Agroalimentaire, la « success story »

La commune d’Ancenis (Loire-Atlantique) a cette particularité bénie de compter autant d’emplois que d’habitants, soit environ 7 000. Deux entreprises font vivre le gros des troupes : le fabricant de chariots élévateurs Manitou, 2 000 salariés, et la coopérative agricole Terrena, 1 200 employés. La première, société familiale et fierté locale, a subi de plein fouet la crise mondiale et a dû réduire ses effectifs. La seconde a maintenu son activité.

VÉGÉPOLIS, PÔLE DE RECHERCHE SUR LES VÉGÉTAUX
Dans les années 1980, a été créé, à Angers, un pôle de recherche, spécialisé dans les végétaux. En 2005, il a été labélisé par l’Etat « pôle de compétitivité à vocation mondiale ». Végépolys concerne aujourd’hui 4 000 entreprises de la région, 420 chercheurs et 2 500 étudiants. Il comprend huit filières : horticulture ornementale, maraîchage, semences, arboriculture, viticulture, plantes médicinales, champignons, cidre et tabac. En 2009, Végépolys a investi 35 millions d’euros dans des projets agronomiques très divers qui pourraient bientôt se retrouver dans les assiettes des consommateurs. Le conseil régional finance une partie de ses activités.

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A Cholet (Maine-et-Loire), où le taux de chômage est un des plus bas de France (6 %), Charal est le troisième employeur privé de la ville, avec un millier d’emplois. Tandis que les salariés des deux premiers employeurs du secteur, Michelin et Thalès, frémissent au gré des restructurations mondiales de leurs sociétés, le spécialiste de la viande poursuit son bonhomme de chemin : il a doublé ses effectifs en dix ans. Il a pris le relais des industries d’antan, textile ou cuir, qui sont parties chercher ailleurs de la main-d’oeuvre à bas coût.

Les exemples peuvent ainsi être multipliés : l’agroalimentaire a amorti les difficultés économiques de la région puisque, crise ou pas, il faut bien manger pour vivre. Quand les chantiers navals de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), hier triomphants, sont à bout de paquebot, carnets de commande vides, les Fermiers de Loué (Sarthe) restent en croissance constante et assurent 3 000 emplois. Quand le géant suédois SKF délocalise la production de son usine de Fontenay-le-Comte (Vendée), Fleury Michon garde ses activités sur les trois sites du département (3 000 employés), tout comme Sodeb’O à Saint-Georges-de-Montaigu (1 900 salariés).

Alors que vacillent les autres piliers de l’économie, les Pays de la Loire se souviennent qu’ils sont une terre nourricière. L’agriculture et l’industrie agroalimentaire sont le premier employeur de la région et représentent quelque 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Deux des trois plus grandes sociétés régionales (Lactalis et Terrena) émargent à ce secteur.

Deuxième région agricole derrière la Bretagne, les Pays de la Loire cacheraient presque cet accessit. « Ici, on ne cherche pas à avoir le plus gros tracteur du village », résume Yves de la Fouchardière, directeur général des Fermiers de Loué. « Les gens n’aiment pas l’esbroufe », confirme Michel Aubinais, directeur général de la chambre régionale d’agriculture. Les sièges sociaux sont austères, à l’image des mentalités régionales, encore empreintes des valeurs judéo-chrétiennes et de l’esprit mutualiste. Les entreprises restent souvent à capitaux familiaux et locaux, ce qui limite les envies d’ailleurs.

L’air de rien, les Pays de la Loire s’imposent ainsi sur les étals français, à la manière de Terrena, première coopérative nationale, qui regroupe 25 000 éleveurs et agriculteurs. Un poids lourd presqu’inconnu du grand public mais qui inonde les supermarchés avec des marques comme Paysan breton ou Douce France. 3,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 11 000 salariés au total, bref une success story des campagnes. « Dans la région, tout pousse sauf l’olivier », assure Hubert Garaud, son président, pour expliquer cette réussite.

Producteur de lait et de volailles, cet éleveur mélange le goût de la convivialité et un sens aiguisé des affaires, notamment lorsqu’il évoque les axes stratégiques de Terrena. Dès les années 1970, quand d’autres étaient obnubilés par les rendements et les subventions européennes qui en découlaient, les membres de la coopérative se sont mis « à l’écoute des consommateurs ». Ils ont tenté de devancer leurs attentes, se sont investis dans la recherche nutritive, la santé alimentaire, le bien-être animal, l’environnement, un peu par conviction, un peu pour coller au marché. Un exemple de ce pragmatisme : Terrena a conduit des essais génétiques tout en installant des filières sans OGM… « Nous nous sommes demandé si cette technique était validée par la société. Nous avons constaté que non. Nous avons donc arrêté », raconte M. Garaud.

« Nous recherchons la valeur », résume le président de Terrena. La région s’est ainsi installée dans les filières où se trouvait la plus-value et a notamment investi dans la qualité. Les labels sont nés ici, avant même que la loi française ne les sacralise.

Les Fermiers de Loué en revendiquent la paternité. « Dans les années 1950, alors que la France avait encore faim et que les agriculteurs avaient pour mission de la nourrir, à un moment où la chimie entrait dans les champs, a germé ici l’idée de maintenir une production traditionnelle, raconte M. de La Fouchardière. Cela semblait passéiste, mais la réussite est arrivée assez vite et on a servi de référence. » Devenus, un demi-siècle plus tard, la première région pour les labels, les Pays de la Loire sont aussi en tête des régions productrices de bio. Une image flatteuse mais qui ne saurait faire oublier que l’agriculture intensive a aussi laissé son empreinte, par exemple sur la qualité de l’eau : 83 % du territoire est classé en zone vulnérable pour les nitrates.

Toujours ce pragmatisme, dans les propos de M. de la Fouchardière. « Les agriculteurs de la région ont l’oreille sensible. Quand le consommateur ne voudra plus de quelque chose, il faudra changer. » « Ecouter le consommateur, être sensible à ce qu’on dit sur nous » : Jean Chavel, directeur général de Charal, reprend l’antienne. Son entreprise est un modèle de l’instinct de survie ligérien. Au milieu des années 1980, alors que les abattoirs locaux étaient frappés par une grave crise, il fut décidé de créer ex nihilo une marque de viande, « offrant une garantie de qualité, de sécurité et d’utilisation ». Après dix années difficiles, Charal a fini par s’imposer, à grands coups de marketing. Malgré son succès national, la société a gardé l’essentiel de ses sites dans la région et a même rapatrié son siège à Cholet, après avoir voulu un temps jouer les beaux à Paris.

« Ce genre d’entreprise ne peut se piloter à distance, assure M. Chavel. Nous n’avons aucun intérêt à délocaliser. Les producteurs sont ici. » « Je ne sais pas si c’est l’agriculture qui a maintenu l’industrie agroalimentaire ou l’industrie qui a maintenu l’agriculture », se demande Jean-François Cesbron, vice-président de la chambre régionale d’agriculture, en une version ligérienne de la poule et de l’oeuf. Les deux sont intimement liés.

Dans une région composite, coincée entre les personnalités bretonne, normande ou poitevine, d’aucuns regrettent même que ce succès agricole ne serve pas à se façonner une image, une cohérence. Selon un sondage, 92 % des Français interrogés connaissent le poulet de Loué, mais 22 % seulement sont capables de le situer dans la bonne région. « Qui sait que la Vendée est le premier producteur de charolais et le premier fournisseur de foie gras ? », interroge Jean Chavel. Les innombrables labels et AOC pourraient ainsi être un atout, l’affirmation d’un terroir, et donc d’une identité.

Benoît Hopquin

 


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