Triskalia, L’ambition d’être proche et compétitif

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Quelques mois après le démarrage, quel bilan pour Triskalia ?
Nous avons regroupé l’ensemble des membres des anciens conseils d’administration au sein de la nouvelle coopérative. Les commissions ont été élargies. Avec les sections territoriales et les sections spécialisées par métier, nous avons croisé les représentations, pour avoir une vie coopérative riche. Ce choix permet de bien mailler le territoire et de susciter des réflexions dans les différents métiers. Le comité exécutif est en place depuis octobre. Pour l’activité agro-fournitures la Bretagne est organisée en 6 territoires et 21 régions. Sur le terrain, la concurrence est vive, notamment dans une partie des Côtes d’Armor. Nous estimons que Triskalia agit dans une logique économique, se réorganise, densifie ses réseaux, tout en apportant les meilleurs conseils aux agriculteurs.

Comment se concrétise la réorganisation sur le terrain ?
Un travail remarquable a été réalisé. Le premier enjeu était le réseau de magasins et les technico-commerciaux. La 
réorganisation se fait métier par métier, région par région 
à un rythme que nous avons choisi. Certains postes sont supprimés, d’autres sont créés. Dans une entreprise de cette taille, on ne peut vivre qu’en décentralisant avec méthode 
et cohérence. Chaque territoire procède à sa réorganisation dans une logique d’ensemble définie par la direction. Dans un premier temps, une vingtaine de magasins très proches les uns des autres ont été fermés, sans conséquence sociale. L’optimisation de l’organisation se fait progressivement, 
en conservant la proximité avec les adhérents. Nous privilégions le reclassement interne des salariés et le congé de mobilité, s’il le faut. Un accord vient d’être signé avec les partenaires sociaux pour cette 
démarche qui s’étalera jusqu’en octobre 2012. Nous avons ainsi assuré la cohésion sociale 
de l’entreprise.
Dans les métiers de l’agroalimentaire, vous avez partagé votre pouvoir de décision. Avez-vous l’intention d’augmenter vos participations ? 
Nous voulons travailler avec des partenaires qui seront là demain. L’enjeu n’est pas forcément d’être majoritaire dans les outils mais d’être dans un schéma avec des partenaires 
de référence sur des métiers 
pérennes. Qu’il s’agisse de Socopa/Bigard en viandes, de Laïta en lait, de Gelagri avec Bonduelle (numéro 1 mondial du légume), en légumes surgelés, nous considérons que nous avons fait les bons choix stratégiques dans les filières d’aval. En volailles, nous assurons la pérennité de la filière en nous appuyant sur un partenaire interne solide (Ronsard) et sur un partenaire externe, LDC, leader français. À chaque fois, nous nous adossons à des partenaires qui ont la capacité à nous conduire vers des schémas économiques gagnants.  
La distribution accepte difficilement les hausses de prix. Avez–vous réussi à les répercuter ? 
Dans certaines filières (lait, volailles), nous avons pu passer quelques hausses. Elles restent insuffisantes et doivent être étendues à toutes les filières, dont le légume et les autres viandes. C’est un bras de fer permanent avec les GMS, mais ce débouché est essentiel et plus stable que celui des produits industriels. L’industrie agro-alimentaire est encore trop dispersée, il faudra poursuivre les restructurations. 
Quelle est votre position sur la contractualisation ? 
Par nature, les coopératives fonctionnent en relation contractuelle permanente avec leurs producteurs. C’est une aberration économique de croire que les prix seront régulés par la seule contractualisation. Pour y arriver, il faudrait passer le même type de contrat avec les GMS. Dans un accord de contractualisation, il y a trois notions : la quantité, le prix et la durée. Le prix ne peut évidemment pas être garanti sur une longue durée. 
Par contre, nous pouvons garantir que nous serons dans le marché. Nous proposons la contractualisation aux jeunes pour leur apporter une visibilité économique à l’installation, et une crédibilité vis-à-vis des banques. Par exemple, cela est en place depuis plus de 10 ans en porc avec le contrat « Nouvel investisseur ». La contractualisation ne nous inquiète pas, mais nous n’en attendons pas de solutions 
miracles, notamment sur la
régulation des prix. 
Faut-il mettre en place des mécanismes de lissage de prix entre céréaliers et éleveurs ? 
Chacun doit être dans le marché, c’est la position du conseil d’administration. Avec la solution acompte et complément de prix, nous sommes dans la réalité du marché des céréales. Cette pratique amortit les amplitudes et offre un prix moyen sur la campagne. Cependant, nous regardons avec attention le principe d’un éventuel 
accord céréalier-éleveur. Sans en attendre des résultats immédiats, nous ne sommes pas hostiles à des accords sur un prix moyen de céréales sur plusieurs campagnes pour une partie de la production. Pour le reste, il faut être connecté au marché. En diluant ainsi une partie des risques, les éleveurs pourraient mieux prévoir l’évolution de leur coût alimentaire.
Quels messages adresserez-vous aux éleveurs lors des prochaines assemblées ? 
Triskalia veut aider les éleveurs 
à acquérir plus de technicité et leur assurer des débouchés pour améliorer leur revenu. 
L’agriculture est une activité 
économique, face à des attentes sociétales qui évoluent. Il faut trouver un juste équilibre entre le revenu de l’agriculteur et le résultat de la coopérative. Quand celle-ci dégage un résultat, une partie doit être redistribués aux adhérents, mais cela ne doit pas se faire au détriment du financement des investissements qui permettront d’améliorer encore la valeur ajoutée. La performance globale de la coopérative est essentielle sur le plan économique et managérial. La nouvelle coopérative Triskalia a franchi un palier supplémentaire, encourageant pour l’avenir. Propos recueillis par Patrick Bégos 
 

Photo : Denis Manac’h, président de Triskalia (à droite) et Dominique Ciccone, directeur général. 
source: Paysan Breton (journal)
http://www.paysan-breton.fr/article/11643/l’ambition-d’etre-proche–et-competitif.html

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