La pause déjeuner se réduit comme peau de chagrin

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Les salariés consacrent désormais 22 minutes en moyenne à la coupure de midi, contre plus d’une heure et demie il y a vingt ans. Conséquence : ils grignotent davantage et se déconcentrent plus facilement.

La longue pause entre collègues à l’heure du déjeuner a vécu. L’intensification des rythmes de travail a eu raison de cette coupure traditionnelle, dont la longueur s’est réduite comme peau de chagrin ces vingt dernières années. Alors que les salariés s’arrêtaient volontiers plus d’une heure et demie pour se sustenter dans les années 1990, ils ne consacrent désormais pas plus de 22 minutes en moyenne à ce rituel.

«La pause déjeuner est devenue la variable d’ajustement de la journée de travail, explique Anne-Sophie Godon, directrice de la prévention au sein du groupe de protection sociale Malakoff Médéric, qui publie ce mardi une étude sur le sujet. Le contenu de la journée s’est densifié, tandis que la distance entre le travail et le domicile a plutôt tendance à progresser. Dans ce contexte, les salariés n’ont d’autre choix que de rogner sur la pause du midi». Les femmes sont encore plus concernées que les hommes, beaucoup d’entre elles préfèrant prendre le minimum de temps à midi dans l’espoir de partir plus tôt du travail, constate Odile Renard, médecin du travail à Paris.

Les salariés apportent de plus en plus leur repas

Avec la diminution du temps consacré au déjeuner, c’est la nature même du repas qui a changé. Une évolution perceptible ces toutes dernières années encore, souligne l’étude. Depuis 2009, le nombre de salariés qui rentrent chez eux pour déjeuner n’a cessé de diminuer (29% des personnes interrogées en 2011 contre 34% en 2009), de même que ceux qui se rendent dans un restaurant d’entreprise (19% au lieu de 22%). En revanche, la part de ceux qui avalent un sandwich en guise de repas progresse encore de 2 points en 2011 par rapport à 2009.

Le raccourcissement de la durée de la pause déjeuner n’est pas toujours synonyme de «malbouffe». La part des salariés qui amènent leur pitance au travail, après l’avoir préparée chez eux, est en constante augmentation. Près d’un tiers déclarent aujourd’hui le faire fréquemment, les femmes étant là encore surreprésentées. «Les Français cherchent à manger plus équilibré, c’est une tendance sociologique lourde. Apporter son repas, c’est une façon de maîtriser son alimentation. C’est aussi un moyen de faire des économies», remarque Anne-Sophie Godon. La crise est passée par là.

Baisse de concentration

Sandwich ou plat préparé à l’avance, la réduction du temps de pause n’en a pas moins des effets pervers. «Quand on mange vite, on n’a pas le temps de se sentir rassasié. La sensation de satiété n’intervient qu’au bout d’un quart d’heure environ. Et quand on mange devant son ordinateur, c’est pire : on ne fait même pas attention à ce qu’on avale. Résultat, on aura tendance à grignoter dans l’après-midi», explique Patrick Serog, médecin du travail. En 2011, 39% des salariés avouent grignoter régulièrement, soit deux points de plus qu’en 2009. «Faire une réelle pause, de trois quart d’heure environ, est capital, estime aussi Odile Renard. Sans cette coupure, le stress s’accumule».

La santé du salarié n’est pas seule en jeu. Pour l’entreprise non plus, la pause déjeuner n’est pas du temps perdu. Un salarié qui ne s’arrête pas et ne coupe pas ne serait-ce que vingt minutes avec son environnement de travail est un salarié qui risque de perdre en concentration. «L’attention a ses phases. On peut être réellement attentif pendant quarante cinq minutes ou une heure, mais rarement davantage. Si l’on se restaure dans son environnement de travail habituel, à son bureau par exemple, la concentration diminue encore plus vite, et on fait des erreurs», prévient Patrick Serog. Ceci sans compter qu’un bureau où l’on mange accueillerait selon Monster 400 fois plus de bactéries que des toilettes normalement entretenues.

» VOS TEMOIGNAGES - Et vous, prenez-vous le temps de déjeuner? Préparez-vous votre repas à l’avance ou l’achetez-vous près de votre travail? Partagez votre expérience dans les commentaires ci-dessous ou par email à l’adresse temoin@lefigaro.fr.

Publié sur Le Figaro;fr à http://www.lefigaro.fr/vie-entreprise/2011/09/27/09008-20110927ARTFIG00723-la-pause-dejeuner-se-reduit-comme-peau-de-chagrin.php

 

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