Terrena et Système U lancent une filière du porc révolutionnaire

Après deux ans de négociation, le distributeur s’engage à acheter aux éleveurs de la coopérative plus de 50.000 tonnes annuelles pendant 3 ans. Il commercialisera une viande positionnée entre le bio et l’intensif.

Un contrat de vente de trois ans et qui garantit aux producteurs une plus-value de 8 à 12 centimes d’euros le kilogramme de porc. C’est l’accord avantageux qu’ont décroché les éleveurs de la coopérative Terrena auprès de Système U. Son président Hubert Garaud a présenté mardi soir avec Serge Papin, président du distributeur et Guillaume Garot, Ministre délégué à l’agroalimentaire un partenariat qui a exigé deux ans de discussion. « Nous sommes parvenus à sortir des négociations annuelles très dures qui régissent en France les rapports entre le monde agricole et le commerce. C’est un contrat proche de ce que font les Anglo-Saxons ou les Allemands » estime Hubert Garaud. Pour Serge Papin, c’est également une façon de sortir du rapport de force. Le distributeur compte déjà une dizaine d’accords de ce type, dont le plus développé porte sur le lait bio. « Il s’agit de remettre de la régulation dans ce marché dont les prix varient de 2,5 euros à 9 euros le kilogramme de porc » rappelle Serge Papin.

Dès le 4 mars, les linéaires de Système U vendront des barquettes de porc sous la marque Agriculture Nouvelle avec les deux logos des partenaires. Cette marque concrétise pour le consommateur le niveau de qualité sur lequel Terrena s’est engagé, en contrepartie de la visibilité et de la prime que lui garantit ce contrat innovant. « Nos éleveurs s’engagent à nourrir leurs bêtes avec des graines de lin et du colza au profit de la santé des consommateurs. A réduire progressivement les antibiotiques et à améliorer le bien-être des animaux » explique Hubert Garaud. Le dirigeant explique que le surcoût de ces pratiques plus durables est de l’ordre de 3 à 5 centimes le kilogramme, soit 8.000 euros en moyenne par exploitation. Les éleveurs ont accepté cet investissement grâce à la sécurisation de leur débouché. Aux cours de leurs négociations serrées, les deux partenaires ont également réussi à supprimer des coûts inutiles. « Nous valorisons mieux toutes les parties du cochon, à travers par exemple de nouvelles recettes de saucisses. Nous avons travaillé aussi sur le déclassement, sur la logistique, etc » précise-t-il.

Filière du lapin

Sur les 150 éleveurs de Terrena, seule une trentaine de producteurs s’est pour l’instant lancée dans cette nouvelle agriculture et doit fournir 50.000 tonnes de viande la première année, sur un total de 400.000 tonnes produites par Terrena. « Nous allons monter en puissance » assure Hubert Garaud. Pour lui, il existe un marché entre les produits bio et l’agriculture conventionnelle  : « Les consommateurs veulent des produits locaux, sains, sans OGM et qui ont un impact environnemental inférieur ».

Terrena prépare cette conversion depuis plusieurs années à traverssa démarche « Nouvelle Agriculture » fondée sur les préceptes de l’agriculture écologiquement intensive. Moins radicale que le bio, cette agronomie cherche à concilier forte productivité et réduction des intrants. Terrena engage progressivement ses différentes filières mais la production de lapin était jusqu’ici est la seule à avoir commercialisé cette offre, il y a un an. Une première tentative que Terrena juge aujourd’hui transformée. Lancée par une vingtaine d’éleveurs, cette filière va mobiliser bientôt jusqu’à 120 producteurs.

Maximilien Rouer dirigele cabinet Becitizen qui a accompagné les deux partenaires depuis le début de leurs discussions en 2010. « La filière du porc est celle qui a le plus besoin de nouer des accords globaux de ce type. Contrairement à la filière bovine qui parvient à bien vendre les parties avant des bêtes (steaks), la valorisation du porc par les saucisses et les salaisons est plus difficile » explique-t-il. Pour lui, ce partenariat permettra une évolution vers des porcheries du 21e siècle qui améliorent le bien-être et l’hygiène des bêtes. Maximilien Rouer cite l’exemple d’une température de chauffage différenciée entre les petits et leurs mères. « Le seul fait pour un éleveur de se laver les mains avant de rentrer dans une porcherie permet de réduire les médicaments » illustre-t-il. « En vitesse de croisière, une fois la période de conversion passée, ces pratiques peuvent être jusqu’à 4 fois moins cher en économisant le prix des médicaments, de vétérinaire, du soja, etc » affirme le consultant.

Consultant pour la grande distribution,Philippe Bretonestime que ce type d’accord permet également au distributeur de sécuriser leur approvisionnement, d’assurer la qualité de ses produits et d’en faire un élément différenciateur par rapport à la concurrence. Pour lui, le contrat a également le mérite de transcrire en action les promesses de Serge Papin dans son livre « Pour un nouveau pacte alimentaire » paru en 2012. Terrena devra néanmoins honorer sa promesse de diminuer progressivement les antibiotiques, un pari technique sur lequel butent encore les premiers éleveurs engagés dans la démarche.

MATTHIEU QUIRET MATTHIEU QUIRET | LE 18/02/14 À 18H08
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