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La pêche en panne, l’industrie s’adapte

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Près de la moitié de la pêche fraîche française est d’origine bretonne mais, faute de matière première suffisante, le secteur ne cesse de décliner. Les industriels tablent sur la maîtrise de l’ensemble de la filière et poussent aux innovations.

Avec ses 2 200 kilomètres de côtes, la Bretagne occupe le premier rang de la pêche fraîche française. La Région concentre 45 % des armements et près de la moitié des équipages. Mais la filière est en souffrance, car la ressource se raréfie. Quant aux quotas imposés par l’Union européenne pour tenter de reconstituer les stocks, ils ont pour effet… de rallonger les temps de route nécessaires pour atteindre les zones de pêche. Résultat : les budgets en carburant des armateurs explosent.

Ce climat morose incite certains patrons pêcheurs à mettre sac à terre. Quelque 180 navires de pêche, dont près de la moitié immatriculée en Bretagne, vont être sortis de l’eau cette année. Leurs propriétaires recevront entre 150 000 et 600 000 euros par navire déchiré. Des professionnels reconnus, comme l’armement Jean Porcher, basé à Saint-Alban (Côtes-d’Armor), menacent de quitter le métier. Porcher exploite une quinzaine de chalutiers pêchant au large toute l’année.

La chambre de commerce et d’industrie de Quimper (Finistère), qui gère les sept ports bigoudens où sont traités près du tiers de la pêche fraîche française, tente de donner de nouvelles perspectives aux pêcheurs. Il est question de mutualiser les opérations de vente sous criée, de réduire le personnel portuaire, voire de fermer des ports de débarquement. Il y a urgence : le chiffre d’affaires généré par les professionnels finistériens a reculé de plus de 9 % entre janvier et août 2008.

Le conseil général du Finistère participe financièrement à la modernisation des plates-formes portuaires, avec une enveloppe de 20 millions d’euros. Il encourage également les regroupements de professionnels, comme c’est le cas avec les comités locaux des pêches (Audierne, Concarneau, Douarnenez, Le Guilvinec, et les ports du Nord-Finistère).

L’urgence de mutualiser les forces

Réunis sous une même bannière, les pêcheurs, qui ont vécu trente ans sur leurs acquis, tentent, désormais, de mutualiser leurs forces. Longtemps, les pouvoirs publics ont cru calmer la colère dans les ports par des aides financières (aides sociales, à la sortie de flotte, aux carburants, etc.), sans jamais proposer une véritable politique d’avenir. « Il y a urgence, explique-t-on dans les rangs du conseil régional de Bretagne. Si rien n’est fait pour redresser la barre, toute la filière risque de disparaître. » Outre les 7 000 marins-pêcheurs bretons embarqués, 20 000 emplois existent à terre (mareyage, transport-logistique, industrie), tout aussi menacés.

En 1990, les conserveurs bretons transformaient 76 000 tonnes de poissons (thon, maquereaux et sardines). Le volume est tombé à moins de 60 000 tonnes. Les sept thoniers de Saupiquet, filiale du groupe italien Bolton, ne rentrent plus à Concarneau et restent dans l’océan Indien. Quant à la conserverie Wanceslas Chancerelle, de Douarnenez (Finistère), elle vient de prendre une participation chez Belma, à Agadir (Maroc), pour sécuriser ses approvisionnements en sardines fraîches.

D’autres groupes s’accrochent, persuadés que la demande de poissons sauvages (40 % de la consommation des produits de la mer) continuera d’être très forte. Avec 17 bateaux, Scapêche, filiale du distributeur Intermarché, est le numéro 1 français (37,2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2007). « C’est un secteur stratégique pour l’enseigne qui peut ainsi proposer aux clients des poissons sauvages non soumis aux conditions des intermédiaires », explique Fabien Dulon, le directeur général.

Maîtriser les coûts et parfaire la stratégie

Intermarché perdait de l’argent dans la pêche fraîche (2 millions d’euros de déficit en 2007), mais son investissement commence à être rentable, car le groupe s’est engagé dans la transformation. Des extensions pour un montant global de 10 millions d’euros sont en cours dans ses deux usines de Lorient et de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).

Scapêche possède aussi, dans le Finistère, la conserverie Capitaine Cook et les Viviers de la Méloine (9 000 tonnes de coquillages par an). L’armateur innove et en fait profiter toute la filière française de la pêche. Scapêche est à l’origine d’une nouvelle organisation des campagnes de pêche. Ses chalutiers, basés dans le nord de l’Ecosse, rentrent très rarement à Lorient, leur port d’attache. La relève des équipages se fait grâce à l’avion de l’entreprise qui transporte les marins entre la Bretagne et l’Ecosse. « Le gain de temps est indéniable », précise Fabien Dulon.

Le groupe Le Graët, basé à Plélo (Côtes d’Armor), est l’autre opérateur de premier plan (147 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2007). Noël Le Graët a créé le Groupe Fipêche et noué un partenariat avec plus de 900 bateaux de pêche côtière. Cela lui permet d’acheter, dans 16 ports du Grand Ouest, la matière première dont il a besoin pour ses usines. Avec sa filiale industrielle Celtarmor, il achète des coquilles Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc qu’il transforme et vend en surgelé.

Le Graët investit 16 millions d’euros pour porter de 20 000 à 30 000 tonnes par an, les capacités de production de sa filiale Celtigel, spécialisée dans les plats cuisinés à base de poissons. Le développement du groupe passera par la maîtrise de sa matière première. Une nécessité renvoyant aux axes de recherche du pôle de compétitivité Mer Bretagne : rendre plus facile le repérage des bancs de poissons et réduire les consommations d’énergie des bateaux (lire l’encadré ci-dessous).

Favoriser le potentiel commercial

L’autre stratégie des industriels consiste à exploiter des espèces moins nobles, mais à fort potentiel commercial. C’est le choix effectué par la Compagnie des Pêches de Saint-Malo, ex-Comapêche. Spécialisée dans la pêche à la morue au large de Terre-Neuve, elle s’est restructurée après la suppression des quotas par les Canadiens. Elle dispose aujourd’hui de trois navires qui pêchent le merlan bleu dans les mers australes et le transforme en surimi.

Quant aux deux usines (250 salariés) de la Compagnie malouine, elles créent des produits finis destinés à la grande distribution. Grâce à son modèle économique, La Compagnie des Pêches de Saint-Malo maîtrise l’ensemble de la filière avec une parfaite traçabilité.

L’avenir n’est pas complètement bouché pour la pêche fraîche bretonne, mais beaucoup de temps a été perdu. Les armateurs se sont trop longtemps contentés de ramener à quais leurs volumes, sans se préoccuper de la transformation… .

Publié par l’Usine Nouvelle  http://www.usinenouvelle.com/article/la-peche-en-panne-l-industrie-s-adapte.N63678

Par DE NOTRE CORRESPONDANT,STANISLAS DU GUERNY – Publié le 06 novembre 2008 à 00h 00 | L’Usine Nouvelle n° 3122

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