Accueil ECONOMIE . SECTEUR ACTIVITE . . AGRO . L’Union Européenne est confrontée à une pénurie d’oeufs

L’Union Européenne est confrontée à une pénurie d’oeufs

9 min lues
0
33

par Guillaume Duhamel, Mercredi 21 mars 2012

L'Union Européenne est confrontée à une pénurie d'oeufs

Nos confrères du Guardian ont rapporté au début du mois que leur prix avait été multiplié par quatre. « Certaines entreprises seront au point de rupture dans trois ou quatre semaines », avait par ailleurs confié au quotidien britannique un acteur de la filière qui a souhaité conserver l’anonymat. Un fabricant de produits alimentaires britanniques lui avait aussi indiqué que, sur dix fournisseurs démarchés, huit n’avaient pas été en mesure de satisfaire sa demande… La Grande-Bretagne n’est toutefois pas le seul pays à devoir faire face à une pénurie d’oeufs : l’Union Européenne (UE) dans son ensemble est aujourd’hui en grande difficulté. La faute à une nouvelle réglementation, en vigueur depuis le 1er janvier. Explications.

Les producteurs européens maudissent Bruxelles. À tout le moins ceux, très nombreux, qui ne se sont pas encore conformés à la nouvelle réglementation, laquelle impose un agrandissement de l’espace vital des poules de cinq cent-cinquante à sept cent-cinquante centimètres carrés, dont six cents de surface utilisable. Destiné à améliorer les conditions de vie des poules pondeuses, mais jugé insuffisant par les associations de protection de l’environnement et des animaux, l’aménagement génère des dépenses considérables pour les producteurs qui n’avaient pas pris les devants. Des dépenses considérables mais nécessaires, puisque tout oeuf produit dans une ferme qui n’appliquerait pas la nouvelle législation ne peut, en tout cas en théorie, être commercialisé.

Est-ce l’effet de surprise ? Les nouvelles exigences de Bruxelles sont-elles trop élevées ? Toujours est-il que, « si aucune mesure n’est prise », la production sera inférieure de 20 % aux besoins continentaux en juin, prophétise le comité consultatif européen sur les oeufs. Une estimation reprise par le Syndicat des Fabricants de Biscuits et Gâteaux de France, l’Association des Entreprises de Produits Alimentaires Élaborés (ADEPALE), le Syndicat des Industriels Fabricants de Pâtes Alimentaires de France (SIFPAF) et la Fédération des Entreprises de Boulangerie et de Pâtisserie française (FEBPF), auteurs d’un communiqué commun. « D’ores et déjà, une enquête réalisée mi-mars montre que, faute d’approvisionnement suffisant, les difficultés de production rencontrées par les industries utilisatrices, incluant des arrêts de ligne de production, s’amplifieront d’ici fin mars (si les choses restent en l’état), ont-ils indiqué.

L’Union Européenne est confrontée à une pénurie d’oeufs dans . AGRO . L_Union_Europeenne_UE_confrontee_a_une_penurie_d_oeufs_2_Credit_CarlyArt

Des perspectives particulièrement sombres

Et d’appeler, à la veille d’une réunion capitale d’un comité de gestion « sous l’égide de la Commission européenne », « face à ces graves difficultés d’approvisionnement », à « redonner de la disponibilité sur le marché intérieur en privilégiant le marché européen ». Une correction de tir jugée indispensable pour« casser la spirale de baisse des approvisionnements accompagnée de la hausse actuelle des prix des ovo produits». Appelant à la fois au « principe de préférence communautaire » et à celui de « précaution économique », qui « impose de ne pas attendre les fermetures ou les mesures de chômage technique d’entreprises pour prendre à temps les dispositions correctrices nécessaires », les organisations précitées ont observé une dégradation de la situation dans nos frontières. Principal producteur européen avec douze milliards d’oeufs l’an passé, l’Hexagone a en effet déjà vu les mises en place de poulettes chuter de 13,5 % en 2011.

« La tendance pourrait s’accélérer et atteindre une baisse de 20 % de la production au premier semestre », rapporte L’Usine Nouvelle, qui souligne également que plusieurs types d’industriels sont désormais sous pression, étant entendu que les oeufs peuvent atteindre jusqu’à 30 % du coût de certains plats préparés. Joint par téléphone, Jean-Loup Allain, secrétaire général du Syndicat des Fabricants de Biscuits et Gâteaux de France, a constaté une hausse des prix de quelque 145 % en l’espace d’un an (!) « Plus l’entreprise est spécialisée, plus elle est exposée et sujette à des problèmes », a-t-il ajouté, dénonçant « une mise en oeuvre chaotique » de la directive européenne et un manque de coordination qui a conduit à une absence de l’évaluation des impacts. La crise économique et les réticences des banquiers à consentir des prêts n’ont évidemment rien arrangé, tant et si bien qu’au total, « le marché s’est emballé dans le secteur des ovo produits ». « Pour faire simple, un tiers des oeufs est consacré à la distribution, un tiers aux foyers et à la restauration et un tiers à l’industrie. C’est ce dernier tiers qui est le plus touché »,précise M. Allain, qui annonce « les premiers chômages techniques d’ici Pâques et des problèmes d’exploitations voire de survie d’entreprises » dès le mois de mai.

La filière ne semble donc pas au bout de ses peines. À moins que Bruxelles ne soit disposée à procéder à des réajustements rapides. Ils semblent vitaux, pour les PME et les petits producteurs en particulier.

Crédits photos : Wikimedia Commons – Zaphod / flickr – Carly&Art
Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits dans . AGRO .

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Il s’offre cette maison à 4,9 millions de dollars en jouant à Minecraft

 12/10/2015 à 20h12 Cette villa se situe sur les hauteurs de Los Angeles – Nicholas …