La Chine, géant agroalimentaire aux pieds d’argile

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  • Kant Li, directeur général de la firme chinoise King Techina, spécialiste de la nutrition animale, présente au Space ses additifs alimentaires en microcapsules.

    Kant Li, directeur général de la firme chinoise King Techina, spécialiste de la nutrition animale, présente au Space ses additifs alimentaires en microcapsules. (Thomas Brégardis)

Révolution verte « Qui aurait cru, il y a quinze ans, que la Chine exporte vers les États-Unis des produits électroniques ? Et que les États-Unis deviennent le fournisseur exclusif de la Chine en foin de luzerne ? » Gwénola Floch Penn résume, dans cette étonnante question, la révolution verte de la Chine depuis la fin des années Mao. L’ancien Empire du milieu s’est placé au centre de l’assiette mondiale. Ses 310 millions d’agriculteurs, répartis en 190 millions de petites exploitations, et 2 000 fermes étatiques géantes engraissent la moitié du cheptel mondial de cochons et de poulets !

Priorité à l’agriculture

Les deux derniers plans quinquennaux « réservent une place centrale à l’agriculture : prêts bonifiés, aides directes, infrastructures », observe l’agroéconomiste de la chambre d’agriculture de Bretagne. Elle met les bouchées doubles pour couvrir « la demande alimentaire vigoureuse » de sa population. Grâce au trésor de guerre de sa balance commerciale, « elle est en cours de transaction pour louer ou acheter 11,6 millions d’hectares de terres dans le monde. En Afrique pour le riz et les céréales. En Amérique du Sud pour le soja et le sucre. »

L’essor du yaourt

L’accès de millions de Chinois dans la catégorie des classes moyennes se traduit par une occidentalisation du régime alimentaire. Un Chinois mange quatre fois plus de viande, boit treize fois plus de lait (yaourts et lait liquide) et ingère cinq fois plus d’oeufs qu’en 1980 ! Pour nourrir ses cheptels, la Chine engouffre dans ses élevages 70 % des échanges mondiaux de soja. Elle est directement à l’origine de la flambée historique du boisseau à la bourse de Chicago.

Déficits

Cette stature de rouleau compresseur agricole et agroalimentaire masque une réalité plus complexe. « Le géant a des pieds d’argile », image Jean-Michel Lebret, président du Centre d’économie rurale France Bretagne. Exploitations morcelées, terres polluées et submergées par l’urbanisation, ressources en eau déficitaires, main-d’oeuvre insuffisamment formée… La Chine s’essouffle dans sa « course à l’autosuffisance ». « Depuis 2009, elle est devenue importatrice nette de biens alimentaires », résume Gwénola Floch Penn.

« Il faut aller en Chine »

Dans ce contexte, les liens s’intensifient entre France et Chine. Mais restent modestes. « Seuls Lactalis et la Cooperl sont présents avec des bureaux », note Anne-Yvonne Hénot, du CER France Finistère. « La Chine importe la moitié de ses poudres de lait. Seuls 2 % sont fournis par la France », quantifie Jean-Marc Chauvet, de l’Institut de l’élevage. Kant Li, directeur général de l’entreprise King Techina, spécialiste de la nutrition animale, anime pour la deuxième fois un stand au Space. Il assure la promotion de ses microcapsules d’additifs alimentaires. En tant que président de l’association de l’élevage de sa province, il ramène dans ses bagages de nombreux contacts avec des entreprises françaises, détentrices de technologies de pointe. « Je peux agir comme intermédiaire pour aider les entreprises françaises à entrer sur le marché chinois. Son ampleur est inimaginable. Génétique, équipement, traitement du lisier, vaccination, médicaments vétérinaires Je vous le dis comme un ami : il faut aller en Chine ! »

Xavier BONNARDEL.

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