Les Bretons, champions d’Europe de technique porcine

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Les Bretons, champions d'Europe de technique porcine dans . Agriculture . 120203p6S’il reste un domaine d’activité qui ne souffre pas de la comparaison en terme de compétitivité avec nos voisins européens, notamment du Nord, c’est bien la production porcine. Avec 1,32 €/kilo de carcasse de coût de revient en 2010, les éleveurs bretons se placent au premier rang, devant leurs collègues français mais surtout devant les cadors européens que sont les Allemands, les Danois, les Hollandais et les Espagnols. Emmanuel Lemercier et Philippe Le Vannier, chefs de marché Triskalia, en donnaient les raisons, vendredi dernier, lors de l’assemblée générale du groupement porc, en présentant leur étude des différents bassins de production.

Prolificité

Le mérite revient, tout d’abord, aux éleveurs. Leur compétence technique les place au premier rang en terme de performances. Les Bretons sèvrent (en 2010) 28,6 porcelets par truie productive contre 24,8 pour les Allemands et 24 pour les Espagnols. Seuls les Danois dépassent également la barre des 28 sevrés mais avec un taux de pertes de truies de 15 % contre 4 % en Bretagne. « Une question de génétique », avance Philippe Le Vannier, pour expliquer ces pertes. Au total, la truie bretonne produit 2098 kilos de carcasse. Les Danois sont largement distancés (ils abattent plus légers). Seuls les Pays-Bas résistent avec 2065 kilos produits. En terme d’indice de consommation, les Bretons sont dépassés par les Hollandais (2,8 contre 2,73). « Ils nourrissent à sec et 100 % de l’aliment est acheté », précise le technicien. Les bâtiments y sont plus récents et les densités sont respectées. L’Espagne souffre globalement de ses faibles performances techniques.

Des céréales et des ports à proximité

Grâce à ses centrales d’achat, ses ports, la fabrication à la ferme et la proximité des régions céréalières, le prix de l’aliment en Bretagne (199 €/t en moyenne 2006-2010) se situe au deuxième rang, après l’Allemagne (197 €/t) qui bénéficie des mêmes avantages et du transport fluvial. Seule l’Espagne (234 €/t) décroche sur ce paramètre (importation d’aliments et transport plus onéreux). Le coût de gestion des effluents donne un nouvel avantage à la Bretagne. Seule l’Espagne fait mieux. Les Pays-Bas ont un coût nettement supérieur en raison de l’obligation d’exporter vers l’Allemagne de plus en plus exigeante sur les normes sanitaires. En Allemagne aussi, ce coût de gestion est élevé en raison du transfert inter région. Malgré un prix du béton supérieur aux pays nordiques, la place de maternité ou d’engraissement n’est pas plus élevée que chez ces voisins. « Aux Pays-Bas, les éleveurs doivent acheter des droits à produire qui atteignent 300 € par truie ou 125 € la place d’engraissement ». Le prix du foncier joue de drôles de tours aux Danois, majoritairement propriétaires  (30 000 €/hectare). Sa baisse actuelle plombe le bilan des exploitations et rend l’accès au crédit plus difficile (prêts hypothécaires). Sans parler de l’installation, quasiment impossible hors cadre familial. La structure même des exploitations bretonnes est un atout dans la compétition européenne. « Les élevages sont naisseurs engraisseurs à 95 %, avec un lien au sol relativement fort. Ils permettent une bonne maîtrise du sanitaire en évitant les flux d’animaux, de plus en plus nombreux dans le nord de l’Europe. Les éleveurs sont certains de remplir leurs bâtiments ». L’engraissement valorise la partie naissage, plus exigeante, plus technique.  Bernard Laurent

Photo : La productivité des élevages bretons n’a rien à envier aux autres bassins de production européens. La rentabilité ne permet pourtant pas d’investir suffisamment pour moderniser les bâtiments.


Une sortie de route est envisageable
A la lecture de l’étude des coûts de production des différents bassins de production européens, tout serait pour le mieux à la pointe occidentale de l’Europe. Il n’en est rien, tempèrent Emmanuel Lemercier et Philippe Le Vannier. Malgré des performances techniques inégalées, la rentabilité des élevages bretons est faible. Le prix du porc est trop bas depuis plusieurs années. L’EBE dégagé est insuffisant et la Bretagne prend du retard au niveau des investissements productifs. Les annuités qui découlent de cette modernisation nécessaire des bâtiments, comparativement peu élevées, expliquent aussi le faible coût de revient du porc, par rapport aux autres bassins. « Il faudrait 30 € d’EBE par porc. Nous n’en sommes qu’à 18 € de moyenne sur les 5 dernières années ». La mise aux normes bien-être prend du retard par rapport aux Danois et Hollandais (30% réalisées en Bretagne contre 40 à 50%). Les Allemands n’en sont qu’à 20% de réalisées mais beaucoup d’éleveurs s’orientent vers l’engraissement avec achat de porcelets, notamment aux Pays-Bas. L’Espagne a pris du retard. « Les bâtiments appartiennent aux éleveurs mais les animaux sont la propriété d’intégrateurs, d’où d’intenses négociations ». Les revenus complémentaires, dégagés par l’activité de production d’énergie (unités de méthanisation en Allemagne ou photovoltaïque) n’existent pas en Bretagne. L’ancienneté des bâtiments bretons fait peser la menace d’une baisse de performances techniques. Les freins administratifs accentuent le problème. Enfin, la difficulté des professionnels à travailler vers une stratégie commune et la rentabilité de la filière aval sont des écueils supplémentaires qui perturbent bien moins les pays nordiques, mieux organisés.

lu sur Paysan Breton. fr à http://www.paysan-breton.fr/article/12654/les-bretons,-champions-d’europe-de-technique-porcine.html

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