La Chine avance ses pions dans l’agroalimentaire européen

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Le Monde.fr avec AFP | 18.09.2012 à 12h35 

La deuxième puissance économique mondiale ne représente que 3,5 % de l'investissement direct étranger dans l'UE.

Il semblerait que la Chine soit en train de passer la vitesse supérieure en Europe, malgré une croissance fort ralentie par la crise mondiale et un intérêt toujours modeste pour l’économie européenne. Le producteur chinois de produits infantiles Synutra va investir 100 millions d’euros avec le groupement français de producteurs laitiers Sodiaal pour créer en Bretagne une usine de séchage de lait et de lactosérum pour la Chine, a fait savoir mardi 18 septembre Sodiaal, confirmant une information des Echos.

« Afin de répondre aux besoins toujours plus importants du marché chinois, Synutra, troisième fabricant de produits infantiles en Chine, a voulu sécuriser ses sources d’approvisionnement en matières premières », explique dans un communiqué Sodiaal, premier groupe laitier coopératif de France. Le projet, prévu à Carhaix (Finistère), prévoit la construction de deux tours de séchage et un début de production début 2015. L’investissement est porté à 90 % par le groupe chinois et à 10 % par Sodiaal, via sa filiale spécialisée Eurosérum.

« Pour son premier investissement hors de Chine, Synutra a porté son choix sur la Bretagne où Sodiaal a pu lui garantir des volumes importants de lait et de lactosérum déminéralisé de qualité », se félicite le groupe français. Le futur site doittraiter chaque année 280 millions de litres de lait et 30 000 tonnes de lactosérum, a précisé Jacques Caillaud, porte-parole de Sodiaal, à l’AFP. Il emploiera une centaine de personnes, les salariés de l’actuelle usine de séchage à Carhaix d’Entremont, filiale de Sodiaal, qui doit fermer début 2015.

Sodiaal, qui a notamment racheté Entremont en 2011, se présente comme le 4e groupe laitier coopératif en Europe avec 4,1 milliards de litres collectés par an auprès de 13 000 producteurs. Sa filiale Eurosérum revendique le rang de leader mondial du lactosérum déminéralisé pour la fabrication de lait infantile.

DES CAPITAUX FRAIS DANS LA VIGNE

Cet été, un investisseur chinois a défrayé la chronique en rachetant un petit domaine de Gevrey-Chambertin (Côte-d’Or) pour 8 millions d’euros, un prix très largement supérieur à celui demandé par les vendeurs, coiffant au poteau de potentiels investisseurs locaux. Après le Bordelais et la Bourgogne, la Chine met désormais le cap au sud. Une société franco-chinoise vient en effet de racheter le domaine Bouche à Camaret-sur-Aigues (Vaucluse, sud-est), pour un montant non dévoilé.

« J’ai 57 ans, je n’ai pas d’enfants intéressés par la reprise du domaine. Je travaillais avec ces personnes-là pour des ventes sur la Chine et comme ils souhaitaient s’implanter dans la vallée du Rhône, on a conclu ce partenariat », a expliqué Dominique Bouche, gestionnaire du domaine. Champ Dong Créations Industries, basée à Paris et à Shanghai, s’occupera « principalement de la commercialisation », a-t-il précisé, ajoutant que l’objectif était de « consolider ses parts de marché » en Chine.

Dominique Bouche espère aussi pouvoir rénover la propriété – vignoble, matériel et bâtiments – grâce à l’arrivée de ces nouveaux capitaux qui devraient, selon lui,contribuer à la notoriété de cette région viticole. Son domaine s’étend sur 24 hectares de vignes et produit chaque année de 120 000 à 150 000 bouteilles, dont 70 % destinées à l’export.

UN INVESTISSEUR MODESTE

Ces opérations, parfois spectaculaires, ne doivent pas masquer la faible part des investissements chinois en Europe : la deuxième puissance économique mondiale ne représente que 3,5 % de l’investissement direct étranger dans l’UE.

Pourtant, les flux grossisent, et ce dans les deux sens, la Chine offrant des perspectives de développement inattendues pour l’agriculture européenne. Selon une information du Figaro, une société spécialisée dans la reproduction et la sélection génétique a expédié 15 000 lapins en Chine pour améliorer la race. Avant les lapins, raconte le Figaro, ce sont des canards vendéens génétiquement modifiés qui avaient été expédiés pour améliorer les élevages locaux.

 

Vaches limousines : la filière mongoleQuelque 180 bovins, dont plus de 80 % de race limousine et quelques Montbéliardes, ont embarqué la semaine passée à Châteauroux à bord d’un Boeing 747 à destination de la Mongolie, où ils devaient rejoindre une exploitation située à 500 km au nord d’Oulan Bator.

Les Limousines sont destinées à améliorer la race locale et les Montbéliardes à constituer un troupeau de laitières, a expliqué Gilles Lequeux, responsable technico-commercial d’Interlim Génétique Service, à l’origine de cette exportation.

L’an passé, 230 bovins avaient déjà été importés en Mongolie où ils ont très bien passés l’hiver en dépit de températures qui peuvent atteindre les -40°C. Afin d’appréhender au mieux les conditions d’élevage dans ce pays, des représentants d’Interlim se sont rendus à plusieurs reprises, depuis 2008, sur l’exploitation où ils ont dispensé des conseils en alimentation et en « logement ». De son côté, l’éleveur mongol est venu plusieurs fois en France.

L’agriculture et l’élevage sont la deuxième source de revenus en Mongolie, pays enclavé entre la Russie et la Chine. Actuellement producteur de viande de qualité ordinaire, la Mongolie a une demande de viande de meilleure qualité.

Pour l’éleveur mongol, cette opération revient à 900 000 euros, ce qui comprend l’achat des animaux, le sanitaire et la logistique d’acheminement.

Publié à: http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/09/18/la-chine-multiplie-les-investissements-dans-l-agroalimentaire-en-europe_1761711_3234.html

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