CRISPR Cas9, une technique révolutionnaire pour modifier le génome

Une nouvelle méthode de génie génétique permet de modifier le chromosome en ôtant une zone portant un caractère à éliminer ou, au contraire, y ajouter des gènes d’intérêt

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- © Stanislav Dusko Ehrlich-Inra

Prononcez approximativement « Crisper Case 9 » ce nouvel acronyme qui s’écrit officiellement CRISPR-Cas9 (1). En tout cas, retenez ce nom qui, régulièrement, donne lieu à des articles dans la presse professionnelle mais aussi grand public et continuera à alimenter les magazines.

Au cours du séminaire Bioporc qui s’est déroulé à Rennes en décembre dernier, Alain Ducos, professeur à l’École vétérinaire de Toulouse, a présenté cette méthode de génie génétique « dont toute la communauté scientifique parle ». Elle permettrait de modifier, supprimer ou remplacer un gène des cellules animales ou végétales de façon précise, rapide et relativement peu coûteuse. Avec d’incroyables perspectives chez l’homme et chez l’animal mais avec aussi des questions éthiques, économiques et réglementaires en suspens.

Les applications potentielles de ce nouvel outil de génie génétique sont considérables : des applications biomédicales en particulier dans le traitement des maladies génétiques orphelines, des animaux modifiés tels que des moustiques qui ne pourraient plus transmettre le paludisme, et, bien entendu, des applications dans le domaine de la sélection des animaux d’élevage. Alain Ducos, professeur à l’ENVT n’a pas dissimulé son enthousiasme – mais aussi ses réserves – sur cette technique qu’il a qualifié d’emblée de révolutionnaire.

Une « paire de ciseaux génétique »

Pour schématiser, elle consiste à utiliser une enzyme bactérienne et un « dispositif de guidage », le Cas9. Celui-ci détecte la zone d’ADN où « intervenir », et l’enzyme va « couper » les deux brins qui constituent l’ADN à l’endroit précis recherché, par exemple une séquence à l’origine de maladies orphelines, d’une sensibilité aux maladies, etc. La technique permet aussi de « réparer » une anomalie en incluant une séquence d’ARN manquante (voir schéma). Voilà qui explique que la méthode ait pu être baptisée le « couteau suisse de la génétique » dans les magazines grand public.

En soi, la méthode n’est pas totalement nouvelle puisque dès les années 2000 les chercheurs étaient parvenus à produire des cellules transgéniques par micro-injection. Ce qui change c’est l’incroyable progrès qu’a apporté ce Cas9 dans la technique : plus rapide, bien plus précise et moins coûteuse que ses « ancêtres », elle offre des perspectives d’applications innombrables. « Tout étudiant en biologie de niveau Master qui dispose des équipements standards d’un laboratoire est à même de manipuler le système Crispr-Cas9 pour modifier un gène », annonce Emmanuelle Charpentier, qui n’est autre que la chercheuse française qui, avec l’américaine Jennifer Doudna, a découvert la technique en 2012. La découverte ne se limite plus aux recherches fondamentales mais va trouver très vite des applications pratiques. Elle va permettre de transférer un allèle d’intérêt existant dans une population (une race, une lignée), vers une autre population. Des chercheurs (2) sont ainsi parvenus à obtenir des porcs résistants à la souche américaine du virus du SDRP en inactivant un gène précis. Avec évidemment des perspectives commerciales qui n’auraient pas échappé à un des leaders mondiaux de la génétique porcine, à savoir PIC selon certains observateurs… Cette firme a-t-elle déjà introduit la technique dans ses outils de sélection ? Impossible de le vérifier.

Alain Ducos, professeur à l’école vétérinaire de Toulouse. « La technique CRISPR CAS9 pose de nombreuses questions d’ordre éthique, réglementaire, économique et stratégique. »
Alain Ducos, professeur à l’école vétérinaire de Toulouse. « La technique CRISPR CAS9 pose de nombreuses questions d’ordre éthique, réglementaire, économique et stratégique. » – © C. Gérard

OGM ou non OGM ?

Et c’est là une des questions majeures que pose cette manipulation génétique : les animaux qui en sont issus sont-ils considérés comme des OGM ? La question fait largement débat dans le monde entier. Alain Ducos rappelle la définition officielle (directive UE 2001/18) : « Un OGM est un organisme, à l’exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle ». Les défenseurs de Criprs-Cas9 argumentent sur le fait que, précisément la technique permet de reproduire des modifications apparues naturellement… Par ailleurs, les modifications du génome ainsi obtenues sont quasiment indétectables. Alors comment réglementer ? Bref, autant de questions « d’ordre éthique, réglementaire, économique et stratégique », comme le souligne le chercheur qui, en tout état de cause, confirme que des sommes considérables sont aujourd’hui investies dans la recherche sur ce sujet, dans le monde entier. Enfin, les deux chercheuses ayant découvert cette technique, actuellement en procédure judiciaire aux États-Unis pour faire valoir leurs droits (et un brevet ?) sont pressenties pour recevoir un futur prix Nobel.

 

FKCPN5PT3_web dans SOCIETE (faits de)
- © Infographie Réussir

(1) Clustered Regularly Interspersed Short Palindronic Repeats
(2) Whitworth et al

Des applications multiples envisagées en élevage

Les domaines d’application du CRISPR Cas9 vont de la recherche fondamentale — applications biomédicales, thérapies humaines, maladies génétiques… —
aux applications en agriculture.
Dans le domaine de l’élevage, des recherches ont déjà été publiées sur les sujets suivants :

- des vaches, brebis ou chèvres produisant dans leurs glandes mammaires des protéines aux propriétés antimicrobiennes;
- des poulets produisant un ARN jouant le rôle de leurre pour le virus de l’influenza aviaire ;
- des porcs devenus résistants à certaines souches de SDRP;
- des bovins sans cornes;
- un système permettant d’éliminer très précocement les poussins mâles au cours de l’incubation pour les poussins destinés à la ponte ;
- des ruminants ne produisant plus de protéines allergisantes dans le lait ;
- des poules ne produisant plus de protéines allergisantes dans les œufs.
Et bien entendu, la liste n’est pas exhaustive et les recherches se poursuivent partout dans le monde, donnant lieu à de multiples publications scientifiques.

publié par: http://porc.reussir.fr/actualites/crispr-cas9-une-technique-revolutionnaire-pour-modifier-le-genome:FKCPN5PT.html

 

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Drive piéton : Leclerc attaque les centres-villes

Leclerc ouvrira en avril son premier drive piéton, dans le centre-ville de Lille. Un local de 50 mètres carrés, alimenté par un drive en périphérie urbaine, qui promet de « faire rentrer un hypermarché » dans le quartier.

C’est à un cadre… d’Auchan (dont le siège est dans le Nord) que l’on doit cette découverte, partagée sur Twitter.

Leclerc va proposer 12.000 références dans 40 m2 à Lille. C’est nouveau ? @Dauvers70 @Grande_Distrib

Leclerc a d’abord utilisé ses drives pour mailler plus étroitement les abords des grandes agglomérations. Quelques implantations urbaines existent, mais sont rarissimes. En s’attaquant aujourd’hui aux centres-villes, avec un modèle dédié, l’enseigne met enfin un pied dans des zones qu’elle lorgnait avec gourmandise.

Le drive piéton ouvrira ses portes le 1er avril, avec la promesse d’un assortiment de « 12.000 produits du quotidien ». Il est situé place Louise Bettignies, dans un quartier pittoresque et très animé du vieux Lille. Le projet est porté par Thomas Pocher, un adhérent déjà propriétaire des hypers de Templeuve et Wattrelos, qui se fait fort d’apporter « les prix Leclerc » à de nouveaux clients urbains. « On sera à l’indice 95″, clame-t-il déjà sur Twitter. Il se dit aussi capable, sur certains créneaux, de tenir un délai d’une heure entre la commande et la remise des achats.

Cette formule de point de retrait, en ville, de commandes passées sur le site de l’enseigne est déjà expérimentée à Paris par AuchanDirect, depuis 2014. Cora a lancé un concept de drive piéton à Metz, baptisé « Cora en ville », à la fin de l’été 2016. Deux enseignes justement spécialistes du grand hyper, qui explorent elles aussi un territoire qui leur était jusqu’à présent inaccessible.

Drive piéton : Leclerc attaque les centres-villes
publié par Linéaires à http://www.lineaires.com/LA-DISTRIBUTION/Les-actus/Drive-pieton-Leclerc-attaque-les-centres-villes-50044

Un fabricant américain pour les yaourts de Système U

Un fabricant américain pour les yaourts de Système U dans ACTEURS yaourt-U-k7LG-U10713568607JYE-860x420@lafranceagricole.fr

Système U annonce un partenariat avec le groupe laitier américain Schreiber pour la fourniture exclusive de yaourts à la marque U à compter de 2019… avec du lait français.

Où l’Américain Schreiber fabriquera-t-il les yaourts à la marque U à compter de 2019 ? Le communiqué de presse diffusé par Système U ce 21 mars 2017 ne le dit pas. Le seul détail que l’enseigne livre est qu’il « est prévu que Schreiber investisse prochainement dans un outil de production en France. [Car] Schreiber s’est engagé, dans le cadre de ce projet, à se fournir uniquement en lait issu de la production française. »

47 000 t par an

Selon Le Figaro, Schreiber serait en train de racheter une usine du groupe Bel (1) située dans l’est de la France. Des investissements seraient prévus pour agrandir ce site, avec à la clé, une centaine d’embauches. « Les prévisions de volume seraient de l’ordre de 47 000 tonnes de produits par an », annonce Système U. Le groupe Bel nous a fait savoir qu’aucun accord de vente d’un site n’a été finalisé à ce jour. Et donc que toute communication est prématurée.

L’enseigne ne cache pas qu’elle a l’ambition de faire de sa marque U la marque le leader des rayons ultra-frais de ses magasins. « Cette démarche s’inscrit dans la volonté de Système U de mieux maîtriser et sécuriser son approvisionnement […], détaille le communiqué. Le partenariat s’inscrirait dans la durée. »

publié à http://www.lafranceagricole.fr/actualites/elevage/lait-un-fabricant-americain-pour-les-yaourts-de-systeme-u-1,1,1571944660.html

 

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