pour l’alimentation des consommateurs âgés »), un conseiller santé se rendrait au domicile des plus de 65 ans en ayant le besoin, puis effectuerait une étude sur leurs besoins alimentaires. Chaque profil ainsi créé est envoyé à une usine culinaire qui imprimera un plat personnalisé qui sera livré à la personne.

 

Reste la dernière ligne de recherche : la création de systèmes susceptibles de nourrir l’homme dans l’espace. La NASA travaille en ce moment sur le projet Veggie, un système écologique clos permettant de faire pousser des salades au sein de la station spatiale internationale. De son côté, Wieger Wamelink, spécialiste de l’écologie, a testé la capacité du sol martien à faire pousser des plantes (il faudra bien sûr fournir l’air et l’eau). Pour ce faire, il a créé avec l’aide de la NASA un faux sol martien élaboré essentiellement à partir du terrain volcanique d’Hawaï et y a planté 14 espèces de végétaux. A son grand plaisir, il a pu constater que ceux-ci arrivaient à se développer. Bonne surprise, le sol martien contiendrait plus de nutriments que prévu : non seulement du phosphore ou de l’oxyde de fer, mais également de l’azote, fondamental pour la croissance des plantes.

De telles recherches sur l’espace suscitent souvent, injustement à mon avis, gausseries et marques de mépris, la chose étant vue comme une rêverie vaguement adolescente, ou pire, un investissement dans une entreprise inutile. Mais qu’on atteigne demain Mars ou qu’on construise une base sur la Lune n’est finalement pas le sujet. On le voit avec l’imprimante à « pizza » d’Anjan Contractor : conçue pour des cosmonautes elle pourrait servir à nourrir la planète. La survie dans l’espace nous enseigne les moyens de créer les outils nécessaires à la survie dans un environnement hautement hostile. Du coup, cela nous oblige à nous rappeler que notre bonne vieille Terre est elle-même, pour employer une expression de Buckminster Fuller, un vaisseau spatial. Savoir générer une station sur Mars implique des connaissances qui pourront être demain appliquées à une Terre réchauffée, surpeuplée et appauvrie.

Rémi Sussan sur le Blog Internetactu du Monde.fr à http://internetactu.blog.lemonde.fr/2014/05/30/nourriture-2-0/

 

Charal se lance sur les plats cuisinés surgelés

Charal investit le segment des plats cuisinés surgelés
Charal investit le segment des plats cuisinés surgelés

Le horsegate, même pas peur ! Le leader de la viande en France, qui est passé entre les gouttes du scandale de la viande de cheval, se lance à l’assaut d’un nouveau marché : les plats cuisinés.

Le segment ne s’est toujours pas remis de la tourmente et enregistre encore des ventes valeur en recul de 5% et de 4,6% en volume (P5, CAD 2014 IRI). « Cette catégorie est la 4ème en volume du marché, c’est donc un segment incontournable. Aujourd’hui, le frein à l’achat repose sur la crainte de l’origine de la viande. Sur notre gamme, nous allons donc communiquer sur la sélection des morceaux, l’origine Viande Bovine Française et la fabrication en Normandie, à Lisieux », explique Cyril Bourrut-Lacouture, responsable de marque surgelée Charal.

Ainsi, la gamme sera composée de recettes emblématiques: un hachis Parmentier, une Moussaka, gratin boulettes au bœuf à la bolognaise et gratin boulettes au bœuf façon couscous. « Nous voulons développer des plats dont l’ingrédient principal est la viande », ajoute-t-il. D’ailleurs, la marque ne lésine pas sur les taux de bœuf. Le hachis sera composé de 28% de viande (contre environ 20% pour le marché), les gratins de 24% et la moussaka de 23%.

Publié le 17 juillet 2014 par LSA à http://www.lsa-conso.fr/charal-se-lance-sur-les-plats-cuisines-surgeles,180811?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+Lsa-rss+(LSA+-+Grande+consommation+et+distribution)

ecrit par CAMILLE HAREL

 

Fait maison, décret bidon

L'idée du « fait maison » est désormais inscrite dans la loi n° 2014-344 du 17 mars 2014 relative à la consommation.

En voilà une idée qu’elle était bonne : distinguer les restaurants qui cuisinent chez eux des produits frais de ceux qui assemblent des plats en kit fournis par l’industrie agroalimentaire. Tout le monde était d’accord. Les organisations professionnelles, soudain stupéfaites d’apprendre que 75 % de leurs membres s’approvisionnaient chez Metro ; le premier cercle des chefs étoilés, inquiets de la dégradation de l’image de la gastronomie française et de la disparition du savoir-faire ; les consommateurs, enfin, de plus en plus soucieux de l’origine de leur assiette et n’allant plus au restaurant pour payer bonbon des plats préparés, disponibles en grandes surfaces. Les instances politiques, attentives à la demande populaire et soucieuses de la réputation du pays, ont réagi.

Tout a commencé par l’amendement Siré en octobre 2011 sous la précédente mandature. Dans un souci d’information du consommateur, ce député UMP des Pyrénées-Orientales proposait de préciser sur la carte si « les plats ont été confectionnés ou non dans l’établissement et sont à base de produits frais ». Le texte est passé d’une chambre à l’autre et a fini, vidé de sa substance, dans un tiroir parlementaire à l’heure de la présidentielle.

Au sujet de l’amendement Siré : L’astérisque et l’étiquette

Il a fallu l’arrivée de Benoît Hamon au ministère de l’artisanat, du commerce et du tourisme pour réactiver la machine législative autour d’une idée, le « fait maison », désormais inscrite dans la loi n° 2014-344 du 17 mars 2014 relative à la consommation.

« Un plat « fait maison » est élaboré sur place à partir de produits bruts. Des produits, déterminés par voie réglementaire, peuvent entrer dans la composition des plats « faits maison » après avoir subi une transformation de leur état brut nécessaire à leur utilisation. » Autant dire que le décret d’application était attendu avec fébrilité, la loi devant entrer en vigueur dès l’été.

UNE SEULE EXCEPTION : LES FRITES CONGELÉES

Le fameux texte doit paraître incessamment au Journal officiel sous la signature de Carole Delga, la nouvelle secrétaire d’Etat en charge du dossier. Dans sa version quasi définitive, l’article II indique : « Peuvent entrer dans la composition d’un plat « fait maison », les produits qui ont été tranchés, coupés, broyés, hachés, nettoyés, désossés, dépouillés, décortiqués, taillés, moulus ou broyés, fumés, salés, réfrigérés, congelés, surgelés ou décongelés. »

En découvrant ces lignes, j’ai compris que la messe était dite et que les lobbys de l’agroalimentaire avaient eu gain de cause : tous les produits bruts congelés – les branches d’épinard comme les crevettes – pourront figurer dans un plat « fait maison », qui sera dispensé de facto de mentionner sur la carte qu’il en contient. Rusé ! Une seule exception : les frites congelées ne sont pas acceptées, de peur que McDo et compagnie ne puissent vendre du « fait maison ».

La pâte feuilletée, les fonds de tarte, les glaces, les blancs et les jaunes d’œuf séparés vendus au litre, les fonds de sauce blancs, bruns et fumets et la mayonnaise (pour des motifs hygiénistes) sont aussi autorisés. Cerise sur le gâteau, le restaurateur peut utiliser des produits transformés ailleurs, « dès lors que la marque du produit ou le nom du professionnel qui l’a fabriqué est expressément indiqué » ! Autrement dit, les lasagnes de bœuf Spanghero ou l’andouillette à Bobosse mentionnées comme telles peuvent figurer au menu du « fait maison ».

CE DÉCRET VIDE LA LOI DE SON ESPRIT

S’il convient ici de rappeler que les produits de l’industrie agroalimentaire sont parfaitement comestibles (à quelques scandales près), il est néanmoins permis de constater que ce décret vide la loi de son esprit : permettre au client dedistinguer le restaurant qui cuisine chez lui des produits frais de la masse de ceux qui offrent des plats venus d’ailleurs et sans CV.

L’idée était également d’encourager les circuits courts, l’approvisionnement local et la création d’emplois, indispensables dans les établissements qui épluchent les légumes, lèvent les filets de poisson et brident les volailles. La cascade de dérogations ruine ces espoirs qu’un logo « fait maison » ne suffira pas à instaurer.

Les syndicats sont partagés sur le texte : insuffisant selon l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) ; « premier pas positif » selon le Synhorcat (Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs). Il sera intéressant d’évaluer le succès de ce logo qui exposera ceux qui l’affichent aux contrôles de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

On assure au ministère qu’ils seront à caractère pédagogique dans un premier temps, mais chacun sait le peu d’engouement de la profession pour ce genre de pratiques. Au final, ce texte ne satisfait ni la profession ni les partisans du vrai fait maison, et n’éclairera guère les clients. Un décret dans l’air du temps : mou.

Publié sur LeMonde.fr par JP Gené Chroniqueur M le Magazine

du Monde | 10.07.2014 à 15h58  à http://www.lemonde.fr/le-magazine/article/2014/07/10/fait-maison-decret-bidon_4454963_1616923.html

Lire aussi : Les insuffisances du label « fait maison »

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