Le marché des produits halal : véritable business

8 min lues
1

vendredi 23 octobre 2009, par Laurence Gabet 

Conso. Les produits alimentaires halal prennent de plus en plus de place dans les étals des supermarchés. Comment l’étiquette « certifié halal » est-elle devenue un véritable enjeu du business alimentaire ? 

 

« Plats cuisinés zakia halal, toujours un régal ». A l’occasion du ramadan, une publicité pour des produits halal est diffusée pour la première fois en France sur de grandes chaines nationales telles que TF1 et M6. Déjà en juillet, la marque concurrente IslaDélice avait diffusé plusieurs millions d’affiches en France. 

Une grande marque comme Evian a fait certifier « halal » son eau, précaution destinée à certains marchés tels que le malaisien. Nestlé a depuis longtemps compris l’enjeu de ce business : c’est aujourd’hui lui qui produit le plus de produits halal dans le monde, avec un chiffre d’affaire de 2 milliards d’euros. 

Grande distribution : le business du « certifié hallal » 

« Halâl », en arabe, définit ce qui est autorisé pour les musulmans. Ce mot est aujourd’hui considéré comme un synonyme de « Dhabiha », c’est à dire la méthode d’abattage des animaux, selon des rites prescrits par la loi islamique. Un produit est halal est donc conforme à la tradition islamique. 

Si l’on compte 17 millions de consommateurs musulmans, le marché du halal représente 7 milliards d’euros et progresse de 15% par an. Le Salon « halal, ethnique et casher » témoigne de l’importance de ce marché. Ouvert en 2004 par Antoine Bonnel, il regroupe chaque année les tendances du moment : biscuits, burgers, yaourts, bonbon sans gélatine de porc, foie gras et champagne sans alcool. 

Les hypermarchés comptent bien entrer rapidement et massivement sur ce marché. C’est pourquoi on y trouve d’ores et déjà un rayon halal. De nombreuses marques se « convertissent » et proposent une gamme de produits halal : Herta, Panzani, Maggi ou Fleury-Michon. Les enseignes du hard discount investissent aussi ce marché. 

Le ramadan devient alors un véritable enjeu commercial. Les grandes surfaces tentent d’attirer les clients avec des aménagements stratégiques en magasin. Le marketing semble avoir découvert une communauté dont on peut largement profiter en terme de bénéfices. La course au profit aurait trouvé un nouveau masque : l’ouverture religieuse. 

Sous l’intolérance gastronomique, est tapie l’intolérance religieuse 

Les produits alimentaires halal prennent de plus en plus de place dans les étals des supermarchés, particulièrement là où les musulmans sont très présents. C’est donc le critère géographique qui commande et organise la présence de produits halal, plus que l’enseigne elle-même. Car La difficulté réside dans la satisfaction de tous les clients à la fois : ne pas négliger, choquer ou déplaire les autres clients. En effet, les publicités pour des produits halal, diffusées à des heures de grande écoute ont suscité de vives réactions de la part de laïcs convaincus. C’est pourquoi certaines enseignes rencontrent un problème de positionnement, elles ne veulent perdre aucun client. 

De la viande halal vendue comme non halal. Sans aller jusque là, KFC vend des viandes abattues selon le rite musulman mais sans aucune indication en magasin. Cela révèle bien qu’une partie des Français n’est pas encore prête à accepter les différences culturelles et religieuses. 

En revanche, le groupe Casino assume parfaitement sa position, notamment sur une affiche publicitaire : « Il y aura toujours un Géant Casino sur la route de vos vacances pour manger halal ». Cet exemple pourrait bien entraîner le coming out des autres grandes chaînes de distribution. 

Dérives et abus 

En 1990, l’Etat a autorisé seulement 3 grandes mosquées (Paris, Lyon, Evry – Courcouronnes) à délivrer des cartes de sacrificateur religieux ; celles-ci sont payantes. L’Etat ne garantie pas la conformité des produits. C’est donc aux organismes de contrôle qu’il faut se fier, pour la garantie de la qualité et l’origine des produits. 

La certification halal n’est pas inscrite dans le Code de la consommation et dès lors qu’il n’y a pas un réel encadrement légal, la falsification devient fréquente. L’aspect religieux et le bien être du consommateur sont aujourd’hui largement dépassés par une course aveugle au profit. 

L.G 

 

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par pepite
Charger d'autres écrits dans . AGRO .

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Ces produits qui vont flamber en 2011

Avec la hausse du coût des matières premières, de nombreux produits devraient connaitre un…