Hécatombe dans l’agroalimentaire breton

Gad, Marine Harvest, Doux… Les menaces sur les entreprises du secteur se multiplient dans toute la région. Victimes des stratégies douteuses des actionnaires ou des licenciements boursiers, les salariés grossissent les rangs de Pôle emploi.

Près de 70 000 personnes travaillent dans l’industrie agroalimentaire en Bretagne. Avec la crise du secteur, les suppressions d’emplois se chiffrent en milliers depuis le début de l’année. Tour d’horizon au cœur de l’hécatombe.

Gad Sas, les actionnaires dans le viseur

L’imposant abattoir de porcs Gad Sas s’élève à l’entrée de Lampaul-Guimiliau (Finistère). Si les mouettes virevoltent au-dessus des entrepôts, la menace de l’arrêt du site plane sur les ouvriers. Placée en redressement judiciaire depuis février, l’entreprise est sous le coup d’un plan de continuation jusqu’au 21 août. Près de 900 emplois seraient supprimés et l’abattoir fermé. La crise porcine est pointée du doigt, mais les ouvriers balancent surtout sur la stratégie de la Cecab. La coopérative agroalimentaire, entrée dans le capital en 2008, est devenue actionnaire majoritaire en 2011.

Pour Olivier Le Bras, délégué syndical central FO, « depuis 2008, nous perdons de l’argent, on n’oublie que, cette année-là, la Cecab s’est octroyé 10 millions de dividendes et n’a jamais investi ». La concurrence accrue de l’Allemagne en rajoute une couche. « Gad ne gagne plus d’argent depuis trois ans à l’export », poursuit-il. Yvon, chef tripier et père de deux enfants, travaille depuis vingt ans chez Gad. Il s’inquiète pour l’avenir. « Si ça continue, le Finistère ne sera plus bientôt qu’une région touristique. Je me voyais bien travailler ici jusqu’à la retraite, on est soudé, il y a une ambiance bon enfant. Et puis, de toute façon, qu’est ce qu’on va faire d’autre ? » Depuis l’annonce, les ouvriers ont multiplié les actions coup de poing. En parallèle, un projet de reprise de l’abattoir sous la forme d’une coopérative ouvrière est en train de mûrir. Pour Gérard, pas de doute : « Gad à une âme, on continuera à se battre ! »

Marine Harvest, un licenciement boursier à la clé

À une quarantaine de kilomètres de là, la colère gronde à Poullaouen (Finistère). Le géant norvégien du saumon Marine Harvest a décidé, début juin, de couler son site finistérien et de vider celui de Châteaugiron (Ille-et-Vilaine). 405 emplois passeront à la trappe. Nichée en pleine campagne depuis 1970, accessible par une seule route, l’usine de Poullaouen est spécialisée dans le fumage et la découpe du poisson. Michel Crespin, secrétaire CGT du comité d’entreprise, explique que, « l’année dernière, pour la première fois, nous avons perdu 2,4 millions d’euros, c’est le prétexte fallacieux qui a été avancé pour fermer ».

En réalité, le groupe norvégien avait déjà mis la barre à tribord. Il est en train de racheter Morpol, une entreprise basée en Pologne, qui fabriquerait du saumon premier prix. Ce qui est précisément un des produits phares du site. En attendant, l’usine finistérienne tourne à plein régime. Et l’arête de la fermeture reste en travers de la gorge des 185 salariés et de la centaine d’intérimaires. En salle de pause, Robert, plus de vingt ans de boîte au compteur, encaisse sous sa blouse bleue : « Elle est où, l’Europe sociale ? Ce n’est pas logique que notre activité se retrouve dans les pays à bas coût ! » Michel Crespin se dit « écœuré » : « Nous sommes victimes de la stratégie de cette multinationale qui a réalisé 63 millions de résultat net au premier trimestre 2013 et distribué 3 millions de dividendes en 2012. S’ils n’avaient pas été versés, notre perte aurait été comblée ! »

Doux, après 
la fermeture, 
la précarité

À Pleucadeuc (Morbihan), les herbes folles ont envahi l’usine Doux. Les 147 derniers salariés de l’usine de dindes ont plié bagage en juin dernier. Quelques mois avant, 270 personnes avaient été jetées dehors. Le géant de la volaille, plombé par ses investissements inconsidérés au Brésil, la concurrence européenne et le versement de dividendes en cascade, a dégraissé en masse. Pour la commune de 1 800 habitants, c’est le coup de grâce. En face de l’église, dans le bar-tabac-presse Chez Émilienne, il n’y a plus un chat. Laurent, le gérant, dont la famille tient le café depuis plus de soixante ans, soupire. « On a l’impression d’être après un bombardement, commente-
t-il en se versant une menthe à l’eau. Avant, tous les vendredis, les ouvriers de Doux venaient fêter leur fin de semaine. Là, il n’y a même plus un camion qui passe. »

En ce moment, la plupart des ex-Doux sont inscrits en contrat de sécurisation professionnelle (CSP), ce qui leur permet de bénéficier de leur salaire pendant un an. Mais avec une hausse annuelle de 10,9 % du chômage dans la région, la recherche d’un travail s’annonce compliquée. Raymond Gouiffès, délégué syndical central CGT, explique que « ce sont des hommes et surtout des femmes entre cinquante et cinquante-cinq ans, certains ont des troubles musculo-squelettiques (TMS). Beaucoup ont fait toute leur carrière dans la volaille et n’ont jamais mis un pied à Pôle emploi ». Michel Hamonet, délégué syndical CGT, embraye : « Ils trouvent des missions de remplacement pour l’été comme aides à domicile. Mais que va-t-il se passer à la rentrée ?

Publié par L’humanité à http://www.humanite.fr/social-eco/hecatombe-dans-l-agroalimentaire-breton-546792

 

 

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