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Économie d’énergie : et si on délocalisait les data centers dans l’espace ?

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Et si on transférait dans l’espace les data centers, ultra-énergivores, afin de réduire leur impact sur le climat ? Ce projet digne d’un film de science-fiction pourrait bientôt devenir réalité.

Pour réduire les dépenses énergétiques et la pollution produites par les centres de données, la Commission européenne étudie une nouvelle solution : la délocalisation de data centers dans l’espace.

Réduire l’impact des data centers

« Les data centers représentent 10 % de la consommation mondiale d’énergie et 4 % des gaz à effet de serre produits par l’activité humaine, soit un peu plus que l’industrie aérospatiale mondiale », souligne le University of Quebec’s College of Technology. Pour résoudre ce problème, certaines entreprises se tournent vers des sources d’énergie sans carbone. C’est le cas Google Cloud qui a signé plusieurs accords pour la construction de centrales solaires en Espagne, en Finlande, aux États-Unis ou encore au Canada, afin de fournir l’énergie nécessaire à l’alimentation de ses propres installations. Autre exemple : le centre logistique d’Amazon à Séville qui dispose de 13 300 panneaux solaires d’une capacité de production de 5,26 mégawatts. Des initiatives nécessaires mais insuffisantes selon Yves Durand, directeur de la technologie chez Thales Alenia Space : « La plupart des centres de données en Europe utilisent désormais des sources d’énergie à forte intensité de carbone. Les centres de données sont de gros consommateurs d’énergie - entre 2 % et 3 % de la consommation mondiale – un taux qui double chaque année. Ils représenteront à terme 10 % du total mondial. Nous ne pouvons pas produire suffisamment d’énergie sans carbone pour répondre à l’énorme demande des centres de données, ainsi qu’à la demande des voitures électriques ou des installations de production d’hydrogène, et nous ne pouvons pas non plus couvrir la surface de la Terre avec des panneaux solaires. » En outre, la plupart des entreprises ne disposent pas des ressources des GAFAM. Dans cette optique et face à l’augmentation exponentielle de l’informatique, l’Union Européenne envisage des installations de traitement et de stockage extraterrestres via un projet baptisé ASCEND (Advanced Space Cloud for European Net zero emission and Data sovereignty). L’objectif ? Installer des stations de data centers en orbite alimentées par des centrales solaires de plusieurs centaines de mégawatts. L’enjeu ? Réduire l’empreinte carbone informatique en utilisant l’énergie solaire hors de l’atmosphère terrestre.

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Des data centers en orbite alimentés à l’énergie solaire

La centrale spatiale et les data centers seraient montés en pièces détachées par une fusée, amenés sur une orbite de stockage, puis assemblés de manière automatisée par des robots spatiaux. La première mission de démonstration est fixée à 2026. Pour piloter l’étude de faisabilité du Projet Horizon Europe ASCEND, un consortium d’entreprises dirigé par Thales Alenia Space a été retenu par la Commission européenne. Avant d’être validée, le projet devra répondre à deux objectifs :

  1. Le coût environnemental : le projet doit démontrer que les émissions carbone associées aux phases de production et de lancement de ces nouvelles infrastructures spatiales seront inférieures aux émissions que produiraient les data centers en restant au sol.
  2. La faisabilité : l’étude devra prouver qu’il est possible de développer la solution de lancement requise et d’assumer le déploiement et l’opérabilité de ces data centers spatiaux en utilisant des « technologies d’opérations robotisées d’assistance en orbite actuellement développées en Europe ». En clair : sans astronautes, le tout pilotable depuis la Terre.

Diminuer l’empreinte carbone du digital : une nécessité

Mais pourquoi délocaliser dans l’espace ? Selon les experts, les températures très basses dans l’espace réduiront considérablement le besoin d’équipements de refroidissement ultra-énergivores. En effet, une partie importante de la consommation d’énergie d’un centre de données est destinée au refroidissement des équipements, représentant plus de 50 % dans certaines installations. Mais si cette expérimentation inédite s’inscrit dans la lignée du projet Green New Deal visant à la neutralité carbone de l’Union Européenne d’ici 2050, les implications vont bien au-delà. Selon Yves Durand : « Les centres de données en orbite deviendront un élément fondamental de l’exploration spatiale future visant à installer des bases lunaires et à lancer des missions régulières vers Mars. Il ne sera plus nécessaire de collecter des données dans l’espace et de les retransmettre sur Terre pour stockage et analyse. Il est important de comprendre que nous pouvons réagir beaucoup plus rapidement si nous avons des capacités de traitement dans l’espace. » Selon Globant, leader mondial de la transformation numérique et cognitive, le monde pourrait avancer de 10 ans dans ses efforts de décarbonisation si les industries tiraient pleinement parti des technologies spatiales existantes et émergentes. Selon Globant, l’adoption complète des systèmes actuellement disponibles permettrait une réduction de 11,5 % des émissions mondiales d’ici 2030, soit une amélioration de 9 % par rapport à l’avantage actuel.

SOURCE: Par  - Le 3 janvier 2023
© Thales Alenia Space
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