Créativité : pour les femmes, une idée ne vaut que si elle prend forme

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Créativité : pour les femmes, une idée ne vaut que si elle prend forme

© REA

On conçoit mal, aujourd’hui, un groupe de réflexion sans femmes. Plus imaginatives, elles seraient aussi plus aptes à envisager un projet ou une idée sous un angle pratique.

Lorsque j’arrive en séminaire de créativité et que je n’aperçois aucune femme, je panique !» confesse Luc de Brabandere. Auteur d’une «Petite philosophie des grandes trouvailles» (Eyrolles), le directeur associé du Boston Consulting Group parcourt le monde depuis des années pour proposer des séminaires sur la créativité. Son expérience l’a fermement convaincu de l’importance de la mixité pour stimuler l’imagination et l’inventivité.

Une position qui avait déjà été exprimée auparavant : en 1997, deux chercheurs néerlandais, Schruijer et Mostert, ont mené une expérience au cours de laquelle des groupes exclusivement féminins, d’autres exclusivement masculins, et des groupes mixtes étaient invités à formuler des idées sur des thèmes donnés. Les équipes les plus prolifiques ? Les ensembles mixtes, bien sûr.

Les hommes et les femmes ont des manières tellement différentes d’aborder les problèmes que leurs apports se complètent avantageusement. «De façon plus générale, c’est la diversité des points de vue et des tournures d’esprit qui favorise la créativité, reprend Luc de Brabandere. Ce contraste salutaire peut être produit par la réunion de littéraires et de matheux, de personnes de nationalités ou de cultures différentes, de jeunes et de vieux, d’hommes et de femmes.» Autrement dit, le principal ennemi de l’inventivité est la pensée unique.

Intérêt pour la 
réflexion à long terme : avantage aux hommes

Plus pragmatiques, les femmes seraient-elles, en contrepartie, moins inventives ? Une chose est sûre : elles préfèrent s’attaquer
à la question du «comment ?» qu’à celle du «quoi ?», qui relève de la créativité stratégique. Autrement dit, elles semblent davantage intéressées par la mise en œuvre des moyens qui permettent d’atteindre un but que par la définition du but lui-même. «Ce que j’aime, c’est apporter des solutions concrètes et sur mesure aux problèmes de mes clients», indique Sophie Reynal, fondatrice d’Allia Finance (conseil en fusions et acquisitions). Résultat : dans la plupart des entreprises, ce sont des hommes qui sont chargés de la réflexion à long terme.

Un partage des tâches qui ne surprend pas dans les secteurs traditionnellement masculins. Chez Renault, par exemple, Yves Dubreil, qui occupe les fonctions de directeur de la recherche, travaille main dans la main avec son adjointe, Dominique Levent, directrice de la cellule Créativité vision (lire l’encadré). Plus étonnant : cette surreprésentation masculine aux postes de réflexion stratégique se retrouve aussi dans des secteurs presque exclusivement féminins. Chez Caudalie, par exemple, 97% des salariés sont des femmes. Mathilde Thomas a cofondé la marque cosmétique avec son mari, Bertrand.

Mais, dans le couple, c’est lui qui s’occupe davantage de créativité. «On ne pense pas de la même manière, reconnaît Mathilde Thomas. Bertrand a une vision stratégique de l’entreprise, il anticipe. Moi, je suis plus intéressée par la déclinaison du concept à travers les produits.» Opposition classique entre abstraction masculine et bon sens féminin ? «Les hommes sont plus enclins à être dans la prospective. Parfois même de façon un peu stérile !» affirme Jean-Albert Meynard, chef de service de psychiatrie au Centre hospitalier de La Rochelle et auteur de l’essai «Le Sexe du cerveau» (L’Archipel).

Originalité des idées : avantage aux femmes

Moins préoccupées par la définition de la stratégie, les femmes sont en général plus libres dans leur expression que les hommes, sans cesse en train de peser la portée de leurs propos. Qui n’a jamais vécu ces réunions de brainstorming où chacun, tétanisé à l’idée d’émettre une idée qui déplaise au patron, attend que ce soit le voisin qui parle en premier ? «La créativité des femmes n’est pas bridée par des calculs politiques, qui freinent la libre expression des hommes, estime Luc de Brabandere. Elles assument cette forme de risque qui consiste à dévoiler ses opinions, ses impressions.»

Anne Drevon, fondatrice du cabinet ADN, définit la créativité comme une «percée». Et pour réussir cette percée, les femmes ont un comportement parfois plus adéquat. «Lorsqu’elles sont impliquées dans un projet, elles sont soucieuses d’éviter de perdre du temps en guerres de territoire», confirme Marie Vézy, DRH chez Schneider Electric. Ce qui les rend souvent moins complaisantes, plus critiques et plus à même d’envisager une question sous des angles nouveaux. «Lors d’une négociation financière, je suis franche, rapporte Sophie Reynal, la fondatrice d’Allia Finance. Je ne joue pas au billard à cinq bandes, ce qui me permet de faire avancer les choses. Mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas une idée précise de mon objectif : mon livre de chevet est tout de même “L’Art de la guerre”, de Sun Tzu !»

Virginie Riva

source: Capital.fr

http://www.capital.fr/carriere-management/dossiers/les-femmes-meilleures-que-les-hommes-au-travail-628821/creativite-pour-les-femmes-une-idee-ne-vaut-que-si-elle-prend-forme/(offset)/1

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