Archive pour décembre, 2014

Philippe Mangin : « Le modèle coopératif gagne en performance et se rapproche des citoyens »

Philippe Mangin procède à un large tour d'horizon sur l'avenir des coopératives alimentaires

Philippe Mangin procède à un large tour d’horizon sur l’avenir des coopératives alimentaires

A l’occasion d’un hors série consacré spécifiquement aux coopératives alimentaires et agricoles, Philippe Mangin, président de Coop de France, nous a accordé une interview exclusive, que nous publions ici intégralement. Il analyse sans détour les forces et les faiblesses du modèle coopératif, qui produit la moitié de l’alimentation en France.

LSA – Comment les coopératives traversent-elles la crise ? On entend surtout parler des difficultés dans les filières animales, de restructurations, de cessions…

Philippe Mangin - La coopération est dans le prolongement des exploitations agricoles et subit les mêmes difficultés qu’elles rencontrent, notamment dans certaines filières de l’élevage. Le porc, la volaille, les bovins même souffrent depuis plusieurs années. Les coop dans ces filières se sont fragilisées. On en connaît les raisons : l’exacerbation d’une concurrence intracommunautaire, d’Allemagne, du nord de l’Europe, parce que les coûts sociaux et donc les écarts de prix sont très importants ; certaines entreprises, dans la volaille, n’ont pas anticipé la baisse des subventions à l’exportation, ce qui expose leurs coopératives d’approvisionnement ; et enfin la crise, que la France traverse. Mais une fois ce constat fait, globalement, les coopératives agricoles et agroalimentaires restent plus solides que les entreprises concurrentes du privé. Leur part de marché ne s’effrite pas. Il naît même des acteurs économiques de plus en plus puissants, comme Tereos et Cristal Union dans le sucre, qui sont des réussites remarquables. On voit des progrès fulgurants dans le domaine viticole, comme Nicolas Feuillate, dans le champagne, Val d’Orbieu parmi d’autres dans le Bassin méditerranéen avec une production qui devient insuffisante, et, pour les grandes cultures et la valorisation des productions végétales, nous voyons l’émergence de leaders, Vivescia dans la malterie, numéro un mondial, et dans la meunerie-viennoiserie avec Nutrixo et Délifrance ; Axereal dans la farine, Limagrain avec Vilmorin et Jacquet, et, dans le lait, avec Laita, SodiaalAgrial qui ont pignon sur rue. Il faut d’ailleurs en faire émerger d’autres.

LSA – Le modèle économique historique est-il vraiment un avenir pour ces entreprises ?

P. M. - La difficulté à laquelle sont confrontées les coopératives pour assurer leur développement est la mobilisation des capitaux, un problème que les grandes entreprises capitalistes ne rencontrent pas. Pour atteindre leurs objectifs de croissance, qui nécessitent des investissements, afin de développer des marques, atteindre la taille critique, beaucoup de coop se disent amenées à rechercher des capitaux extérieurs qu’elles ne peuvent trouver parmi leurs membres. Pour autant, le statut du modèle s’en trouve-t-il menacé ? Je ne crois pas. La coopérative est le prolongement des membres, les activités industrielles sont filialisées et peuvent appeler des capitaux extérieurs, industriels ou financiers. Et rien n’est menacé tant que la coopérative maison mère maintient son pouvoir dans les montages financiers. Les producteurs de Limagrain ont une filiale, Vilmorin, cotée en Bourse. Ils n’ont pas eu un instant l’impression d’être dessaisis de ce qui les anime dans leur stratégie. L’esprit coopératif peut être conservé. Ce serait le contraire même si les groupes coopératifs étaient rendus impuissants à rivaliser avec les autres entreprises dans le paysage européen et mondial. Certes, les leaders français ont pris un peu de retard, qui est en train de se combler, les plus grandes coopératives sont encore dans le nord de l’Europe, mais nous avons sept groupes coopératifs dans le top 20 européen, deux au niveau mondial. Nous sommes aussi attendus, partout dans le monde, sur une offre coopérative. Nous devons mettre les bouchées doubles pour grandir encore.

« NOUS PROGRESSSONS DE 1,5 % MALGRÉ LES DIFFICULTÉS DE LA FILIÈRE ANIMALE »

LSA – La course à la taille est-elle le seul moyen pour une coopérative d’être compétitive ?

P. M. - Évidemment non ! Il y a de très belles PME coopératives qui ont montré combien leur stratégie était gagnante. Dans le vin, de nombreuses coopératives pourraient être citées : La Chablisienne, Plaimont, La Cave de Tain. Dans le lait, aux côtés des trois précédemment cités, Isigny, La Prospérité et L’Hermitage, dans les Vosges, démontrent tous les jours combien leur action est efficace, et ces entreprises ne sont pas confrontées à une insuffisance de taille pour faire leurs preuves. Dans les fruits et légumes, Saveol, Blue Whale ou, avec une stratégie plus territoriale, Les Fermiers de Figeac, ont montré leur efficacité. Unicoque est devenu un des leaders européens de la noisette avec un vrai plan de croissance. Pour celles-là, le modèle est pérenne. Nous manquons peut-être de naissances de nouvelles coopératives. On en voit quelques-unes, dans le commerce alimentaire, des Amap qui adoptent le statut coopératif pour que les agriculteurs puissent s’épauler encore plus efficacement. La filière bio, dont les coopératives sont les championnes en termes de quantités produites et écoulées, montre aussi son dynamisme. Dans une situation de crise, ce n’est pas si mal, nous progressons de 1,5 % par an, malgré les difficultés de la filière animale.

LSA – Vous êtes à la fois président d’InVivo et de Coop de France. Les deux structures ont une gouvernance commune. Pouvezvous nous rappeler pour quelles raisons ?

P. M. - Coop de France est le syndicat professionnel qui représente les 2 800 coopératives françaises, qui est leur porte-voix en matière de lobbying et qui les accompagne en expertises et en services. InVivo est une union de coopératives, une coop de deuxième niveau, contrairement à Vivescia, Terrena ou Maisadour, par exemple, qui sont des entités de premier niveau. InVivo est leader, mais grâce à ses 230 coopératives adhérentes. Sa stratégie vient d’être redéfinie dans son projet « 2025 by InVivo », pour chacun de ses métiers historiques : le commerce des grains, la nutrition animale, la distribution, avec les jardineries Gamm vert, et enfin l’agrofourniture, avec l’ambition de développer de nouvelles activités. InVivo et Coop de France ont effectivement une gouvernance commune. Le rapprochement répond à une logique : elles traitent de sujets communs. InVivo peut apporter son expertise à Coop de France, et vice versa. C’est ce rapprochement qui a permis la mise en place d’une communication grand public très efficace ; la création de l’Institut de la coopération agricole en matière de formation, et l’ouverture d’une réflexion dans le vin pour les stratégies à l’export. Auparavant, nous étions dénués de moyens, ou ils étaient trop dispersés. Aujourd’hui, nous pouvons agir sur plusieurs fronts en synergie et avec succès.

LSA – Avez-vous le sentiment que Coop de France a plus de poids auprès des pouvoirs publics ? Il semble que vous ayez réussi à obtenir une baisse de la fiscalité…

P. M. - Ce que j’ai voulu faire, avec Coop de France, c’est un vrai syndicat d’entreprises coopératives. C’est le Medef des coopératives agricoles. Avant, la tendance était de vouloir parler au nom des agriculteurs, d’être redondant avec le syndicalisme agricole sur des sujets qui concernent les agriculteurs. Je me suis battu pour que nous quittions ce terrain-là. Coop de France intervient désormais pour les sujets qui nous concernent en tant que syndicat d’entreprises coopératives. Le bénéfice que nous en tirons, avec la baisse de la fiscalité, ou les lois d’avenir agricole ou sur l’économie sociale et solidaire, découle de cette ligne claire pour tout le monde. Même si on se sent concernés quand le potentiel de production est menacé, puisque nous en sommes le prolongement. Et oui, nous avons obtenu la suppression anticipée de la C3S (une taxe sur le chiffre d’affaires) pour les coopératives, puisque nous ne sommes pas éligibles au CICE. J’ai connu une époque où nous étions les oubliés des pouvoirs publics. Nous devions rappeler les cabinets ministériels pour demander pourquoi nous n’étions pas conviés sur des sujets qui nous concernaient directement ! Cela n’arrive plus. Il n’y a plus de réunions où Coop de France, aux côtés de la FNSEA et l’Ania, ne soit pas conviée, dans les ministères ou auprès des parlementaires. Et nous pouvons agir, y compris en matière de fiscalité. Auparavant, des amendements pouvaient être adoptés, contre nous, de nuit, sans que nous ayons aucun moyen de réagir, et cela avait d’ailleurs été le cas de la C3S, il y a une dizaine d’années !

« L’AFFAIRE SPANGHERO A ABOUTI À LA DÉMISSION DU VICE-PRÉSIDENT EN CHARGE DE LA SOCIÉTÉ »

LSA – On sait que les coop reposent sur le modèle un homme/une voix, mais pensez-vous vraiment qu’elles appartiennent encore aux exploitants ? Ou plutôt aux équipes dirigeantes en place ?

P. M. - J’entends ce reproche fréquemment évoqué, y compris par le personnel politique, mais je constate précisément le contraire : le pouvoir des agriculteurs s’exprime toujours et à bon escient à chaque fois que la situation est difficile. Il y a deux exemples récents. L’affaire Spanghero a provoqué une assemblée générale chez Lur Berri, qui a abouti à la démission du vice-président, en charge de Spanghero. Autre exemple, Coralis dans le lait à Rennes, dont l’équipe dirigeante militait pour une alliance stratégique sans consulter sa base. Toute l’équipe dirigeante, conseil d’administration y compris, a été congédiée. Quand tout va bien, on pourrait croire que les exploitants sont peu mobilisés, mais quand les dirigeants n’ont pas fait bien leur travail ou n’ont pas bien expliqué la stratégie, il y a sanction. Non, les exploitants agricoles n’ont pas perdu le pouvoir au bénéfice des dirigeants.

LSA – Vis-à-vis des citoyens, on n’a pas vraiment le sentiment que le modèle soit connu, ni même qu’il pourrait leur procurer des avantages particuliers. Y en a-t-il ?

P. M. - Que le modèle coopératif ne soit pas connu, nous en sommes sûrs et nous avons des études d’opinion qui le prouvent. D’où la nécessité d’expliquer ce que nous sommes. Et nous sommes convaincus de l’intérêt du citoyen pour le modèle d’entreprise durable que nous représentons, qui n’a pas plongé dans la financiarisation, qui reste éloigné du modèle boursier. Et, du point de vue du consommateur de son attention à notre capacité à raccourcir la chaîne, à maîtriser l’origine des produits mieux que d’autres et que, s’il y a profit, il est d’abord tourné vers les producteurs agricoles, l’investissement et pas vers des actionnaires ou je ne sais quel paradis fiscal. Si nous sommes capables d’aller à la rencontre du citoyen et du consommateur sur ces thèmes, je suis confiant pour qu’il soit à l’écoute et qu’on puisse distinguer nos produits de ceux des autres sociétés, et faire savoir que D’Aucy, Candia, Paysan breton, par exemple, sont la propriété des paysans.

LSA - En termes de gouvernance, vous avez déclaré vous-même qu’il y a des progrès à faire…

P. M. - Les coopératives doivent travailler sur des mesures qui permettent une plus grande implication de leurs membres, des exploitants agricoles,  dans l’entreprise et dans ses filiales quand elle est insuffisante. Il y a de plus en plus de moyens pour y parvenir, via le numérique, sans obliger chacun à se déplacer en permanence. Force est de constater que nous n’avons pas réussi à attirer beaucoup de femmes à la gouvernance, alors qu’elles occupent presque un quart des nouvelles installations. Nous devons multiplier les efforts pour les attirer. Notamment les jeunes, diplômées, compétentes, déjà à la pointe pour la gestion de leurs exploitations. Nombreuses sont les agricultrices qui ont le profil d’administratrices ou de dirigeantes, à nous de les convaincre. Nous devons nous imposer la parité. Pour les compétences, la loi Hamon impose un plan de formation annuel des dirigeants élus. C’est une obligation que nous avons réclamée. Et c’est ce qui permettra de déverrouiller des situations de conseils d’administration trop figés.

« L’APPARTENANCE EST REDEVENUE IMPORTANTE ET VALORISANTE »

LSA – Les Français savent-ils que la moitié de leur alimentation provient de vos usines ?

P. M. - Nous avions perdu une image de modernité que nous sommes en train de retrouver. Sous l’effet de la crise, la coopération et le mutualisme ont été remis au goût du jour. L’intérêt est grandissant et les groupes coopératifs peuvent prendre la parole et vont le faire, y compris localement. Nous sommes en train de construire un réseau de dirigeants et porte-parole pour les 2 800 entreprises réalisant 84 milliards d’euros de chiffre d’affaires et employant 160 000 salariés, parce que peu de gens connaissent cette réalité, et aussi en révélant les produits qui sont fabriqués par ces mêmes entreprises. La fierté coopérative est en train de renaître, l’appartenance est redevenue importante et valorisante, à nous de pousser les feux.

LSA – Vous venez de créer Coop de France agroalimentaire au sein de Coop de France. Dans quel but ?

P. M. - Nous créons cette plate-forme pour que ces entreprises agroalimentaires à capitaux coopératifs aient justement un lieu de rencontre et d’expression, qui n’existait pas. Il peut arriver que nous ayons des nuances de positions, par exemple sur la mention d’origine des produits, avec l’Ania. Nous ne quittons pas l’Ania pour cela, bien au contraire. Mais nous devons pouvoir prendre la parole au nom des coopératives et de leurs filiales, comme le font l’Ilec pour les multinationales et la Feefpour les PME. Coop de France agroalimentaire réunira beaucoup plus les opérationnels que les élus, à savoir les directeurs généraux, le marketing, les juristes. Notre première réunion entre Coop de France agroalimentaire et l’équipe dirigeante de Carrefour récemment a d’ailleurs suscité l’enthousiasme de nos membres. Ce type d’échange n’existait pas auparavant.

LSA – Les coopératives détiennent une grande quantité de marques. La valeur immatérielle de ces marques est-elle estimée et gérée en conséquence ?

P. M. - Non. Nous avons quelques idées, puisque Yoplait a été valorisée dans le cadre de l’accord entre General Mills et Sodiaal. Les coopératives qui ouvrent le capital de leurs filiales le savent aussi, comme Vivescia Industrie, dont la marque Délifrance est valorisée. Nous avons encore du chemin à faire pour prendre connaissance de la valeur de l’ensemble de nos marques et leur attribuer ce qui est nécessaire pour maintenir et accroître cette valeur. Nous avons des centaines de marques, avec une forte notoriété, et leur valeur devra être connue. Les coopératives ont un énorme potentiel qu’elles doivent encore mieux maîtriser.

« NOUS POUVONS FAIRE VALOIR NOTRE DIFFÉRENCE VIS À VIS DES ENSEIGNES »

LSA – Les valeurs citoyennes que vous revendiquez sont-elles reconnues dans la relation commerciale avec la distribution ?

P. M. - J’ai entendu les enseignes, lors d’une rencontre avec Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, dire pour la première fois unanimement qu’elles auraient une approche segmentée entre les grandes marques des multinationales, les PME et le secteur du frais. On sent bien que les enseignes veulent faire une différence entre les entreprises à capitaux familiaux et les autres, la Feef l’a démontré. Et nous avons aussi notre place à prendre, avec notre différence. Si nous ne l’avons pas, c’est de notre faute, pas de celle des distributeurs. Nous avons établi un guide des conditions générales de vente, nous voulons qu’apparaisse notre spécificité coopérative. Elle est désormais recevable par la totalité des enseignes. Nous pouvons nourrir une démarche citoyenne avec elles vis-à-vis des consommateurs, notamment via la contractualisation, comme nous le faisons avec McDonald’s pour les pommes de terre ou le blé. Il y a des choses formidables à faire, il faut faire le saut.

LSA - Pourtant, on a le sentiment que les dirigeants de coopératives agricoles se focalisent plus sur leurs adhérents en amont que sur leurs clients…

P. M. - C’est un peu vrai pour les  coopératives, qui n’avaient pas la culture du marketing, de la vente et de l’attente client, même si toutes les coopératives ont des clients, transformateurs ou exportateurs. C’est faux en revanche pour ce qui concerne les filiales et les marques, comme Agrial avec Florette ou Terrena avec Tendre et plus. Car celles qui sont dans la transformation ont mis depuis longtemps le consommateur dans la stratégie. Le problème se pose pour les coopératives de collecte, d’élevage, qui sont moins au contact du distributeur.

LSA – Allez-vous vous intéresser de plus en plus à la distribution ? Vous détenez l’enseigne Gamm vert et ouvrez Frais d’Ici, Unicor ouvre les Halles d’Aveyron, Maisadour détient la Comtesse du Barry… C’est l’avenir ?

P. M. - Les initiatives foisonnent et il serait d’ailleurs bon de les fédérer et de viser un plan de croissance. La création de Frais d’Ici, de Panier d’Ici dans le centre, de Hop’la dans l’Est de la France, ou de la vente directe de viande par la Cavac sur internet, vise le modèle du circuit court. Ce sont des volumes microscopiques, mais ces initiatives donnent de la proximité avec le consommateur, et l’offre est constituée de produits locaux venant majoritairement des coopératives. Mais on ne nous attend pas ! Et nous sommes aussi fournisseurs d’enseignes qui sauront nous le rappeler. Restons modestes sur ces développements, même si j’y crois. Pour les jardineries Gamm vert – qui ont aussi une offre alimentaire et textile –, dont le réseau est étoffé de 1 000 magasins, c’est désormais l’international que nous visons.

« NOUS AVONS RACHETÉ DEUX ENTREPRISES DE CODAGE ET NOUS AVONS DÉJÀ DES IMPRIMANTES 3D »

LSA – Menez-vous une réflexion globale, sur le numérique ou le Big Data, qui pourraient révolutionner l’industrie ?

P. M. - Les investissements sont colossaux dans ces domaines. Le Big Data devient incontournable, nous le répétons à nos dirigeants. InVivo vient d’ailleurs de racheter deux entreprises de codage qui nous placent parmi les trois leaders du secteur. Dans les coopératives de matériel (Cuma), nous faisons déjà appel à des imprimantes 3D qui fabriquent les pièces de rechange des tracteurs, sans délai d’attente et pour un très faible coût. Coop de France pilote une Union, Adhérents.coop, qui est leader dans les portails extranet pour les coopératives. C’est une révolution qui nous attend et dans tous les domaines, y compris les marques alimentaires, les emballages… Nous devons y travailler, s’y préparer, anticiper l’avenir.

LSA – Les coopératives chassent-elles « en meute » à l’international ?

P. M. -La filière bovine a créé un GIE Export il y a quelques années, mais en dehors des acteurs économiques. Il n’a pas duré six mois! Rien ne peut se faire sans les acteurs économiques. En revanche, il faut qu’il y ait des lieux d’appui, un lien avec le Quai d’Orsay, rapprocher Sopexa et UbiFrance, fédérer les initiatives des conseils généraux et des chambres de commerce. Voilà qui pourra permettre aux coopératives de chasser en meute à l’international. Au sein de nos pôles, nous devons aussi améliorer le réseautage. Le fait que Tereos soit au Brésil est un avantage qui peut permettre d’y exporter ou d’y investir. De même qu’InVivo, qui ouvre un bureau à Singapour en veille pour nos métiers, mais qui peut aussi servir de lien pour d’autres coopératives. Delpeyrat s’allie avec Univitis pour chasser en Chine en mariant vins et foies gras. Et puis, n’oublions pas que les grandes enseignes françaises sont aussi à l’international. On peut se batailler ici durement sur lesnégociations commerciales, mais aussi chercher à mieux profiter de leur présence à l’échelle mondiale. Elles nous y invitent, d’ailleurs !

« LES RAPPROCHEMENTS DANS LA DISTRIBUTION DOIVENT NOUS INCITER À NOUS RESTRUCTURER »

LSA – Le monde des coopératives doit-il encore se restructurer ? Des marques ont été confiées au privé, Yoplait, Labeyrie… Est-ce un signe de fragilité ?

P. M. - Labeyrie, pour Lur Berri, était un très gros morceau, qui nécessitait la recherche d’un partenaire, d’où l’arrivée de PAI qui impose son management. Et l’alliance de Sodiaal avec General Mills a sa logique. Ce sont deux cas isolés. En tout état de cause, nous ne sommes pas assez présents à l’international et nous continuons, à Coop de France, à promouvoir les alliances entre coopératives pour qu’elles se renforcent et atteignent la taille pour conquérir l’international. Quand on voit le rapprochement des enseignes, Auchan avec Système U et Casino avec Intermarché, nous n’avons pas le choix ! À une concentration de la distribution, nous devons répondre par une réflexion sur nos propres organisations. Nous devons nous unir, aller plus loin.

LSA – Au niveau mondial, le modèle coopératif est-il en croissance ?

P. M. - Oui, et le nouveau sommet mondial de Québec devient d’ailleurs le Davos de l’économie coopérative. Le modèle coopératif ou mutualiste est celui qui peut le mieux aider les pays en développement pour structurer l’agriculture. Et dans les pays riches, où l’État va intervenir de moins en moins, il va aussi se développer. Ce sont les coopératives et les mutuelles qui vont prendre le relais des pouvoirs publics dans de nombreux domaines, parce que leur fonctionnement, leur modèle, impose une éthique, un sens que les citoyens, et surtout les jeunes, recherchent. ???

Propos recueillis Par Sylvain Aubril

Publié le 27 novembre 2014 par SYLVAIN AUBRIL sur LSA à http://www.lsa-conso.fr/philippe-mangin-le-modele-cooperatif-gagne-en-performance-et-se-rapproche-des-citoyens,193189

LA RÉDACTION VOUS CONSEILLE

croquefeuille |
Succès Marketing |
Entre Organisation et Equit... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 3D-Margot-Marina-Franck
| On s'amuse...
| cuisinebio