Roberto Cirillo, DG France de Sodexo, concocte le futur de Sodexo

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Grand voyageur, gros bosseur, cet Italo-Suisse s’est hissé en trois ans au top management du numéro 1 mondial de la restauration. A 38 ans, cela ressemble à un beau début…

C’est vous le professionnel, je vous fais confiance», répond Roberto Cirillo au photographe qui lui explique la façon dont il souhaite le mettre en scène. Alors que l’attaché de presse semble peu emballé à l’idée de voir le directeur général de Sodexo France jouer les marmitons face à l’objectif, l’élégant Italo-Suisse se prête au jeu avec une infinie patience.

Son emploi du temps ne lui laisse pourtant que peu de répit. Depuis septembre dernier, en plus de son poste de directeur de la stratégie et de l’innovation du groupe, il a en effet pris la direction générale du marché français, le berceau historique de Sodexo, qui, avec 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur un total de 14,7 mil liards en 2009, reste le premier champ d’action du groupe. A ce titre, Roberto Cirillo, à peine 38 ans, fait partie des cinq directeurs généraux adjoints de l’entreprise, véritable garde prétorienne de Michel Landel, big boss du numéro 1 mondial de la restauration.

Au cœur de 100 métiers. Deux toques pour réussir un même plat : la croissance de Sodexo. La France sert en effet de laboratoire mondial pour les «solutions de services sur site». Autrement dit la restauration collective et le «facility management» (entretien, gardiennage, crèche, maintenance technique…). Un secteur en pleine expansion car les entreprises tendent à externaliser ces prestations pour se concentrer sur leur cœur d’activité. Du coup, le groupe fondé par Pierre Bellon ajoute de plus en plus souvent le gîte au couvert. «Rien que sur le marché français, nous exerçons aujourd’hui plus de 100 métiers», souligne le nouveau DG France. Cette offre de facility management, qui représente 27% du chiffre d’affaires du groupe, devrait grimper à 40% en 2015. «Et diriger un pays me permet d’être en prise directe avec le marché comme avec l’évolution de notre métier», souligne Roberto Cirillo avec son accent chantant.

Une transformation que le jeune patron a observée de près durant les deux ans et demi passés dans l’arrière-cuisine, alors qu’il n’était chargé «que» de la direction du plan stratégique et de l’innovation. «Quand j’ai été nommé à ce poste en 2007, Michel Landel m’a demandé de simplement commencer par prendre le temps de rencontrer les gens et de les écouter.» Une façon de protéger une recrue de choc dont l’entrée à 35 ans au comité exécutif aurait provoqué quelques grincements de dents ? «A ce niveau-là, on ne peut imposer personne, rétorque Michel Landel. Il ne doit sa légitimité qu’à ses grandes compétences.» Quoi qu’il en soit, Roberto Cirillo, qui aime être au contact de ses troupes et qui cultive une passion pour les voyages, va être bien servi.

Globe-trotteur. Durant quatre mois, il rencontre plus d’une centaine de managers et fait, littéralement, le tour du monde, allant jusqu’au cœur de la Papouasie, en pleine jungle équatoriale, où Sodexo a installé une de ses nombreuses «bases vie» (villages autonomes pour milieux extrêmes) près d’une exploitation gazière. «Bien que je sois ingénieur de formation, les chiffres ne me suffisent pas. J’ai besoin de toucher, de tester mes idées sur le terrain.»

Après cette phase d’écoute, qui lui a permis de «relier la réalité d’un groupe comme Sodexo et les techniques apprises durant huit ans chez McKinsey», il passe derrière les fourneaux. Et la sauce prend. Un jour il aide la filiale russe à établir un plan de développement, le lendemain il joue les «go-between» entre des clients américains et italiens qui ne parviennent plus à se parler. Parallèlement, il s’entoure d’une brigade d’une dizaine de hauts potentiels, qu’il se charge de former pour qu’ils l’aident à identifier les gisements de croissance. «Dans les premières semaines, il s’investit à fond pour nous faire monter en puissance, raconte Yannick Villar, qui a travaillé plus de deux ans sous ses ordres et est aujourd’hui directeur stratégie et développement grands comptes. Mais, dès qu’il nous sent prêts, il nous laisse une autonomie totale, tout en restant disponible, même si, avec son emploi du temps, les réunions se tiennent parfois entre deux ascenseurs.»

Christoph Aumüller, directeur de la stratégie Europe, autre Cirillo boy, évoque, lui, «le parfait mélange entre la rigueur germanique et la convivialité latine». De fait, Roberto est né en Suisse alémanique de parents émigrés italiens. Il possède la double nationalité et parle couramment quatre langues (italien, allemand, anglais et français). Elevé par une mère institutrice et un père ouvrier, il est l’aîné de trois enfants et se souvient d’«une enfance très heureuse».

Pur produit de la méritocratie républicaine, il obtient d’excellents résultats qui lui permettent de bénéficier d’une bourse d’Etat, puis de décrocher le diplôme d’ingénieur de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Une école où il jouera trois ans les enseignants-chercheurs, spécialisé dans les mathématiques appliquées à l’ingénierie et à l’électronique, avant de rejoindre McKinsey, à la suite d’un entretien où il s’était rendu pour se tester face à des recruteurs réputés très durs.

Rester soi-même. Aujourd’hui, alors qu’il occupe l’un des postes les plus stratégiques d’une multinationale, lui arrive-t-il de regarder le chemin parcouru ? «Vu d’où je viens, effectivement, le parcours peut paraître impressionnant, répond notre homme en triturant son bracelet balinais. Mais je n’y pense jamais, la seule chose qui m’importe, c’est de rester moi-même et de continuer à avancer.»
Lui qui s’est retrouvé chez Sodexo presque par hasard – il était sur le point de signer ailleurs et ne connaissait même pas le groupe deux mois avant de prendre ses fonctions – fi gurerait aujourd’hui en bonne place pour prendre la succession de Michel Landel (58 ans) quand celui-ci décidera de passer la main. Roberto Cirillo y pense-t-il parfois en se rasant ? «J’ai déjà bien assez à faire avec mon travail actuel. Pour le reste, j’irai là où l’on aura besoin de moi.» Et fin politique avec ça !

Emmanuel Botta

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